Covid-19: ce que l’on sait (ou pas) sur la contagion lors des concerts

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Ce samedi, trois concerts ont été organisés en Allemagne pour étudier la propagation d’agents pathogènes lors de ces événements. Une expérience destinée à clarifier nos connaissances sur ce phénomène et qui pourrait (peut-être) ouvrir la voie à un retour de ces rassemblements.

En temps normal, avec le bel été que l’on a, l’heure devrait être à la fête, aux festivals et aux concerts. Mais évidemment, le coronavirus a tout gâché! Une catastrophe pour le secteur culturel. Pour tenter d’apporter une réponse à cette détresse, l’Université de médecine de Halle a organisé hier à Leipzig plusieurs concerts de l’Allemand Tim Bendzko. Le but: étudier comment pourrait se répandre le coronavirus dans un événement en milieu clos, à condition de porter des masques FFP2 et d’utiliser du gel hydroalcoolique. Les chercheurs vont essayer de savoir s’il est possible d’éviter une contagion de masse via trois scénarios: des spectateurs debout, assis ou assis avec distanciation sociale.

Cela permettra d’en savoir plus sur ce qui pourrait être fait pour réorganiser des concerts en tout sécurité. Ceci dit, en l’état actuel de nos connaissances, les épidémiologistes peuvent déjà affirmer plusieurs choses.

Faisons le point!

Sans devoir attendre les résultats de l’étude de Leipzig, prévus pour cet automne, les scientifiques ont identifié quelques facteurs de contagion qui impactent directement les concerts. Il y a d’une part le fait qu’environ 90% des foyers de contamination ont lieu en intérieur. Or par essence, une salle de concert est un milieu clos.

Ensuite, il y a le nombre important de personnes rassemblées en un endroit, surtout lorsque les distances de sécurité ne sont pas respectées et que l’on ne porte pas de masque. Enfin, il y a l’humidité et la température, qui à certains niveaux sont particulièrement favorables à la contamination, et l’aération qui pourrait favoriser le maintien du virus en suspension dans l’air.

Le meilleur espoir: l’efficacité des masques

Avec tout cela, la salle de concert paraît tout de suite moins hospitalière, mais l’étude allemande pourrait nous surprendre du fait de l’imposition du masque. Car comme le fait remarquer Yves Coppieters, épidémiologiste à l’ULB, le masque semble être plus efficace que ce que l’on a pu penser au début de l’épidémie. Avant le coronavirus, l’idée était plutôt que le masque protégeait surtout si la personne malade le portait (en tenant compte du fait qu’à l’époque, le nombre de personnes asymptomatiques n’était pas connu, or ils se sont révélés être nombreux avec le Covid-19).

«Mais c’est vrai qu’il y a de plus en plus de données qui montrent que le masque protège aussi des autres», fait savoir le chercheur de l’ULB. «Sur ce point, la vision sur l’efficacité du masque a changé depuis le début de l’épidémie. Il est plus efficace qu’on le pensait, non seulement pour protéger les autres mais aussi soi-même. Dans le cas des concerts, le masque en tant que tel pourrait donc suffire. Ça, l’étude doit le confirmer ou pas. On sait que c’est l’outil le plus efficace et cela pourrait l’emporter sur la distance de sécurité. On l’a par exemple vu avec une étude dans un salon de coiffure où le personnel portant un masque a été épargné par la maladie, ce qui n’était pas le cas des clients sans masques».

Et en attendant?

La première chose à voir à Leipzig sera donc de tester l’efficacité des masques mais une autre chose est sûre: faire des événements en plein air, c’est mieux. C’est d’ailleurs ce qui fait que plusieurs spectacles ont déjà rassemblé un nombre important de personnes en pleine épidémie car organisées dehors. Cela a été le cas au Puy du Fou avec 9.000 personnes le 15 août. Dès lors, pour Yves Coppieters, cet événement, où le port du masque était obligatoire, n’était que partiellement risqué. «Le fait que ce soit à l’extérieur change tout puisque pour l’instant, on n’a pas vraiment trouvé de vrais clusters causés par un événement en extérieur, mis-à-part quelques cas au début de l’épidémie».

Si l’on ne veut pas de masque, une solution testée à Newcastle, en Angleterre, pourrait être intéressante. Là-bas, le «Virgin Money Unity Arena» a organisé toute une série de concerts en plein air où des groupes de deux à cinq personnes étaient séparés par des box métalliques. De ce fait, le masque n’était obligatoire que pour les déplacements extérieurs à cet espace. Tant qu’ils restent dans leurs cocons, les spectateurs peuvent se déchaîner en toute liberté. «Dans un cas comme cela en extérieur, la distance de sécurité, la circulation de l’air et la bulle sociale permettent d’avoir tout ce qu’il faut pour respecter les mesures de prévention. On pourrait avoir cela en Belgique tant que l’on pense bien à ces trois axes, sans oublier l’hygiène des mains à l’entrée et le refus d’accès aux personnes symptomatiques évidemment», nous confirme Yves Coppieters.

Ce dernier tient enfin à préciser que les conclusions de l’étude de Leipzig ne seront sûrement pas définitives pour des questions de méthodologies. Néanmoins, cela pourrait ouvrir des pistes de réflexion. «De plus, cela pourrait décrisper nos décideurs quant au fait que l’on peut reprendre des activités culturelles si on respecte ces mesures. Pour l’instant, ils sont très prudents sur ce point, bien plus que pour les transports où les mesures ne sont pas toujours respectées. Cela pourrait lever quelques points de confusion dans le débat public».

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