Un été d'enfer

Pairi Daiza @Belgaimage
Pairi Daiza @Belgaimage
Teaser

Entre la déception des opérateurs à l’arrêt, l’ingéniosité des autres pour survivre et la certitude de ne plus pouvoir voyager comme avant, bilan d’une étrange saison. 

Sur la terrasse panoramique du Dock 79, Alice Costa a le sourire. Lunettes solaires dans les cheveux, la responsable du parc d’activités de Tertre fait l’état des lieux de cet été 2020. “On ne va pas se plaindre, dit-elle.  Après le confinement, les gens ont eu envie d’être dehors et comme beaucoup n’ont pas pris le risque de partir en vacances, ils ont profité de ce qui se passait à côté de chez eux. Les communes et les régions ont bien joué le jeu en faisant de bons plans de com pour favoriser le tourisme local.” Une déclaration qui ne peut que réjouir Étienne Claude. L’ASBL Wallonie Belgique Tourisme (WBT), dont il est le directeur général, a déployé les grands moyens afin d’impacter positivement l’intérêt des Belges pour la consommation locale et le tourisme durable. Aux deux tiers de l’été, les chiffres permettent de se faire une première idée: 88 % des réservations effectuées via l’ORC (Outil régional de commercialisation, un moteur de réservation numérique et multilingue) proviennent de Belgique, 7 % des Pays-Bas et 3 % de France. “Ce nouvel outil regroupe à peu près 112 activités touristiques, 196 hébergements et 13 organismes touristiques.” Depuis un an, l’ORC a enregistré 120.000 réservations pour un chiffre d’affaires de plus de 5,5 millions d’euros qui ne prend même pas en compte quelques gros prestataires tels que Les Grottes de Han ou Walibi disposant d’un système propre. “La tendance tourne à 2.000 réservations par jour et continue de croître depuis juillet, avec des pics à près de 2.800 comme le 4 août dernier, ajoute le directeur général. Plus de 75 % des réservations sont de type culturel ou patrimonial.” Certaines sont déjà prévues pour l’automne, de quoi conforter WBT dans son projet de pass tourisme pour l’arrière-saison. L’idée de l’ASBL est de proposer un “chèque vacances” de 80 euros par famille, consommable dans les activités touristiques wallonnes reconnues - hébergement ou attraction - jusqu’à la fin de l’année entamée.

Réagir au Covid

En cet été particulier, WBT est resté en contact avec ses opérateurs via des comités de pilotage qui ont fait remonter les tendances les plus récentes jusqu’à l’ASBL. La certitude, c’est que tout le monde a pris au moins un coup. “On a perdu énormément pendant le confinement car il a fait un temps de fou et on fait beaucoup de scolaire sur la période mai- juin”, illustre ainsi Alice Costa, l’œil rivé sur le lac des Herbières où se succèdent les amateurs de téléski nautique. “Les mesures plus restrictives du CNS fin juillet ont évidemment eu un impact sur les gros porteurs comme Pairi Daiza, qui perd beaucoup d’argent en étant contraint de passer de 20.000 à 3.000 visiteurs par jour”, glisse Étienne Claude. Les gîtes de grande capacité ont également été touchés, tout comme le secteur du transport touristique dont font partie les autocaristes: sans réservation de groupe, tous les voyages ont été postposés. Pour eux, la saison a été plus que catastrophique: “On espère que les entreprises pourront prochainement réorganiser des fêtes du personnel ou des réunions commerciales pour que les structures qui organisent ces événements puissent relever la tête”. 

Certains opérateurs ont fait preuve d’ingéniosité. La Ville de Mons a transformé ses produits et a développé un alléchant Tour de Mons à la recherche de sites, de musées, de balades ou de produits du terroir. D’où une forte croissance en termes de visites, notamment de la part du public néerlandophone. L’Euro Space Center, qui rouvrira en septembre, a déjà adapté son système de visite et de flux pour prévoir une forme de distanciation si un événement malheureux venait à se reproduire. D’après Étienne Claude, la majorité des acteurs touristiques offrent toutes les garanties sanitaires nécessaires pour éviter un nouveau lockdown. “Je pense que les opérateurs vont devoir réfléchir à une autre manière de visiter, avec des propositions pour groupes restreints ou des guidages qui touchent un public un peu plus pointu, argue le directeur général de WBT. Éviter ce tourisme de masse, qui risque de poser des soucis à long terme, ne peut qu’augmenter la qualité de l’offre et donc la satisfaction des clients.”  Étienne Claude observe ainsi une tendance à la création de produits pour petits groupes, liés au géocaching ou à la réalité augmentée, dans le but de se sentir plus à l’aise. L’autre aspect majeur du tourisme durable de demain est la digitalisation. “Le système de réservation en ligne est désormais institué, on revit, assure Alice Costa. Il nous amène à travailler dans de bonnes conditions en permettant d’anticiper le nombre de visiteurs et la charge de travail des journées.” Un coup dur pour l’improvisation d’une excursion? “Elle restera possible, mais moins sécurisée.”  
Infos: www.visitwallonia.be

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