Jacob Blake, nouvelle victime des violences policières aux Etats-Unis

"Dites leurs noms" écrit sur une pancarte lors d'une manifestation Black Lives Matter © Unsplash
"Dites leurs noms" écrit sur une pancarte lors d'une manifestation Black Lives Matter © Unsplash
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Dimanche, dans le Wisconsin, un policier a tiré à sept reprises dans le dos d'un homme noir, non-armé, devant ses enfants. Le soir-même, des émeutes ont éclaté après la diffusion des images de cet incident.

L'histoire se répète. Trois mois après la mort de George Floyd et le séisme qu'elle a provoqué à travers le monde, une nouvelle bavure policière enrage les Etats-Unis. La victime se prénomme Jacob Blake. Ce dimanche, dans la ville de Kenosha, dans le Wisconsin, cet homme noir de 29 ans a été grièvement blessé en pleine rue par des policiers. Ces derniers lui ont tiré plusieurs balles dans le dos, dans des circonstances encore confuses.

Dans la vidéo de la scène, filmée par un riverain de l'autre côté de la rue, on voit la victime marcher autour d'un SUV gris, poursuivi par deux agents. Lorsqu'il tente d'entrer dans le véhicule, l'un d'entre eux le retient par le t-shirt, avant de pointer son arme vers son dos et de tirer. Au moins sept coups de feu retentissent, sous les cris des témoins horrifiés. L’homme, non armé, a été transporté dans un état grave dans un hôpital de Milwaukee, selon les autorités. Ce lundi, selon plusieurs médias locaux, son état serait stable.

Trois de ses enfants était dans la voiture au moment des faits. « Ils ont vu un flic tirer sur leur père. Ils seront traumatisés à vie. Nous ne pouvons pas laisser les forces de l’ordre violer leur devoir de nous protéger. Nos enfants méritent mieux ! », a écrit sur Twitter l'avocat des droits civiques Benjamin Croop, qui défend également les familles d'Ahmaud Arbery, de Breonna Taylor et de George Floyd.

Le contexte de cette intervention reste à éclaircir. La police dit avoir été alertée d'un « incident domestique » sur la voie publique, vers 17 heures dans un quartier résidentiel, tandis que des voisins assurent que Jacob Blake tentait de séparer une bagarre entre deux femmes. Une enquête a été ouverte et confiée à une agence indépendante, a annoncé la police de Kenosha. « Les policiers impliqués ont été mis en congé administratif », a indiqué le Département de la Justice de l'État, dans un communiqué. Comme avec George Floyd et d'autres Noirs victimes de violences policières, le casier judiciaire de Jacob Blake est brandi par celles et ceux qui tentent de défendre la police. Pourtant, comme le répètent les militants antiracistes, rien ne justifie qu'un policier tire sept fois dans le dos d'un homme non armé.

Pas le premier, ni le dernier?

Aussitôt après la diffusion de la vidéo, des centaines d'habitants se sont rassemblés sur les lieux du drame pour exprimer leur colère, réclamer justice et dénoncer les violences policières. Dans un contexte social plus tendu que jamais, des heurts ont éclaté entre les manifestants et les forces de l'ordre.

Dimanche soir, le gouverneur du Wisconsin Tony Evers a condamné la fusillade d'un homme qui « a reçu plusieurs balles dans le dos, en plein jour ». « Bien que nous n'ayons pas encore tous les détails, ce que nous savons avec certitude, c'est qu'il n'est pas le premier Noir ou la première personne noire à avoir été abattu, blessé ou impitoyablement tué par des personnes chargées de l'application de la loi dans notre État ou notre pays », a ajouté le démocrate dans une série de tweets.

Usage de la force comme premier recours

En effet, la liste des victimes de violences policières est effroyablement longue aux Etats-Unis. Chaque année, plus de mille personnes sont tuées par la police. Près d'un quart d’entre elles sont noires, alors qu'ils ne représentent que 13% de la population. Si l'usage de la violence par la police doit être justifiée et proportionnelle, cela ne semble pas toujours être le cas. Loin de là. Selon Amnesty International, c'est même le premier niveau de réponse des policiers américains, alors qu'il devrait être le dernier recours. Dans un récent rapport, l'ONG a alerté sur ce fléau systémique, dénonçant « des violations flagrantes et généralisées des droits humains ». Elle a relevé 125 cas de violences injustifiées entre le 26 mai et le 5 juin dernier, lors des rassemblements majoritairement pacifiques contre les violences policières et le racisme, suite à la mort de George Floyd. Seul un cas de menace imminente sur sa vie ou celle d'autrui ou d'une blessure grave peut justifier l'usage de la force. Or, d'après le rapport, aucun des États du pays ne limite l'utilisation de la violence à ces seules situations.

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