Positifs mais pas contagieux: Les tests PCR sont-ils trop sensibles?

Le test PCR semble avoir ses limites. - Christophe ARCHAMBAULT / AFP
Le test PCR semble avoir ses limites. - Christophe ARCHAMBAULT / AFP
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Des critiques dénoncent les limites de la stratégie de dépistage. Premiers visés, les tests PCR peuvent être positifs sans pour autant que le patient soit contagieux. Explications.

Un test positif est-il forcément synonyme de contagiosité? La réponse est non. Alors qu'ils sont pratiqués à grande échelle, les tests PCR sont jugés « trop sensibles » par des experts américains, dans un article du New York Times, publié fin août. Réalisés par prélèvement naso-pharyngé, ils diagnostiquent en effet un grand nombre de personnes qui ne portent qu'une quantité relativement insignifiante du virus et qui ne sont probablement pas ou peu contagieuses. Une étude américaine, partagée - et mal-interprétée - en masse sur les réseaux sociaux, appuie ce propos: jusqu'à 90% des personnes testées positives dans le Massachusetts, le Nevada et l'Etat de New York ne seraient pas contagieuses. « C'est possible », admet Yves Coppieters. « Cela pourrait expliquer la dynamique de l'épidémie depuis la fin de la première vague. Comme on teste plus largement, on détecte de plus en plus de gens potentiellement moins contaminants », poursuit l'épidémiologiste, qui refuse toutefois d'appeler ces cas des « faux positifs », car des traces du virus sont bel et bien présentes dans l'échantillon analysé. « Le test PCR reste le meilleur test de diagnostic », assure-t-il.   

Comment est-ce possible?

Pour le comprendre, il faut d'abord connaître le fonctionnement des tests PCR. Cette méthode repose sur l'amplification du matériel génétique du virus. Plus on accumule ce qu'on appelle des cycles successifs, plus on est capable de détecter d'infimes traces de virus. Or, on sait que plus la charge virale est élevée, plus un patient serait contagieux.

En Belgique, les laboratoires réalisent entre 30 et 35 cycles, selon la RTBF, bien qu'aucune standardisation n'existe, précise Yves Coppieters. C'est la limite à ne pas dépasser, selon plusieurs spécialistes interrogés par le New York Times, pour considérer un test comme « positif » - ou du moins pour considérer qu'un patient serait contagieux. Au-delà de ce chiffre, la charge virale est en effet insignifiante. Or, aux Etats-Unis, la plupart des tests réalisés font 37 ou 40 cycles. Ce qui pourrait expliquer, en partie, les étonnants résultats de l'étude américaine: jusqu'à 90% des tests qui se sont révélés positifs avec 40 cycles dans le Massachusetts ne l'auraient pas été si le nombre de cycles avait été abaissé à 30. Là est toute la nuance.

Une stratégie de dépistage à revoir?

Ces informations ne révèlent pas une « escroquerie » ou une « manipulation », comme le crient de nombreux internautes sur les réseaux sociaux, mais elles alimentent de vraies questions sur la politique de dépistage. Pour l'instant, tous les cas positifs, contagieux ou non, doivent se soumettre à une quarantaine, avec toutes les conséquences sociales et économiques que l'on connaît. Pour éviter cela, les chercheurs en santé publique interrogés par le quotidien américain estiment qu'il faut modifier la stratégie de dépistage. Selon Michael Mina, épidémiologiste de l'université Harvard, ce n'est pas la positivité du test, mais la quantité de virus qui « devrait dicter la prochaine étape d'un patient infecté ».  

Yves Coppieters émet toutefois quelques réserves. « Vu l'état des connaissances quant à la transmission et aux risques de contaminants, c'est un pas un peu radical, un pas dans l'inconnue. » Aucune étude démontre en effet qu'il n'y a aucun risque de transmission du virus dans le cas d'une faible charge virale. Par peur que « chacun interprète à sa manière », le professeur de santé publique à l'ULB préconise la « prudence », soit « l'isolement des cas positifs et non pas les cas fortement positifs », avant de lancer une autre possibilité:  les tests rapides de diagnostic. « C'est la solution future », selon lui. Moins onéreux, mais aussi moins précis que les tests PCR, ces tests salivaires permettraient de « faire un tri ». Les patients atteints du Covid-19 qu'ils détecteraient seraient les personnes les plus contagieuses. Ils devraient se soumettre ensuite à un test PCR pour confirmer ce positif. Inversement, ceux qui leur échapperaient seraient finalement surtout les personnes peu contagieuses.

Autre « débat d'avenir », Yves Coppieters évoque la possibilité d'ajuster les mesures prises à l'égard des personnes peu contagieuses. « Peut-être que cette stratégie pourrait être revue à l'avenir, en réduisant par exemple la quarantaine des personnes positives à faible charge virale » ou en adaptant le traçage de contacts. « Il ne faudrait pas non plus immobiliser tous les secteurs parce que les critères sanitaires sont trop stricts. »

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