Les villes, ces foyers de contamination qui se dévoilent

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Lors de la première vague, des zones comme le Limbourg étaient clairement pointées du doigt comme régions à risque. Maintenant, les grandes agglomérations leur ont repris ce rôle… qu’elles auraient en réalité toujours tenu.

Dès qu’il est question du Covid-19 en Belgique, les projecteurs se braquent sur les deux plus grandes villes du pays, Anvers et Bruxelles. Leurs taux de contamination sont scrutés à la loupe, tout comme en France où le même phénomène est en train de se produire. Les métropoles de Paris et Marseille viennent ainsi de passer en zone rouge et les mesures sont constamment durcies.

Pourtant, lors de la première vague, l’attention médiatique était loin d’être focalisée sur ces zones urbaines. En Belgique, c’est le Limbourg qui apparaissait en rouge sur les cartes du nombre de cas pour 1.000 habitants. En France, des régions comme l’Oise et l’Alsace étaient au centre de l’attention. Comment expliquer ce changement de focus depuis les zones rurales vers les centres urbaines?

Bienvenue en Belgique!

Pour comprendre, il faut retourner au tout début de l’épidémie. Lorsque celle-ci a commencé, la Belgique a eu du mal à identifier les portes d’entrée du virus dans le pays. Au bout d’un certain temps, une concentration anormale de Covid-19 a surtout été détectée dans le Limbourg, plus précisément au Sud-Ouest de la province. «Les foyers à forte transmission comme le Limbourg montrent que c’est de là qu’a pu démarrer l’épidémie chez nous», analyse Yves Coppieters, épidémiologiste à l’ULB. «C’est aussi pour cela qu’il y a pu avoir proportionnellement plus de cas graves, surtout si à l’époque on ne se protégeait pas».

Autrement dit, le Limbourg a eu la malchance d’avoir probablement accueilli le virus en premier, via des retours de sports d’hivers, par exemple, puis des fêtes ont fait le reste. Lorsque le confinement a été décidé, le mal était déjà fait.

Une contagion urbaine en partie invisible

Cela dit, il faut tout de suite apporter une nuance importante. Le fait que le Limbourg ait probablement été la porte d’entrée belge pour le coronavirus ne signifie pas que les grandes villes aient été épargnées à cette époque-là. En réalité, le virus a eu le temps de s’implanter dans tout le pays très rapidement au début, mais le manque de matériel de testing à l’époque a rendu ce phénomène peu visible. «Lors de la première vague, on a pu identifier que les cas graves et seules les personnes hospitalisées étaient testées. Mais ce n’était pas du tout le reflet de la transmission dans la population. Ceux qui étaient asymptomatiques, chez les jeunes notamment, n’étaient pas du tout captés parce que la stratégie des tests n’était pas centrée sur eux», rappelle Yves Coppieters.

Si l’on pousse l’analyse, cela veut dire que les grandes villes ont probablement déjà été à l’époque des centres de contamination, mais étant plus "jeunes", les cas asymptomatiques étaient plus nombreux, les tests de ce fait plus rares et elles sont passés en mode sous-marin. Si la capacité en tests avait été forte dès le début, les villes auraient été probablement bien plus visibles sur les cartes.

Un contexte défavorable aux grandes villes

Mais la différence entre la première vague et le rebond actuel ne s’arrête pas là. Il y a aujourd’hui des facteurs aggravants qui renforcent cette visibilité des métropoles. D’une part, la possibilité de voyager. Le virus peut suivre les touristes. Pour Frédérique Jacobs, porte-parole interfédérale Covid-19, il ne faut donc pas s’étonner que des zones comme la Côte d’Azur soient plus à risque. Mais elle note surtout qu’avec le rebond, il y a pu avoir des fêtes importantes.

«Il y a des clusters un peu partout mais les grands rassemblements restent les endroits où les touristes et les jeunes vont de manière régulière», juge-t-elle, c’est-à-dire les zones touristiques et les grandes villes. «Ensuite, dans les lieux peuplés en été, lorsqu’il fait très chaud, beaucoup sortent de chez eux. Cela favorise aussi la propagation par rapport à la première vague. Il y a donc beaucoup de facteurs qui interviennent dans les métropoles, dont ceux-là».

Yves Coppieters confirme cette analyse et va plus loin dans les différences entre la première vague et le rebond de cet été: «Donc contrairement à la première vague, où un cluster important se traduisait par des cas graves au même endroit, aujourd’hui c’est beaucoup plus compliqué car l’épidémie est diffuse mais touche peu les aînés, soit parce que le virus est moins virulent ou parce que ces personnes plus âgées se protègent beaucoup mieux qu’avant. Un foyer n’est dès lors pas suivi automatiquement d’un noyau d’hospitalisation».

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