Indochine: "Nous sommes des outsiders"

@Stéphane Ridard
@Stéphane Ridard
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Compilations, tournée qui passera par la Belgique, film… Le plus populaire des groupes français fait le bilan d’un parcours irrationnel de quarante ans.

Les anniversaires se limitent trop souvent à réunir les “amis de toujours” et à relire le passé avec nostalgie. Ce n’est pas tout à fait le cas avec Indochine. Si ses noces d’émeraude donnent l’occasion de raviver des souvenirs, elles apportent aussi de la clairvoyance à son parcours et se conjuguent au présent, voire au futur. Lancé en mai avec l’inédit de circonstance Nos célébrations, ce quarantième anniversaire se marque par deux compilations chronologiques (“Singles Collection 2001-2021” qui sort ce 28 août “Singles Collection 1981-2001” en novembre), un film et un Central Tour de cinq dates dans des stades français. Et si certains ont un peu hâtivement affirmé qu’Indochine “boycottait la Belgique” suite au refus du groupe de jouer au vétuste stade Roi Baudouin, Nicola Sirkis se veut plus rassurant. “Les célébrations de notre 40e anniversaire ne se limitent pas à des dates en stade. D’autres concerts sont prévus. ” 

Il y a plusieurs manières de célébrer  son 40e anniversaire, pourquoi ce choix  de publier deux “best of”?
NICOLA SIRKIS - Il y avait d’autres options, en effet. Nous avons très vite rejeté celle d’un coffret-intégrale. C’est cher, tous nos disques sont encore disponibles et puis, le packaging d’un coffret me fait trop penser à un cercueil en carton. Je me suis rappelé que lorsque j’étais ado, j’avais plein de potes qui ne connaissaient les Beatles que via leurs albums “bleu” et “rouge” qui sont des compilations de leurs singles. Je me suis dit qu’on pouvait aussi se le permettre pour nos quarante ans. Ce n’est pas le “bleu” et le “rouge”, mais le “noir” et le “blanc”. On reprend les choses sans laisser personne en chemin. Ça a du sens.

Le clip de l’inédit Nos célébrations met  en parallèle votre parcours et les grands changements sociétaux de ces quarante dernières années. Indochine est-il un groupe engagé?
Nous avons été des observateurs mais à notre façon. Au lieu de crier “Métro c’est trop” (allusion à une chanson du groupe Téléphone - NDLR) ou faire du social terre à terre, Indochine a eu un engagement plus romantique, moins frontal, plus subtil. On essaie de faire passer des émotions plus que des messages. La chanson Un été français où je mets en garde sur le “froid national”, Mire-Live, écrit à Bruxelles en pleine affaire Dutroux, l’album “13” qui évoque le féminisme avant le mouvement #MeToo ou Troisième sexe illustrent cette démarche inscrite dans l’ADN du groupe. Suite à notre morceau College Boy, on m’a invité dans les lycées pour parler du harcèlement scolaire. Ces chansons ont accompagné des vies et touché des générations différentes, nous sommes très fiers de ça.

La première répétition d’Indochine a eu lieu à Paris le 10 mai 1981, le jour où François Mitterrand a été élu président. Quels souvenirs en gardez-vous?
Ce jour-là, on s’en foutait de Mitterrand. J’avais peur, par contre, que l’arrivée du socialisme à l’Élysée débouche sur un bordel social en France, voire sur un coup d’État qui aurait pu compromettre l’avenir d’Indochine. On avait répété dans notre local l’une de nos premières compositions, Dizzidence Politik. Le titre sonnait comme Dominique (Dominique Nicolas, cofondateur d’Indochine) et moi l’avions espéré. On sentait qu’on tenait quelque chose. Je ne pensais pas me retrouver à parler d’Indochine avec vous quarante ans plus tard, mais j’avais envie de me battre pour que ça marche.

Quel a été le moment où Indochine a été le plus proche de l’implosion?
À l’époque des albums “Un jour dans notre vie” (1993) et “Wax” (1996), j’ai senti que nous vivions une transition. Ce sont nos deux disques qui ont le moins bien marché. La France et notre maison de disques ne s’intéressaient plus à nous. Dominique s’éloignait du groupe. Mais d’un autre côté, on voyait qu’un nouveau public d’adolescents venait à nos concerts. C’était l’époque de la britpop, des débuts de Placebo. Les lycéens se retrouvaient dans certaines de nos chansons comme Savoure le rouge ou Drugstar. C’était la fin d’un cycle et le début d’un renouveau.

Quel album d’Indochine mériterait une seconde chance?
Indochine est toujours resté fidèle au schéma album/tournée. Tous nos disques ont été défendus sur scène. Même si certains ont moins fonctionné que d’autres, je n’ai donc pas de frustration. Ceci dit, avec le recul, “Un jour dans notre vie” me paraît comme l’album maudit d’Indochine. Il y a de super bonnes chansons dessus.

Est-ce qu’il y a une chanson d’Indochine qui vous fait honte?
Il y a peut-être la chanson Canary Bay, dont le texte et le refrain en “ouh ouh!” sont nuls. J’ai refusé pendant longtemps de la jouer sur scène. Un jour, Courtney Taylor-Taylor, le chanteur du groupe américain Dandy Warhols m’a dit “Nicola, this is a fucking pop song” et quelque part, il avait raison. Du coup, on la rejoue, mais en changeant les arrangements.

En quoi les fans d’Indochine qui ont quinze ans aujourd’hui sont différents de ceux qui vous ont découverts avec L’aventurier en 1981?
Bonne question. Je ne sais pas s’ils ont les mêmes attentes. Probablement pas. Par contre, ils sont sur la même longueur d’ondes aux concerts. Les jeunes sont devant, les anciens derrière, mais c’est une célébration et beaucoup d’émotion. On a un putain de public, car ça n’a jamais été facile d’être fan d’Indochine. En 1980, en France, il y avait Noir Désir d’un côté et les boys bands de l’autre. Nous, on était au milieu. Aujourd’hui, il n’y en a que pour le hip-hop. Mais bizarrement, pour un groupe qui fait du rock, genre qui n’a rien à voir avec le mainstream, notre public couvre toutes les générations et toutes les couches sociales. 

Vous remplissez des stades mais pour  beaucoup de médias, vous restez des outsiders, voire des parias.
Indochine, c’est impalpable et irrationnel. On ne peut pas expliquer. Personne n’a jamais osé parier sur nous, mais on est toujours là après quarante ans. C’est bien de rester des outsiders dans ce milieu car ça nous donne aussi le pouvoir de dire non. Et nous, ça nous pousse aussi à ne jamais être sûrs de rien. 

On sait peu de chose sur les membres du groupe et les relations que vous entretenez ensemble. C’est aussi une ligne de conduite?
Non, c’est de la pudeur. Nous préférons exister aux yeux du public avec nos disques et nos tournées. Pas en étalant ce qu’il y a à côté. Nos relations? On est un vrai groupe. Nous voyageons ensemble dans le même bus, on dort dans le même hôtel, on mange dans le même catering. Le seul caprice de “diva”, c’est que je demande d’avoir ma propre loge. Avant le concert, je fais des vocalises et ça emmerde tout le monde. Et moi ça m’emmerde que certains fument. Dans notre répertoire, on évoque rarement nos petites personnes. La seule chanson qui parle vraiment de moi, c’est Un singe en hiver et c’est Murat qui l’a écrite. Et puis ça me fatigue, ce narcissisme dans la profession. Tous ces commentaires d’artistes qui s’apitoyaient sur leur sort sur Facebook ou Instagram pendant le confinement. Je trouve ça déplacé et pathétique.

Vous pensez déjà à votre nouvel album?
Oui. Le cap du quarantième anniversaire n’est qu’une parenthèse. Ce qui nous motive, c’est l’envie d’écrire de nouvelles chansons. Il y aura un quatorzième album d’Indochine.

Sony Music

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