Mignonnes, ou comment une affiche peut saboter tout un film

Angelica et Amy dans Mignonnes - Netflix
Angelica et Amy dans Mignonnes - Netflix
Teaser

Alors qu'il entend dénoncer l'hypersexualisation des préadolescentes, le premier film de Maïmouna Doucouré Mignonnes s'est retrouvé accusé de faire l'apologie de la pédophilie. Retour sur une polémique complètement stérile mais aussi révélatrice.

Ne jugez pas un livre à sa couverture - ou un film à son affiche, dira-t-on aux détracteurs de Mignonnes. Récompensé au festival de Sundance et à la Berlinale, le film français est accablé d'une violente polémique… venue des Etats-Unis. La sortie du premier long-métrage de la cinéaste franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré y est prévue pour le 9 septembre sur Netflix, sous le titre Cuties. Sauf que le nom du film n'est pas le seul à avoir fait le frais de l'exportation.

L'origine du scandale - ou plutôt du malentendu -, c'est son affiche. À l'opposé de la version française, celle conçue pour les spectateurs américains montre des jeunes filles dans des tenues courtes et moulantes, prenant des positions pour le moins suggestives. Le visuel racoleur a entraîné un déferlement de haine sur les réseaux sociaux, forçant la réalisatrice, victime de harcèlement, à supprimer son compte Twitter. Une pétition a été lancée demandant le retrait de ce film « répugnant » et « dangereux », qui d'une part « sexualise une enfant de 11 ans pour le plaisir des pédophiles » et, d'autre part, « influence négativement nos enfants ». Un comble pour une oeuvre dont le but est justement de dénoncer l'hypersexualisation des préadolescentes.

Les excuses de Netflix

En résumé, pour promouvoir Mignonnes, Netflix a voulu exploiter le corps sexualisé de jeunes filles, l'un des problèmes sociaux mis en cause dans le film. Face à la polémique, le géant du streaming a finalement choisi de rétropédaler en retirant l'affiche controversée. « Elle n'était pas correcte, ni représentative de ce film français qui a été primé à Sundance. Nous avons maintenant mis à jour les photos et la description », a écrit la plateforme, s'excusant pour ce choix artistique « inapproprié ». Ainsi, Cuties ne raconte plus la « fascination » d'Amy, 11 ans, pour un groupe de twerkeuses qu'elle tente de rejoindre en « explorant sa féminité » et « défiant les traditions de sa famille ». Désormais, le film retrouve sa finesse et sa complexité, dressant le portrait d'une jeune fille tiraillée entre les attentes de sa famille religieuse polygame et les injonctions d'une société qui pousse à la fois les filles à mettre en avant une sexualité précoce et à stigmatiser les femmes affirmant leur sexualité.

Récit nécessaire

Loin de promouvoir l'hypersexualisation des jeunes filles, Mignonnes la pointe précisément du doigt, quitte à créer - volontairement - un certain malaise. Avec son premier long-métrage, Maïmouna Doucouré qui s'est inspirée de sa propre adolescence lance un cri d'alarme quant à ce phénomène qu'elle estime exacerbé par les réseaux sociaux. L'idée du film lui est venue après avoir vu, il y a quelques années, des jeunes filles s’adonner à des danses lascives, sans en mesurer la portée. Interpellée, la réalisatrice dit vouloir « remettre en question les outils qu'on leur donne pour se construire ». Son discours féministe mérite d'être entendu, et son film de ne pas être résumé à une vulgaire affiche.

Pour ses opposants, qui font la sourde-oreille, s'attaquer à la hypersexualisation des filles en les sexualisant est contre-productif. Preuve du difficile - voire impossible - combat contre ce phénomène social. Certains préférant toujours critiquer l'oeuvre plutôt que ce qu'elle dénonce.

Plus de Aucun nom

Notre Selection