La hype des mobile-homes

Variomobil Perfect 1000
Variomobil Perfect 1000
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Leurs ventes augmentent chaque année. Un succès qui s’explique notamment par les innovations techniques de ces résidences mobiles, le rajeunisssement du public et un meilleur rapport qualité/prix. 

Cannes pour le cinéma, Avignon pour le théâtre et Montreux pour le rire. Pour le mobile-home, c’est à Düsseldorf que ça se passe. Au Caravan Salon, 270.000 visiteurs se ruent chaque année devant les nouveaux accessoires et 2.100 véhicules présentés par 645 exposants. En 2019, le Variomobil Perfect 1000 figurait parmi les stars du moment. Le mastodonte de 3,5 tonnes n’a rien à envier aux chics palaces parisiens. Pare-brise panoramique, fauteuils pivotants en cuir ivoire, cuisine avec four encastré, salle de bains en enfilade, chambre avec un lit king size et garage pour voiture composent son intérieur. Mais le prix de cette Rolls-Royce du motor-home rebutera plus d’un fan: 800.000 euros. Parmi les 10 % de visiteurs étrangers, les Néerlandais et les Belges représentent de loin les nationalités les plus représentées. La cité rhénane se situe près de la frontière belgoallemande. La proximité à elle seule n’explique pas cette présence massive. Chez nous, les ventes de mobile-homes connaissent une hausse constante. Environ 10 % de croissance annuelle depuis 15 ans, selon les chiffres d’immatriculations de la DIV. Frédéric François dirige la fédération sectorielle Belgian Caravan-Camping and Motorhome Association (BCCMA), qui pèse environ 98 % du marché. Il boit du petit-lait. “C’est un phénomène structurel qui n’a rien à voir avec le Covid-19.” Patron d’une boutique de vente et de location, Ignace Coudron voit toujours plus de clients pousser la porte de son magasin. “Ils commencent souvent à louer un véhicule un ou deux week-ends, puis pour les grandes vacances. Ils se rendent compte que cela leur permet de découvrir de belles choses.” Le concept combine liberté de mouvement et confort d’une maison. Le véhicule possède sa salle de bains, son W.-C., sa chambre, sa cuisine et son salon. “Vous avez par exemple le double vitrage, la double isolation du sol pour partir en hiver, la télé et la cuisine équipée”, explique Frédéric François. Pourquoi l’engouement actuel? Le secrétaire général de la BCCMA avance trois explications. D’abord la flexibilité. Le véhicule permet les escapades improvisées en pleine nature. Ensuite l’approche du cap des 55-60 ans pour la génération des baby-boomers. La maison payée et les enfants partis, ils se retrouvent avec des sous à investir. Et l’envie d’en profiter. Et puis, l’argent bon marché coule à flots. Les taux d’intérêt planchers boostent l’immobilier. Pas de raison que le phénomène ne concerne pas les maisons roulantes. Pour Ignace Coudron, le rajeunissement du public et les améliorations techniques complètent la boucle: “On a même des jeunes de 20 ans qui viennent prendre des renseignements. Et puis, les véhicules faisaient jadis, il y a 15 ans, du 95 km/h sur l’autoroute. Les modèles actuels roulent facilement à 120 km/h. Le confort de conduite est quasi similaire à celui de la voiture.

À la location aussi

Pour un modèle neuf, la facture oscille en moyenne entre 40.000 et 60.000 €. Même sur le marché de seconde main, les prix ne s’effondrent pas. Comptez la moitié pour un véhicule avec 10 années d’ancienneté. Côté location, les prix dépassent ceux d’un séjour sous tente. Tout dépend de la période de l’année. Au mois d’août, en haute saison, il faut payer 150 € par jour pour le véhicule le moins cher. Pour ce prix-là, vous conduirez une camionnette pour quatre personnes avec douche extérieure. En octobre, ce montant chute à 69 €. “Là, je me suis offert un beau véhicule neuf à 80.000 € pour assurer mes années de loisirs”, explique Guy Limage, secrétaire du Motorhome Club Belge (MCB). Ce policier retraité de 67 ans cogère un club de 222 motorhomistes. “Cela fait déjà 30 ans que le club existe. Il y en a d’autres en Wallonie, mais aussi trois ou quatre en Flandre. Les gens voulaient pouvoir se réunir, partir ensemble.” Le coup de foudre entre Guy Limage et le mobile-home s’est fait sur le tard. Village de vacances, maison d’hôtes ou croisière: l’homme avait tout essayé, sauf le camping et le caravaning. Il était à la recherche de nouvelles sensations. En plein mois de février, il teste son nouveau joujou. Direction les environs de Saint-Tropez, une de ses régions de coeur. Le coup de foudre.

Liberté de mouvement

Guy Limage et sa femme parcourent environ 10.000 km par an. Comme la plupart des motorhomistes belges, les voyages s’effectuent surtout hors du pays. L’Espagne, l’Italie et la France figurent parmi leurs destinations favorites. De leur côté, Jacqueline Defrise et Rolande Glibert ont chacune craqué pour la Norvège. Ces deux septuagénaires forment la première génération d’irréductibles. Quand les maisons roulantes se réduisaient à un segment de niche. “En Norvège, le Queen Mary 2 arrivait le lendemain pour la première fois. On a modifié notre horaire pour le voir. Avec une réservation classique dans un hôtel, cela n’aurait pas été possible”, se souvient la première. Avec son mari, la seconde a fait le tour de l’Europe. Elle confirme le sentiment de liberté. “On s’arrêtait dès qu’un endroit nous plaisait. Dans la campagne ou un petit village au bord d’un lac par exemple.” Acheter un mobile-home ne signifie pas réaliser des économies. Sur le plan strictement financier, le coût du carburant et les nombreuses réparations ne rendent pas spécialement l’opération attractive. Propriétaire montoise, Monique Bacq confirme: “Il y a toutes les petites réparations à faire. Des amis en ont un acheté un il y a quatre mois, et leur frigo ne marche pas”. Jacqueline Defrise renchérit: “Il faut compter le coût du diesel et l’assurance”. Mais pour les membres du MCB, quand on aime, on ne compte pas. Et puis, en cette période de crise sanitaire, l’argument financier passe parfois pour certains au second plan. “Cela permet aussi de ne plus faire attention quand vous allez au restaurant ou à un mariage. Vous vous installez sur le parking”, glisse un professionnel du secteur.

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