Féminin et diplômé: le surprenant portrait des anti-masques

Une manifestante anti-masques à Paris - Reuters
Une manifestante anti-masques à Paris - Reuters
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Une récente étude dresse un portrait des anti-masques français, des militants atypiques qui se mobilisent davantage en ligne. 

Les manifestations contre le port du masque obligatoire se multiplient à travers l'Europe. Ils étaient quelques centaines à Paris, environ un millier à Rome, plusieurs dizaines de milliers à Berlin… Mais qui sont ces anti-masques? En France, une première étude publiée lundi par la Fondation Jean Jaurès dresse leur portrait-robot.

Les raisons de la colère

Pour ses opposants, le masque serait « inutile », voire « dangereux ». L'obligation de le porter aurait pour but « d'asservir la population, de la priver de sa liberté » puisque l'épidémie de Covid-19 serait terminée, voire n'aurait jamais existé. « En somme, le masque ne serait en tout et pour tout qu’une "muselière" destinée à tester la servilité de la population et serait annonciateur de la mise en place d’un nouvel ordre mondial sans liberté aucune pour le citoyen. Ceux ne comprenant pas cela étant bien sûr des "moutons" », observe le chercheur en sociologie Antoine Bristielle, qui s'est immergé dans les groupes Facebook anti-masques pour réaliser cette étude.  

Profil atypique

Sans surprise, ces militants se caractérisent donc par une défiance « abyssale » envers les institutions et une forte sensibilité aux théories conspirationnistes. Habituellement, ces deux caractéristiques sont le fait d'individus jeunes, masculins et appartenant aux classes populaires. Et pourtant. Ici, l'enquête française dresse un constat différent: les femmes sont surreprésentées (63%), l'âge moyen est relativement élevé, « cinquante ans » et le niveau d'éducation est « assez haut », avec un niveau de diplôme plus élevé que la moyenne. Parmi ces opposants, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent même 36%, contre 23% d'ouvriers.

De droite et libertaires

Ce profil atypique s'explique, en partie, par l'adhésion de nombreux anti-masques à un courant de pensée très étudié aux États-Unis, mais largement délaissé de ce côté-ci de l'Atlantique: le libertarisme. Un courant de pensée caractérisé avant tout par un refus très fort de toute contrainte de l'Etat et un attachement tout aussi fort aux libertés individuelles. Les différentes recherches menées aux États-Unis ont montré que l'adhésion au libertarisme augmente avec le niveau de diplôme et de salaire.

Côté politique, parmi les anti-masques acceptant de se positionner sur l'échelle classique gauche/droite, 36% se disent de gauche et 46% de droite. Des chiffres - et un profil sociologique - comparables, souligne Antoine Bristielle, à ceux que l'on trouve chez les soutiens du professeur Didier Raoult. Un public rarement enclin à voter, ou manifester.

« Les crises ne créent pas ces individus méfiants, elles les mobilisent »

Pour dresser ce portrait, le sociologue a publié du 10 au 19 août un questionnaire détaillé sur les différents groupes Facebook anti-masques. Il a reçu les réponses de « plus de 1.000 individus ». « Une telle méthodologie ne prétend bien sûr pas à la représentativité de l’ensemble des anti-masques dans la population française, reconnaît l'auteur. Néanmoins, par son ampleur, cette étude donne un très bon aperçu du profil des individus (...) qui ont toutes les chances d’agir comme des relais et des leaders d’opinion dans leurs cercles familiaux, amicaux, voire professionnels. » Des recherches plus approfondies seront sans doute nécessaires pour comprendre les motivations des anti-masques, mais une chose est sûre: leur mobilisation est surtout liée, d'après Antoine Bristielle, au niveau de défiance institutionnelle actuel qui ne fait « que s'accélérer ». « Il est ainsi largement nécessaire de sortir d’une vision assez naïve, consistant à penser que les périodes de crises créent ex nihilo des individus défiants: les crises ne les créent pas, elles les mobilisent. » Ce constat devrait inciter les institutions à repenser, en profondeur, le rapport qu'elles entretiennent avec les citoyens, sans quoi les futures recommandations sanitaires risquent d'être encore plus controversées: 94% des anti-masques disent qu’ils refuseront de se faire vacciner contre le Covid-19 le jour où un vaccin sera disponible.

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