Joueurs de Fortnite, fans de tuning : les nouveaux publics visés par l’extrême-droite

Parmi les joueurs, on retrouve des profils "plus facile à harponner".
Parmi les joueurs, on retrouve des profils "plus facile à harponner".
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Un journaliste français publie une enquête qui montre comment les mouvances radicales propagent leurs idées dans la société d’aujourd’hui et notamment chez les plus jeunes.

Aujourd’hui, Fortnite a dépassé, pour bon nombre d’enfants et d’adolescents, le statut de jeu vidéo. C’est devenu un rendez-vous, le lieu, virtuel certes, où ils retrouvent leurs amis après l’école. L’aspect social a presque dépassé l’aspect ludique.

Cela semble dès lors peu étonnant d’apprendre que c’est l’endroit choisi par différentes mouvances d’extrême droite pour y diffuser leurs idées.

C’est en tout cas ce qu’affirme le journaliste Paul Conge dans son enquête qu’il a intitulé « Les grands remplacés », qui aborde la propagation des idées de droite radicale dans l’époque que nous vivons. 

En effet, les théories et messages associés à l’extrême-droite ne sont pas répandues où on pense, ni uniquement par ceux qu’on imagine. « Sa grande originalité aujourd’hui, c’est qu’elle ne s’incarne plus tant dans des partis politiques à l’ancienne qu’en s’engageant dans une espèce de guerre d’influence », explique celui qui a travaillé pour les magazines L’Express et Marianne à France Info. « Ses représentants s’infiltrent dans des milieux dans lesquels on ne les attendait pas du tout. »

Les jeux vidéo en ligne notamment, dont Fortnite. Le journaliste y a suivi une mouvance négationniste qui recrutait des membres directement via ce jeu. « Ils y alpaguent des jeunes pour essayer ensuite de les tirer vers leurs espaces de discussions clos, où on accède par invitation et où on discute tout un tas de sujet. C’est là qu’ils vont diffuser leurs idées, qu’ils vont fédérer une communauté, qui sera mobilisable. »

Interviewé par le média web Street Press, Paul Conge cite notamment « un groupe nationaliste proche d’Henry de Lesquen », homme politique français nationaliste, notamment candidat aux dernières présidentielles. « A quelques occasions, ils se sont rendus en bande sur Fortnite pour alpaguer les gens […]. Ils sont assez habiles. Ils déguisent ça sous forme de troll et font des blagues antisémites pour voir comment l’audience réagit. Si ça fait mouche, ils parlent de leur salon [de discussion] et d’Henry de Lesquen. C’est une technique qui marche assez bien car on ne les attend pas du tout sur Fortnite. »

Les joueurs seraient une cible plus réceptive aux théories d’extrême droite ? « [Les mouvances nationalistes] ont l’impression qu’il y a un public plus perméable à leurs idées. [Dans le monde des jeux vidéo], il y a beaucoup de jeunes, et très jeunes, gens qui sont parfois isolés socialement, mécontents de la société, mais aussi de leur destin social, qui vont habiter dans le péri-urbain, qui n’ont pas spécialement d’ascenseur social qui les attend. C’est donc un public qui dans la solitude de leur écran va pouvoir être harponné, se radicaliser. »

Les rassemblements tuning sont également prisés par l'extrême-droite.

« Un terreau fertile »

Mais l’enquête du Français ne se limite pas aux jeux vidéo. Pour le journaliste, c’est avec le même constant que l’extrême-droite vise d’autres milieux, étonnants au premier abord, comme celui du tuning.

« C’est un sociologue qui travaille sur la question qui m’a parlé de ça. Il s’est rendu compte que dans les rassemblements de tuners, notamment dans le Tarn et en Haute-Garonne, il y a souvent des émissaires et cadres du Rassemblement National qui se mêlent aux rassemblements. Ils vont discuter un peu avec les leaders d’opinion chez les tuners pour diffuser leur propagande. Et ça marche très bien. »

Là encore, ce public est choisi pour sa perméabilité supposée aux idées de l’extrême-droite.

« A l’origine, les tuners font partie d’une jeunesse populaire et reléguée. Ils vivent dans des espaces déclassés où l’on voit les services publics fermer les uns après les autres. Où les clubs de sports et les transports tombent en totale décrépitude. Ils ont, en général, une posture de défiance vis-à-vis des citadins. Il y a déjà un terreau assez fertile. Et ça a du succès car, quand on regarde les discours de ces tuners, ils sont totalement influencés par la propagande d’extrême droite. Quand ils parlent des racailles, des assistés, qu’ils disent que la France ‘est un pays de race blanche’, ça ne vient pas tout seul ces termes-là. »

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