La mort de Chadwick Boseman («Black Panther») endeuille l’Afro-Amérique

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Chadwick Boseman est décédé ce vendredi à Los Angeles d’un cancer du côlon. Un choc pour la communauté noire américaine, en pleine période de troubles racistes.

Les plus poétiques diront que le Wakanda est en deuil. En réalité, ce sont tous les Afro-Américains (et au-delà) qui pleurent ce samedi après la nouvelle de la mort de Chadwick Boseman. Cette nuit, la famille de l’acteur a annoncé sur son compte Twitter qu’il avait rendu l’âme, à seulement 43 ans, après avoir lutté pendant quatre ans contre un cancer du côlon dont il a tu l’existence.

Plusieurs fois au cours de sa carrière, il a incarné des rôles défendant la place des Afro-Américains dans des USA divisés sur la question raciale. Mais c’est l’union de cette perspective avec la toute-puissance de Marvel qui l’a fait rentrer dans l’histoire.

Rendre leur fierté aux opprimés de l’Amérique

En 2018, Chadwick Boseman obtient en effet un rôle qui lui promet de porter haut les valeurs d’une Afro-Amérique fière d’elle: celui du roi T’Challa. C’est alors la première fois que Marvel consacre un film entièrement à un super-héros noir. Pour Boseman, incarner ce personnage de BD populaire dans sa communauté, un des rares auxquels pouvaient s’identifier les jeunes noirs de son pays, s’inscrivait parfaitement dans la logique de sa carrière. Juste avant il avait par exemple interprété un avocat afro-américain dans «Marshall», ou encore un Sud-Africain plongé dans la brutalité des gangs de Los Angeles dans le film du Belge Patrice Du Welz «Message from the King». Mais c’est véritablement sa participation à «Black Panther» qui a marqué les esprits.

Lors de la sortie du film, la presse mondiale encense les mérites d’un film qui tente de remettre les Afro-Américains à égalité avec des Blancs omniprésents à Hollywood. Les critiques se réjouissent de l’attention portée à la glorification de la culture africaine, représentée ici dans un pays fictif ultra-moderne, le Wakanda. Les plus sceptiques diront que cette représentation rêvée d’une Afrique à la pointe de la technologie dénote surtout de la volonté de créer un monde qui n’existe pas. Mais pour les Afro-Américains, il s’agit surtout de trouver une référence populaire qui entre directement en résonnance avec les soucis de leur quotidien.

Un succès qui sonne comme une libération

Directement après sa sortie, Black Panther devient un véritable phénomène de société et fait un carton au box-office. «La réaction des gens alors qu'ils n'ont pas encore vu le film, on n'a jamais vu ça. C'est fou», avait d’ailleurs déclaré Chadwick Boseman à l’époque sur Twitter. En un rien de temps, Black Panther devient le 9e plus grand succès du cinéma (12e aujourd’hui).

Dans la communauté noire, c’est l’euphorie. Des crowdfundings s’organisent à travers les USA pour que tous les enfants puissent voir le film, ceux d’Harlem en premier. Sur Twitter, les hashtags en lien avec la fierté d’être noir fleurissent, à l’image de #WakandaForever. L’effet est d’autant plus important dans l’Amérique tiraillée de Trump, en plein contexte d’émergence du mouvement Black Lives Matter. La magie du cinéma opère: une alchimie parfaite se crée entre le grand écran et un phénomène de société.

Le deuil d’un «roi» afro-américain

Le souvenir de cette fusion a immédiatement ressurgi aujourd’hui avec la mort de Chadwick Boseman. Sur Twitter, sa famille n’a d’ailleurs pas manqué de parler du film dans son message: «Incarner le roi T’Challa dans Black Panther avait été le grand honneur de sa carrière», écrit-elle. Jusqu’au bout, Boseman aura défendu la communauté noire, preuve en est de son dernier tweet. Dans celui-ci, il se réjouissait de la désignation de Kamala Harris comme colistière de Joe Biden, ce qui ferait d’elle non seulement la première femme mais aussi la première personne de couleur au poste de vice-président(e) des États-Unis.

Il n’a donc fallu pas plus d’une heure pour que les démocrates lui rendent hommage. «Il est parti trop tôt mais sa vie a fait une différence, j’envoie mes sincères condoléances à sa famille», a ainsi écrit sur Twitter Kamala Harris, alors que Joe Biden dit qu’il «a inspiré plusieurs générations et leur a montré qu’on pouvait être tout ce que l’on désire – même des super-héros».

Toute la communauté Marvel a bien évidemment emboité le pas, à l’image de Chris Evans (alias Captain America) qui se dit «dévasté» et salue un homme «profondément engagé et constamment curieux en tant qu’artiste». En plein contexte de violences policières contre les noirs, la NAACP, importante organisation américaine de défense des droits civiques, a de son côté rendu hommage à l’acteur pour «avoir montré comment vaincre l’adversité avec grâce» et «marcher comme un roi, sans perdre le contact commun».

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