Les masques en classe, objets d'une guerre de tranchées

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Si le consensus est au port du masque à l’école, des voix discordantes pointent leur effet négatif sur la vie sociale des enfants et appellent à revoir leur utilisation. Une querelle partie pour durer.

Pas facile de mettre un masque pendant huit heures d’affilée. Gêne respiratoire, allergies, mauvaises odeurs, etc. Si certains s’en accommodent bien, ce n’est pas le cas de tout le monde. Mais à l’école, ce débat prend une dimension encore plus importante. En témoigne cette semaine une lettre de 70 médecins au ministre flamand de l'Enseignement Ben Weyts, demandant ni plus ni moins que l’abolition de l’obligation du masque dans les écoles, autant pour les élèves que pour les professeurs.

Selon eux, même s’il faut protéger les groupes à risque, «l'obligation du port du masque dans les écoles est une menace sérieuse pour leur développement. Il ignore les besoins essentiels de l'enfant en croissance [...] L'obligation du port du masque fait de l'école un environnement menaçant et dangereux, où la connexion émotionnelle devient difficile». Ils estiment aussi qu’il n’y a «aucune preuve à grande échelle que le port du masque dans un environnement non-professionnel ait un effet positif sur la propagation des virus, et encore moins sur la santé en général». Pour l’instant Ben Weyts s’en tient au statut quo, même s’il précise: «dès que cela pourra se faire en toute sécurité, je serai le premier à abolir le port du masque». Alors pour ou contre, c’est à s’y perdre un peu.

La bataille du masque en classe a commencé!

Difficile pour l’instant de savoir ce que l’on doit penser par rapport au port du masque dans un tel contexte. Et si on se sent un peu dans le flou, c’est tout à fait normal. C’est en tout cas l’opinion de Stéphane Moniotte, membre de la task force pédiatrique, cardiologue et pédiatre aux Cliniques Saint-Luc. «Est-ce qu’on peut retirer le masque à l’école, purement et simplement? Je pense qu’honnêtement, personne ne le sait. C’est devenu un débat philosophique qui s’appuie sur un peu d’arguments scientifiques mais surtout sur le bon sens de chacun», juge-t-il.

De ce fait, chaque camp sort ses arguments et c’est à celui qui saura le mieux convaincre qui l’emportera. Pour les uns, c’est la sécurité avant tout. Le masque n’est peut-être pas efficace à 100% mais il l’est quand même, et ce d’autant plus lorsqu’il y a des concentrations de personnes, comme c’est le cas dans les écoles. Son obligation serait tout à fait justifiée et c’est aussi l’avis des gouvernements, éclairés par l’avis des épidémiologistes.

Mais de l’autre côté, on pointe que les enfants ne sont pas des contaminateurs importants, qu’ils tombent moins malades et que le risque est moindre. Et ce qui est sûr, c’est que le masque est difficilement supportable pour certains élèves qui en pâtissent dans leur vie de tous les jours. C’est en ce sens qu’un recours a d’ailleurs été introduit au Conseil d’État la semaine passée pour contester l’obligation du port du masque dans le cadre précis de la salle de classe. L’avocat qui s’occupe de cette affaire, Sébastien Kaisergruber, a ainsi déclaré à la RTBF que cette mesure était «disproportionnée et antidémocratique» et que cela nuisait à la qualité de l’apprentissage, la communication étant malaisée.

Des positions toutes deux criticables

Dans cette guerre d’opinion, difficile de se positionner. Plusieurs pédiatres contactés par nos soins ont d’ailleurs refusé de le faire. Et Stéphane Moniotte sent lui aussi qu’il marche sur des œufs. «Même si je fais partie de la task force pédiatrique, il ne m’appartient pas de dire si le masque en classe est bon ou mauvais», précise-t-il.

Lui se veut donc plutôt médiateur, pensant le pour et le contre de chacun. «Les arguments de ces médecins sont audibles et je suis d’accord qu’il faut prendre en compte les problèmes de bien-être, d’enseignement… Ce sont des vraies questions mais est-ce que la situation sanitaire est suffisamment contrôlée pour arrêter tout usage du masque à l’école? En tant que scientifique, on se doit de dire qu’il est difficile de trancher entièrement en ce sens», estime-t-il d’un côté. Quant à l’autre camp, il rappelle que les excès du port du masque ne sont pas bons non plus. «Il ne faut pas verser dans la paranoïa. Il y a des écoles où l’on verse dans l’extrême. Ce n’est pas parce qu’un enfant de 10 ans retire un peu son masque dans la cour de récréation qu’il faut le sanctionner. Porter à cet âge un masque pendant huit heures à l’école, ce n’est pas simple. Je pense plutôt qu’il faut un peu de bon sens, d’autant plus qu’il y a des situations bien plus à risque, comme dans les salles de professeurs ou lorsque le personnel mange ensemble».

Dans l’attente d’une réponse finale

Pour Stéphane Moniotte, le maître mot reste donc la prudence. Il est difficile de donner un meilleur conseil pour l’instant, en l’état des connaissances scientifiques. C’est d’ailleurs entre autres à cause de la complexité de ce sujet que la task force pédiatrique s’est réunie hier. Mais à la fin de cette conférence, le bilan est encore mitigé.

«À ce stade-ci, on n’a malheureusement pas pu tirer conclusion. Quand on est 30-40 personnes, il est compliqué de tous parler d’un sujet aussi précis. On a donc décidé de confier cette question à un groupe restreint mais, évidemment, ce travail commence à peine. Si on veut une réponse crédible, formelle et définitive, il faut passer par là. Et on ne peut pas dire combien de temps cette réflexion prendra, ça dépend de trop d’éléments», conclut-il.

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