La Belgique, une passoire pour les retours de zones rouges

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Seulement la moitié des Belges revenus de zones rouges ont fait un test pour le Covid-19, malgré le risque élevé d’importer la maladie. Un problème que les autorités ont encore du mal à gérer.

C’est devenu le nouveau réflexe avant de quitter la Belgique. Peu avant le départ, on regarde la couleur de notre destination sur la carte du SPF Affaires étrangères, dans la crainte que celle-ci n’apparaisse en rouge. Si c’est le cas, le ministère est formel: «les voyages ne sont pas possibles ou pas autorisés». Pour ceux qui passeraient outre cet avertissement, un test Covid-19 et une quarantaine sont obligatoires une fois revenu au plat pays.

Dans les faits, de nombreux voyageurs restent insensibles à ces mises en garde. La Commission communautaire commune (Cocom) a ainsi déclaré hier que sur les 13.000 personnes revenues de zones rouges vers la région bruxelloise, seulement 40% se sont fait tester. L’agence Belga précise qu’en Flandre et en Wallonie, ce taux monte à 60%. Les médias flamands notent par ailleurs ce mercredi que des sanctions sont prévues pour punir les récalcitrants, mais le nombre de personnes pénalisées s’élève pour l’instant à… zéro. Même les contrôles restent très théoriques. Pourtant, ces chiffres interpellent vu le risque de ramener le coronavirus dans ses bagages. Et du côté des autorités, on a souvent du mal à y apporter une réponse.

Lasagne institutionnelle

Pour suivre les personnes parties à l’étranger, l’État utilise un formulaire, le «Passenger Locator Form». Cela permet de savoir qui part où et comment la contacter si besoin. Les voyageurs qui reviennent de zone rouge reçoivent ainsi deux SMS sur leurs téléphones à leur retour: un pour rappeler l’obligation d’aller en quarantaine et de se faire tester, l’autre avec un code QR pour se présenter dans un centre de test. «Le but final de ce dispositif est de tester tous ceux qui reviennent de zones rouges. C’est essentiel pour éviter l’importation du coronavirus et de se retrouver dans la même situation que lors de la première vague. Si une personne n’a pas fait le test, on voit que ce code n’a pas été utilisé, et dans ce cas-là, le suivi de contact se fait, soit par téléphone, soit par une visite au domicile, pour rappeler l’obligation légale de faire le test», confirme Jan Eyckmans, porte-parole du SPF Santé Publique.

En théorie, cela paraît donc assez simple. Pour en savoir plus sur les nombreux récalcitrants revenus de zone rouge, le fédéral se dit par contre incompétent en la matière. La balle est dans le camp de la Cocom à Bruxelles et de l’AVIQ (Agence pour une Vie de Qualité) fait-on savoir.

Pour la capitale, Heidi Smitt, porte-parole de la Cocom, précise ainsi qu’une sanction de 250€ est prévue pour ceux qui ne feraient pas le test ou ne se mettraient pas en quarantaine. Mais là, problème: quand il est question de déterminer qui applique la sanction, elle renvoie… vers le niveau fédéral, ce même niveau qui redirigeait vers les régions! Qui donc est responsable à ce sujet? Même Heidi Smitt s’avoue un peu gênée. «Je ne suis pas dans la capacité de vous répondre», dit-elle brièvement.

Un tournant à prévoir le 4 septembre?

Du côté de la Wallonie, c’est finalement la porte-parole de Christie Morreale, Stéphanie Wilmet, qui répond à la place de l’AVIQ, avec quelques précisions. «À ce stade-ci, comme la Flandre, nous avons la possibilité de sanctionner mais nous restons sur une approche préventive», explique-t-elle. De son côté, la sanction est clairement une solution qu’il vaut mieux éviter.

Stéphanie Wilmet précise aussi que pour l’instant, la Wallonie ne dispose pas de tous les outils nécessaires pour répondre au problème des retours de zones rouges sans test. «Les formulaires de voyage sont stockés dans la base de données de Sciensano mais il faut encore les intégrer de manière dynamique dans la plateforme du tracing, ce qui est délicat vu les préoccupations quant à la vie privée. Normalement, cela n’arrivera à son terme que le 4 septembre. Concrètement, cela veut dire qu’à partir de cette date, nous disposerons de listes précises sur les personnes qui n’ont pas fait leurs tests. Le personnel du call center du tracing entreront alors en action pour suivre plus efficacement ces individus. En attendant, dans deux jours, nous renforcerons nos rappels par SMS pour que les personnes fassent bien leurs tests».

Des manquements assez embêtants

De ce qui en ressort, la Belgique ne serait donc qu'en phase de sensibilisation, où la sanction n’apparaît que comme une issue ultime, pour ne pas dire qu’elle est tout simplement écartée. «Pour l’instant, la sanction vient en dernier lieu», se contente de répondre Stéphanie Wilmet. «En l’état de la situation, il faut aussi préciser que nous ne savons pas si une personne revenue de zone rouge et n’ayant pas fait son test a simplement préféré se mettre en quarantaine», ajoute-elle. Ce doute semble donc être au moins une partie de l'explication pour comprendre qu’aucune amende soit donnée. Mais d’ici le 4 septembre, l’amélioration du tracing devrait apparemment changer ce ton complaisant de l’État.

En attendant, qu’en est-il du risque d’importer des cas de zones rouges? Il n’est pourtant pas nul. Frédérique Jacobs, porte-parole interfédérale, rappelle par exemple que l’une des raisons qui pourraient expliquer le rebond de l’épidémie à Anvers, ce serait un cas revenu de zone rouge.

«Pour nous, après, c’est compliqué d’intervenir», se défend Stéphanie Wilmet. «Ce n’est pas comme les cas de malaria où le faible nombre de cas était facile à contrôler et à sanctionner parce qu’on identifiait facilement les personnes responsables. Ici, le coronavirus touche toute la population. Aujourd’hui, il est difficile de faire des sanctions au cas par cas. On compte donc plus sur la responsabilité citoyenne, même si je sais que ce n’est pas la situation idéale», conclut-elle.

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