L'affaire Chovanec prend (enfin) une tournure politique

Jan  Jambon - Belga
Jan Jambon - Belga
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Qui savait quoi ? Pourquoi a-t-il fallu deux ans et demi pour que cette affaire soit connue ? Pourquoi l'enquête judiciaire est-elle aussi lente? Beaucoup de questions posées aujourd'hui par les  parlementaires qui s'emparent de ce qu'il convient d'appeler l'affaire Chovanec.

Le 23 janvier 2018, Jozef Chovanec, un Slovaque de 38 ans, père de famille, monte dans un avion à Charleroi en direction de Bratislava. Il refuse de montrer son billet, bouscule une hôtesse de l'air, semble agité. Il est alors expulsé de l'appareil et placé dans une cellule de l'aéroport de Charleroi.

Durant la nuit, il est de plus en plus agité, au point de se frapper la tête contre le mur. Drogue ? Alcool ? Non, l'autopsie l'exclut et des experts évoqueront par le suite « le syndrome de délire agité » qui fait perdre tout contrôle à une personne. Pour le calmer, cinq policiers arrivent, le plaquent à terre, le menottent, lui mettent une couverture sur le visage et s'asseyent sur lui pendant qu'une collègue rit, danse et fait le salut nazi. Le Slovaque fait un arrêt cardiaque et est conduit à l'hôpital où il mourra trois jours plus tard. Une contre-expertise médicale conclut que l'action policière a probablement provoqué une arythmie cardiaque, un policier étant resté assis sur son thorax pendant 16 minutes.

De nombreuses questions...

De tout cela, on en saura mot que deux ans et demi plus tard, soit il y a une semaine, avec la diffusion d'une vidéo de surveillance qui montre tout ce qui s'est passé cette nuit-là. Aucune mesure n'a été prise contre les policiers impliqués – à peine a-t-on muté il y a quelques jours la policière ayant fait le salut hitlérien. La lenteur de l'enquête judiciaire, qui n'est toujours pas terminée, est quant à elle justifiée par le coronavirus...

Les Parlementaires s'emparent aujourd'hui de l'affaire pour tenter de répondre aux nombreuses questions qui entourent cette affaire : qui savait quoi ? Comment expliquer la lenteur de l'enquête judiciaire ? Pourquoi aucune sanction n'a été retenue contre les policiers ? Bref, l'affaire a-t-elle été étouffée ?

Peu de réponses...

Tous les regards se tournent du côté du ministre de l'Intérieur de l'époque, Jan Jambon, aujourd'hui ministre-président flamand. Réponse du numéro deux de la N-VA : « Pas au courant ». Pourtant, son cabinet en avait été informé en mars 2018 selon l'actuel ministre de l'Intérieur, Pieter De Crem (CD&V). Lequel ajoute une charge sur son prédécesseur en expliquant qu'un directeur du SPF Affaires étrangères avait rencontré l'ambassadeur de Slovaquie à propos du décès d'un ressortissant slovaque. L'ambassadeur a expliqué alors qu'il était au courant, ayant discuté avec Jan Jambon, et qu'il aurait même été reçu au cabinet du ministre de l'Intérieur.

Devant ces nouvelles informations, Jan Jambon (qui a démissionné de son poste à l'Intérieur en décembre 2018) a répondu par écrit. Il affirme dans une lettre envoyée aux médias « ne pas se souvenir du drame dont les images ont été rapportées la semaine dernière ». Il ajoute qu' « un rapport de police a été demandé par le cabinet, où les faits étaient relatés de façon neutre, sans les détails horribles qu’on a pu voir sur les images. On se fondant sur le rapport, on ne pouvait d’aucune façon déduire une action problématique de la police ».

La lettre stipule qu'il apparaît « aujourd’hui que le dossier a été traité par mon cabinet de l’époque. Mais les véritables proportions de l’affaire n’ont pas été portées à l’attention de mon cabinet ou de moi-même ». En résumé, Jan Jambon « regrette profondément de ne pas me souvenir de ces événements tragiques », mais estime qu'aucune faute n'a été commise dans son chef ou celui de ses anciens membres du son cabinet. Jan Jambon sera entendu prochainement par les députés. 

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