Un journaliste infiltré dans la police

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Dans « Flic », le journaliste français Valentin Gendrot raconte deux ans d'immersion dans la police parisienne. Il raconte la réalité du métier, entre racisme ordinaire, passages à tabac, manques de moyens et mal-être des troupes.

C'est un ouvrage qui devrait faire date. Son auteur espère en tout cas qu'il fera « bouger les lignes ». Le journaliste Valentin Gendrot raconte dans « Flic » deux ans d'immersion dans la police française. Après avoir suivi, sous son nom, une brève formation en 2017 et travaillé un temps à l'infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, il décroche le poste qu'il visait dans un commissariat du 19e arrondissement de Paris.

Pendant six mois, de mars à août 2019, Il participe à des patrouilles et à des petites interventions, est témoin de violences et de pratiques illégales dont il se rendra complice malgré lui. Il dépeint surtout une réalité difficile et un métier qui a un grand besoin d'être réformé.

Dans un passage du livre, il raconte notamment avoir assisté à une « bavure » lorsqu’un policier a roué de coups et insulté un adolescent qui l’aurait provoqué, après un contrôle. Le policier a porté plainte pour outrage et menaces, l’adolescent pour violences, selon l’auteur du livre. Un procès-verbal « mensonger » est alors rédigé pour « charger le gamin et absoudre » le policier. Valentin Gendrot incriminera lui aussi l’adolescent lors d’une enquête interne.

Valentin Gendrot - AFP

Violences, racisme, « bavures »...

Les « bavures » sont monnaie courante. Les violences « gratuites » aussi, tout comme l'homophobie, le racisme et les discriminations. Tout cela est la réalité du quotidien. Mais ça cache aussi, selon l'auteur, un manque de moyens et un mal-être constant de la part des policiers.

Le livre n'omet en tout cas rien: « Je porte l’uniforme de flic contractuel depuis deux semaines à peine et me voilà déjà complice du tabassage d’un jeune migrant. Jusqu’où va me mener cette histoire ? Je retourne m’asseoir à l’arrière du fourgon », écrit-il au début de l'ouvrage. Mais l'auteur porte aussi un regard plus nuancé sur la réalité du métier.

"C'est aussi dans leur intérêt qu'on parle des violences policières", "toujours le fait d'une minorité", dit néanmoins le journaliste. D'après lui, "la majorité" de ces fonctionnaires "paie la mauvaise réputation et le climat de tension effroyable qu'il y a entre les habitants et la police".

... Décrépitude, formations à la va-vite, mal-être

Plus loin dans l'ouvrage, Valentin Gendrot tente d'analyser la situation avec distance: « Imaginez un boulot où tout est décrépit autour de vous : vos voitures de fonction, vos locaux ou encore vos équipements. Histoire d’ajouter un peu de sel, vous portez un uniforme qui déclenche d’emblée l’hostilité d’une partie des gens que vous croisez. Vous êtes formé à la va-vite, plongé dans des situations chaotiques, avec, en plus, l’impératif insidieux de suivre une « politique du chiffre » souvent absurde.

Est-il raisonnable de former des représentants de la loi à la va-vite, de les placer dans des conditions de travail dégradées et d’exiger qu’ils soient des modèles de vertu ? Non, évidemment. Ce n’est ni raisonnable ni sensé.

La Goutte D'Or

Lors de mon immersion, un constat s’est imposé à moi. En théorie, les flics sont censés lutter contre la violence, le racisme et le sexisme dans la société. En pratique, ils en sont souvent un avant-poste. On peut débattre des causes, mais les faits sont là. C’est comme ça ; dans un commissariat, on est dans une ambiance de vestiaire de foot. Une ambiance virile où les personnes violentes sont tolérées, et rarement recadrées. Parce qu’il faut faire avec les effectifs disponibles. Avec les moyens alloués.

Alors, lorsque des flics dérapent, tout le monde se serre les coudes, et la hiérarchie enterre souvent ce qu’elle préfère considérer comme des « errements ». Dans la majorité des cas, cette hiérarchie n’a pas le choix, à force de demander l’impossible à ses hommes et ses femmes de terrain, elle ne peut ensuite que les couvrir ».

Suite à la publication du livre, la Préfecture de police de Paris a annoncé a saisi la « police des polices » pour des faits de violence rapportés dans le livre publié mercredi aux Editions la Goutte d'Or. Mais cela suffira-t-il ? Flic appelle davantage à une réforme en profondeur du métier.

 

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