Le tourisme renaît en Wallonie mais se meurt à Bruxelles

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La crise du coronavirus a complètement inversé les rapports de force au sein du tourisme belge, pour le plus grand bonheur de certains et, forcément, le malheur des autres.

Les images ont de quoi choquer: que ce soit à Bruxelles, Bruges ou Anvers, les rues, d’ordinaire si animées en période estivale, ont été littéralement désertées par les touristes. Et pendant ce temps-là, au beau milieu de la Wallonie, on se frottait les mains. Rarement autant de personnes s’y sont pressées pour profiter d’un bon bol d’air ardennais.

Ce sont les principales conclusions des chiffres touristiques parvenus des différentes régions du pays. Ce qui donne des perspectives d’avenir tout à fait opposées pour la suite.

Le sud au beau fixe

Si la Wallonie s’en est si bien sortie, c’est grâce au phénomène du «staycation», à savoir le fait de partir en vacances pas trop loin. La région a misé gros là-dessus et les résultats ne démentent pas sa stratégie. Selon Wallonie Belgique Tourisme (WBT), 81% des touristes qui ont visité le sud du pays durant l’été étaient Belges, soit 20% de plus qu’en 2019. Le cabinet de la ministre Valérie De Bue précise de son côté que 49% de la clientèle était wallonne, pour 23% de Flamands et 10% de Bruxellois.

Ce changement démographique n’est pas sans conséquences, et ce au sein même de la Wallonie. Les localités rurales ont fait le plein de touristes, par exemple à Spa, dans les Cantons de l’Est, dans le reste des Ardennes, etc. Les gîtes affichent un taux d’occupation de 97% chez Ardennes Étapes et ceux de grande capacité ont pu limiter la casse en accueillant des plus petits groupes. Les hôtels et les campings affichent quant à eux une remarquable stabilité avec respectivement 65% et 72% de taux d’occupation.

Mais si les petites et moyennes attractions ont fonctionné à plein régime, comme les Jardins d’Annevoie qui a plus que doublé son nombre de visiteurs, les grands du secteur paient le contrecoup des mesures de contingentement. Exemple à Walibi avec 50% de visiteurs en moins selon la DH. De même, les principales villes wallonnes sont plus timorées. «On a remarqué que celles-ci avaient bénéficié d’une moins grande activité touristique que le milieu rural. Ce qui a marché, c’est vraiment le poumon vert wallon et tout ce qui est lié à la nature, c’est clair et net. Mais on n’a pas non plus à Namur ou Liège la même situation catastrophique que Bruxelles», précise Véronique Cosse, responsable de l’Observatoire du tourisme wallon.

La cata à Bruxelles et en Flandre (sauf exceptions)

Car en effet, à Bruxelles, c’est littéralement un cataclysme. Le secteur hôtelier est aux abois du fait de l’absence d’étrangers qui représentent d’habitude 85% des visiteurs. Les Anglais ont fui pour ne pas risquer une quarantaine en revenant chez eux et la reprise de l’épidémie dans la capitale n’a rien arrangé. Selon Rodolphe Van Weyenberg, secrétaire général de la Brussels Hotel Association (BHA), interrogé par la RTBF, le taux d’occupation des hôtels était de 20%. Mais ça, c’est pour ceux qui étaient ouverts. En prenant en compte la totalité des chambres, ce chiffre serait d’environ 10%. Quand on sait qu'il faut environ un taux de 60% pour rentrer dans ses frais, il n'est pas étonnant que la Fédération Horeca Bruxelles estime le taux de faillites à 25-30% d'ici fin 2020, même avec les aides. Autre conséquence: que ce soit aux Beaux-Arts, à Mini-Europe ou à l’Atomium, la fréquentation n’atteint que 30% des chiffres habituels.

Bruxelles suit ainsi une tendance générale constatée dans toutes les grandes villes à travers l’Europe, mais aussi en Flandre. Le taux de remplissage des hôtels était de 20% en août à Bruges selon le Nieuwsblad, et de 28% à Gand selon Het Laatste Nieuws. Et que dire d’Anvers, longtemps classée zone à risque épidémique, désertée par les étrangers comme le fait savoir la Gazet van Antwerpen?

Ailleurs, la situation en Flandre est plus contrastée. Sans les Britanniques, les lieux de mémoire de la région d’Ypres sont restés vides. La côte a elle aussi pâti de la crise avec un tiers de touristes en moins selon le Nieuwsblad. Par contre, la province de Flandre occidentale a été envahie par les vélos, à hauteur de 25% de plus qu’en 2019, surtout dans le Westhoek. Dans le Limbourg belge, les hôtels ont affiché une petite hausse de 2% de fréquentation par rapport à l’année dernière.

Un futur en noir ou blanc

Au vu de ces différences, l’avenir s’annonce de manière tout à fait opposée entre les régions. En Wallonie, les bons chiffres ont permis d’atténuer les pertes du printemps. L’enjeu est donc de continuer sur cette lancée en mettant le paquet sur l’automne, d’où le lancement d’un pass Visit Wallonia de 80€ pour plusieurs dizaines de milliers de familles et ainsi stimuler le secteur. La ministre Valérie De Bue a aussi annoncé une nouvelle feuille de route pour l’année prochaine, axée sur le numérique. Cela devrait probablement se concrétiser par une amélioration des sites internet du tourisme wallon et avec éventuellement des applications sur smartphone.

À Bruxelles et dans des villes comme Bruges par contre, la situation est beaucoup moins rose. Il faut impérativement que l’échec commercial de 2020 soit comblé mais avec la poursuite de l’épidémie, difficile d’imaginer un retour en masse des city-trips qui les font vivre. Autre source d’espoir: des événements comme le marché de Noël mais ici aussi, aucune garantie vu l’état de la situation.

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