Une rentrée casse-tête pour des directeurs d’école déjà surmenés

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Un rapport note la lourdeur des tâches des directeurs, dont le travail est d’autant plus difficile à supporter en ces temps de crise. Les cas sont plus ou moins critiques en fonction de l’établissement, mais ils peuvent à l'occasion aboutir à de vraies situations de détresse.

En temps normal, les directions des écoles travaillent d’arrache-pied pour faire tourner la machine scolaire. Cette année, la crise en remet une couche. C’est ce que pointe le nouveau rapport de l’Ufapec (Union des fédérations d’associations de parents de l’enseignement catholique). L’organisation note dans son étude que les difficultés des directeurs, déjà importantes avant l’arrivée du coronavirus, ne se sont pas calmées ces derniers mois, bien au contraire. Les directeurs seraient ainsi même de plus en plus nombreux à connaître les affres de la dépression professionnelle. Une situation qui pose la question de la gestion du prochain défi en date: la rentrée.

Nouveaux problèmes à l’horizon

L’Ufapec écrit dans son rapport la difficulté des directeurs à constituer leurs équipes, et ce déjà avant la crise. Avec le retour en classe qui aura lieu dans quelques jours, ce problème de personnel se pose en des termes encore plus marqués qu’à l’accoutumée. «On peut se demander si tous les enseignants reviendront et si certains n’essayeront pas d’être couverts par des certificats pour éviter la rentrée », se demande Joseph Thonon, président communautaire de la CGSP-Enseignement. « Les directeurs auront manifestement pour souci d’avoir leurs équipes au complet. Or pour l’instant, on ne sait pas combien seront aux abonnés absents. La majorité a manifestement envie de rentrer mais j’espère que ce problème ne se posera qu’à la marge».

Autre sujet de préoccupation: les parents. C’est un point important du travail des directeurs que de maintenir les relations avec eux. Or avec la crise, il faudra gérer leurs inquiétudes par rapport au Covid-19. Est-ce que ceux-ci remettront tous leurs enfants à l’école par crainte du virus? Les autorités et les pédiatres n’ont cessé de les encourager à le faire, rappelant sans cesse le moindre risque des plus jeunes par rapport à la maladie. Mais on peut se demander si ce discours a convaincu tout le monde. «Il faudra voir quelle ampleur aura ce phénomène, et cela peut représenter une inquiétude supplémentaire pour les directeurs», confirme Joseph Thonon.

L’éternel problème de la logistique

Au-delà de cet aspect humain de la rentrée, il y a aussi tout ce qui est plus technique. Le rapport de l’Ufapec note qu’en temps normal, les directeurs sont déjà accablés par la «centaine de microdécisions» à prendre au quotidien et par le manque de moyens. Évidemment, dans le contexte actuel où il faut assurer la sécurité sanitaire du personnel et des élèves, ces tensions sont encore plus présentes. «C’est une rentrée scolaire compliquée. Il y a par exemple l’obligation de prévoir un éventuel passage en phase orange de l’épidémie, notamment avec les modalités d’enseignement à distance. Les questions de matériel sont d’autant plus importantes, sans compter le respect des directives qui est évidemment essentielle», relève Bernard Hubien, secrétaire Général de l’Ufapec.

Et qui dit enseignement à distance dit adaptation des élèves et des enseignants à l’outil numérique. De ce point de vue-là, bien que plusieurs mois soient passés depuis le début de l’épidémie, cela reste toujours une difficulté prégnante pour cette rentrée. «Ce type d’enseignement ne s’improvise pas. Il ne s’agit pas ici seulement de transposer le cours en document Word», confirme Bernard Hubien. Il reste en outre difficile pour les personnes non habituées à l’outil informatique de s’adapter à cette situation.

Des scénarios variables en fonction de l’école

Ceci étant dit, d’autres points sont plus simples que lors de la rentrée mai-juin où les décisions gouvernementales changeaient rapidement et compliquaient la tâche des directeurs, comme le rappelle le rapport de l’Ufapec. Ici, les directeurs ont reçu les directives bien en amont.

La difficulté de la rentrée sera aussi variable en fonction de la situation de tel ou tel établissement. Exemple: le manque d’enseignants qui se portent volontaires pour devenir directeur, surtout dans un cadre comme celui du Covid-19. L’Ufapec note que dans certaines écoles de l’enseignement libre, les directeurs changent assez souvent. Mais pour ce qui est des autres réseaux, le constat est différent. «Dans le détail, il faut relativiser cette problématique», fait savoir Joseph Thonon. «La pénurie de directeurs est plus importante dans l’enseignement catholique, moins dans celui officiel ou communal. On peut supposer que cela serait dû à la structure administrative, moins lourde dans ces deux derniers réseaux. Pour le libre, les pouvoirs organisateurs peuvent être très petits et lorsque c’est le cas, le directeur a un travail encore plus important».

Autre point relevé par l’Ufapec: la gestion de la crise sanitaire à l’école varie en fonction des directeurs. Certains le font de manière assez réussie alors que d’autres en arrivent à refuser les contacts avec les parents et l’accueil des enfants en garderie. Selon Bernard Hubien, cela est lié à «la personne même du directeur ainsi qu’à l’histoire et à la culture de l’établissement en question». «Parfois, les parents ne sont par exemple pas les bienvenus dans l’éducation des enfants et de ce fait, certains sont plus ouverts que d’autres vis-à-vis d’eux», dit-il, ce qui n’est pas sans créer certaines tensions entre direction et parents d’élèves. «Je pense que c’est un peu comme n’importe quel citoyen», juge de son côté Joseph Thonon. «Il y a des directeurs qui prennent des précautions rigoureuses et excessives en limitant tout contact et d’autres qui sont plus souples pour prendre en compte le bien-être des enfants et des enseignants. Les directeurs ont encore beaucoup de pouvoir d’appréciation, même s’ils disent parfois le contraire».

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