Biodiversité : la planète a perdu les deux tiers de sa faune sauvage

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En moins de 50 ans, 68% des populations de vertébrés ont disparu, selon un rapport de WWF publié jeudi. Un déclin massif, principalement imputable à l’activité humaine.

Tous les deux ans, le Fonds mondial pour la nature (WWF) publie son Indice Planète Vivante (IPV), un outil qui fait référence pour mesurer le déclin de la biodiversité. Et tous les deux ans, c’est malheureusement la même rengaine : la faune sauvage, partout sur la planète, va mal. Entre 1970 et 2016, les populations mondiales de vertébrés (mammifères, amphibiens, oiseaux, poissons, reptiles) ont baissé en moyenne de 68%, a calculé WWF, dans un rapport publié jeudi. « Depuis 30 ans nous voyons la chute s’accélérer et ça continue dans la mauvaise direction », a résumé à l’AFP le directeur mondial de l’organisation. Pour Marco Lambertini, « tous les voyants de notre planète sont au rouge avec le message : échec système ».

En collaboration avec la Société zoologique de Londres, WWF a compilé cette année les données scientifiques de 4.392 espèces de vertébrés, réparties sur plus de 20.000 populations d’animaux dans le monde. Ce sont les régions tropicales qui semblent les plus affectées : la baisse des populations y atteint 94% en Amérique centrale et dans les Caraïbes, un déclin jamais enregistré auparavant pour une région du globe. Les milieux d’eaux douces sont les plus touchés par cette perte de biodiversité. Sur le millier d’espèces pris en compte, le déclin a été en moyenne de 84%. Le nombre d’animaux de grande taille, comme les esturgeons, tortues, dauphins de rivières, castors, loutres ou hippopotames, a particulièrement diminué.

Budget biologique en massif déficit

Sans surprise, WWF pointe la responsabilité d’Homo Sapiens dans cette saignée massive des autres espèces vertébrées. Agriculture intensive qui fragmente et détruit les habitats naturels, surpêche, déforestation, etc. sont les principaux facteurs avancés par le rapport. Car depuis 50 ans, « notre monde a été transformé par une explosion du commerce mondial, de la consommation et de la croissance de la population humaine », soulignent les auteurs. Chaque année, l’humanité vit un peu plus à crédit, en consommant plus que les capacités de régénération de la planète. S’ajoutent à cela les effets du réchauffement climatique, bouleversant les habitats naturels et menaçant d’extinction jusqu’à 20% des espèces sauvages d’ici à 2100.

Inverser la tendance

Reste que si les dernières données avancées par WWF sont sans nul doute alarmantes, elles ne constituent pas un scoop. La nouveauté, ici, est que la treizième édition du rapport de l’organisation s’accompagne de la parution simultanée dans la revue Nature d’une étude, en collaboration avec une quarantaine d’autres ONG et instituts de recherche. Intitulée « Infléchir la courbe », elle constitue un travail de modélisation inédit.

L’étude dresse sept scénarios dépendant des actions qui pourraient être mises en place dans les prochaines années. Selon David Leclère, chercheur à l’International institute for applied system analysis (IIASA) et auteur principal de l’étude, le scénario le plus ambitieux, qui combine toutes les interventions envisagées, rendrait « possible d’inverser le déclin de la biodiversité d’ici 2050 ». Moyennant toutefois, de sérieux efforts : la protection de 40% des zones terrestres et des efforts de restauration des sols ; la modification en profondeur des systèmes de production agricoles, la réduction du gaspillage à tous les niveaux de la chaîne de production et la diminution de moitié du gaspillage alimentaire des ménages ; enfin, la baisse moyenne de 50% de la consommation mondiale de protéines animales, d’ici à 2050.

Vaste programme, dont la mise en chantier ne peut cependant plus attendre, selon David Leclère. « Tout retard dans l'action entraînera de nouvelles pertes de biodiversité qui pourraient prendre des décennies à réparer, expliquait le chercheur à France24. De plus, certaines pertes sont irréversibles : quand une espèce est éteinte, elle l'est pour toujours. Enfin, une caractéristique de la biodiversité c'est qu'elle a des points de non retour : une fois passés certains seuils, les écosystèmes vont continuer à se dégrader ».

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