Vaccin contre le Covid-19: Comment gagner la confiance des citoyens

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Convaincre la population de se faire vacciner est l'autre défi qui attend les autorités. Décryptage.

Les politiques le répètent depuis plusieurs mois. Tant qu'il n'y aura pas de vaccin contre le Covid-19, les gestes barrières et le port du masque resteront les seules mesures pour limiter la transmission du virus, reportant la perspective d'un retour à la normale. La course est déjà bien avancée: pas moins de huit projets ont déjà entamé la dernière étape des essais cliniques. Si bien avancée que l'Agence des Médicaments a annoncé jeudi dernier que la Belgique devrait recevoir son premier lot de vaccins au mois de mars, soit 1,2 million de doses. Trouver ce vaccin ou d'autres n'est pourtant que la première moitié de la bataille. La deuxième consistera à convaincre suffisamment de personnes de se le faire administrer. Et le défi est de taille.

L'hésitation vaccinale

30% des Belges ne veulent pas du vaccin anti-Covid, selon une étude Ipsos menée récemment dans une vingtaine de pays. La Belgique est ainsi proche des Pays-Bas (29%), plus réticente que le Royaume-Uni (15%) ou le Brésil (12%), mais plus adhérente que la France (41%). « On voit que les pays touchés plus tardivement par l'épidémie sont d'autant plus motivés de faire confiance à un vaccin », interprète Jean-Michel Dogné, responsable du département pharmacie de l'UNamur et expert auprès de l'Agence européenne des médicaments. « Plus les chiffres de l'épidémie sont encourageants, plus il est difficile de gagner l'adhésion de la population. »

Cette réserve porte un nom: « l'hésitation vaccinale », un phénomène qui est loin d'être propre au Covid-19. « Le fait de s'injecter un produit alors qu'on est en bonne santé en est la première raison », explique celui qui a été nommé cette année membre du Comité consultatif mondial sur la sécurité des vaccins (GACVS), qui conseille l'OMS. « C'est comme lorsque vous ne mettez pas votre ceinture de sécurité en voiture. C'est seulement lorsque vous avez un accident que vous vous dites que vous auriez du la mettre », compare l'expert. Les autres causes sont multiples, comme les risques associés au vaccin, son efficacité, la désinformation via les réseaux sociaux ou encore des questions religieuses.

Une scientifique travaille dans un laboratoire pour développer le vaccin anti-Covid

Le GACVS dont fait partie Jean-Michel Dogné planche sur une série de recommandations à adresser aux Etats en matière de communication sur la sécurité des vaccins, afin de "traiter" l'hésitation vaccinale. "L'idée n'est pas de la contrer, mais bien d'amener les meilleurs outils pour pouvoir en discuter." - JUAN MABROMATA / AFP

Dans le cas du coronavirus s'ajoute une particularité: la rapidité du développement du vaccin, en 12 mois au lieu de plusieurs années comme habituellement. La crise sanitaire impose cette urgence, qui s'accompagne toutefois d'un échantillon « exceptionnel » de personnes testées en phase 3. « Les études cliniques demandent habituellement qu'au minimum 3.000 personnes soient testées pour disposer de données d'efficacité suffisamment robustes. Ici, on est bien au-delà. La plupart des vaccins anti-Covid tournent autour des 20.000 et 40.000 personnes. Paradoxalement, la durée du développement a été raccourcie, mais le point majeur, ces études cliniques de phase 3, a été renforcé », rassure Jean-Michel Dogné. Ce dernier observe également « une méfiance importante depuis plusieurs mois envers les autorités de santé publique à propos la gestion de la crise. Ce point-ci est très difficile à contrer, aujourd'hui en tout cas. »

Transparence et clarté

Réduire cette « hésitation vaccinale » risque d'être un exercice périlleux, à une époque où les antivax sont bruyants. Pour gagner la confiance de la population, la transparence sur les données d'efficacité et de sécurité des vaccins sera une condition plus que jamais essentielle. En démontrant notamment que « des systèmes de surveillance ont été mis en place pour assurer le suivi de la sécurité du vaccin de manière à identifier très rapidement d’éventuels effets indésirables et pouvoir réagir en conséquence », explique le directeur du département pharmacie de l'UNamur. Mais cette transparence devra s'accompagner d'une communication claire pour éviter que le fait de dévoiler les incertitudes et les limites des données ne devienne contre-productif.

À celles et ceux qui refusent de faire confiance en un vaccin développé en un an, Jean-Michel Dogné répond: « la confiance ne doit pas être dans la durée de développement, mais dans la qualité des données qui vont être produites. » Il reconnait qu'il est toutefois difficile pour les citoyens de se positionner sur ce vaccin aujourd'hui, alors que la balance bénéfices/risques et l'intensité de l'épidémie au moment où le vaccin sera disponible ne sont pas encore connues. Imaginons donc un vaccin efficace à 60%, pour une période de six mois. « Il faut informer la personne qui souhaite se faire vacciner qu'elle sera vaccinée pendant six mois et qu'il est par ailleurs possible que le vaccin ne soit pas efficace chez elle », explique-t-il. « Mais en termes de santé publique, si on vaccine un million de Belges, il sera efficace chez 600.000 personnes. C'est la même chose pour tous les médicaments, ceux-ci ne sont pas efficaces à 100%, mais cela crispe pour les vaccins. Pourtant, vous n'avez jamais vu des anti-aspirines... Mais la seule différence entre le vaccin et le médicament, c'est qu'on vaccine des gens en bonne santé, tandis que le médicament traite la maladie. » Si l'intensité de l'épidémie redevient importante, ce vaccin sera d'autant plus attrayant. « Vaccinez 1,5 million de personnes à risques, et vous réduisez de façon significative les admissions en milieu hospitalier et éventuellement la mortalité associée », poursuit l'expert.  

Convaincre plutôt qu'imposer

Depuis plusieurs semaines, le débat est lancé sur la question d'une vaccination obligatoire. Un débat qui n'a pas lieu d'être à ce stade, selon Jean-Michel Dogné. « Sans données d'efficacité et de disponibilité de doses, il n'y a aucune raison de parler d'obligation vaccinale. À part crisper celles et ceux opposés à la vaccination et générer encore plus de tensions, cela ne va pas renforcer le message de l'importance de la vaccination. C'est plutôt l'inverse », regrette-t-il.

Le vaccin anti-Covid en développement

Le vaccin d'Oxford/AstraZeneca, le projet le plus avancé, celui promis aux Belges au printemps 2021 sera vendu à prix coûtant, soit moins de trois euros la dose. - CHANDAN KHANNA / AFP

Le vaccin, une partie de la solution

L'expert réfute également le vaccin comme la solution ultime à la fin de l'épidémie. Pour lui, celui-ci doit être vu dans la crise sanitaire actuelle, « toute chose restant égale », comme un « outil supplémentaire pour prévenir la maladie, la mortalité et la contagiosité ». « On ne peut pas compter en priorité aujourd'hui sur un vaccin dont on n'a pas encore les données d'efficacité. Il est illusoire de penser qu'on va vacciner tout le monde, du jour au lendemain, qu'on atteindra une immunité collective et qu'on pourra laisser tomber les gestes barrière et autres », prévient-il.

Pour atteindre l'immunité collective et espérer enrayer l'épidémie, il faudrait vacciner 70% de la population. Heureux hasard, cela correspond au pourcentage de Belges favorables au vaccin anti-Covid. Mais, en réalité, celui-ci ne sera pas atteint rapidement. La première raison est la disponibilité du vaccin, encore inconnue. 1,2 million de doses sont annoncées pour ce printemps. Cela ne satisfera pas les 4 millions de personnes que représentent les groupes prioritaires - à savoir les professionnels de la santé, les personnes âgées de plus de 65 ans et ceux au-delà de 45 ans qui présentent des facteurs de risques, comme l'hypertension et l'obésité. Même au sein de ces groupes prioritaires, certains ne souhaiteront pas se faire vacciner. Ce qui nous éloigne encore davantage de ce chiffre de 70%. « Concrètement, pour autant que la balance bénéfices/risques soit efficace, on arrivera à une couverture en 2021 au mieux de 20 à 25% de la population belge », estime Jean-Michel Dogné. Il faudra donc attendre encore un peu avant d'abandonner la distanciation sociale.

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