La communauté musulmane s’érige contre le Vlaams Belang

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Le parti d’extrême-droite a accusé deux mosquées d’être responsables de la propagation du Covid-19 à Anvers. Elles ont décidé de ne pas laisser cette accusation impunie.

Cette année, la fête de l’Aïd el-Kebir a été plutôt morose pour les musulmans. Sans y avoir été obligées, beaucoup de mosquées ont fermé leurs portes ce jour-là, voire sur une période prolongée, question de lutter plus efficacement contre le coronavirus. Cela dit, il a suffi que deux d’entre elles acceptent d’accueillir des fidèles à Anvers, ville fortement touchée par la maladie, pour susciter les foudres de l’extrême-droite.

Le Vlaams Belang a ainsi partagé une vidéo montrant une file sur le trottoir d’une des deux mosquées, accusant les musulmans d’être responsables des mesures anti-coronavirus à Anvers. «Incroyable, voici la vraie raison pour laquelle toute la province d'Anvers est punie», a écrit le parti extrémiste. La contre-attaque ne s’est pas fait attendre.

Le vieux discours de l’extrême-droite

Depuis, les deux établissements religieux ont introduit une plainte contre le Vlaams Belang et son président pour incitation à la haine et discrimination envers les musulmans. Selon ceux-ci, la vidéo n’est pas fidèle à la réalité. «Aucune infraction aux mesures de sécurité n'avait été constatée», fait d’ailleurs savoir les responsables de la mosquée à Belga. La preuve: les fidèles avaient bien respecté les demandes de la police, présente sur place, de se mettre en file, et leur nombre a été limité comme prévu.

Tout était en règle donc, mais ça n’a pas empêché le Vlaams Belang de sauter sur l’occasion. Cela n’étonne d’ailleurs guère Felice Dassetto, professeur émérite du Centre interdisciplinaire d'études de l'Islam dans le monde contemporain de l'UCLouvain. «Le Vlaams Belang a toujours utilisé tous les arguments possibles pour faire mousser la question de l’islam. Déjà à l’époque du Vlaams Block, je me souviens très bien d’une manifestation de Filip Dewinter devant une mosquée d’Anvers contre soi-disant le "danger de l’islam". C’est un sujet de l’extrême-droite flamande qui remonte à la fin des années 1990, avant même le 11 septembre», dit-il.

Contrairement aux spéculations du parti extrémiste, Felice Dassetto note que la communauté musulmane a d’ailleurs voulu faire le nécessaire pour se prémunir de ce genre d’attaques. «Le problème du respect du confinement est un sujet qui a été rapidement abordé dans les mosquées. Selon les dernières enquêtes que j’ai réalisées à Bruxelles à ce propos, les musulmans, outre exceptions, ont répondu favorablement à la fermeture des mosquées en ces temps de Covid-19 pour contrer les craintes à ce propos. Cela a été très vite respecté pour éviter tout rassemblement», explique-t-il.

Un problème de fond détourné par le Vlaams Belang

Malgré le respect de ces règles sanitaires vis-à-vis des mosquées, la communauté musulmane est toutefois affaiblie par un fait sur lequel elle n’a pas beaucoup de prise. Comme l’ont rappelé des épidémiologistes, comme la porte-parole interfédérale Frédérique Jacobs au Moustique, les quartiers les plus touchés par le coronavirus sont les plus pauvres. Or justement les musulmans sont particulièrement nombreux dans ces zones-là. Cela se confirme par exemple en Région bruxelloise. Anderlecht, Saint-Josse, Bruxelles-ville, Molenbeek et Schaerbeek sont ainsi selon les chiffres de Sciensano les communes les plus touchées par l’épidémie ces derniers jours, autrement dit là où se trouve la grande majorité des musulmans de la capitale.

Pour Felice Dassetto, cela est parfaitement logique d’un point de vue sociologique. «Cela tient étroitement à la qualité des logements. Les habitations des quartiers défavorisés sont souvent très réduites. On peut donc comprendre que des jeunes sortent et se rassemblent entre eux plus facilement, d’où une contamination elle aussi facilitée», pointe-il. «Il faut aussi rappeler que cela ne concerne pas que la population musulmane mais tous les quartiers plus pauvres. Si on habite dans une villa avec une piscine, un jardin et où chacun a sa chambre, il est beaucoup plus aisé de se protéger du virus. Et d’autre part, c’est toute la jeunesse qui est plus exposée au Covid-19 en respectant moins les précautions nécessaires, pas seulement les jeunes musulmans».

Malgré ces nuances, le Vlaams Belang a vite fait d’emprunter des raccourcis, sans se soucier des détails. Selon le professeur émérite, il faudrait plus d’enquêtes de terrain pour éviter que des rumeurs puissent être alimentées de cette façon. Mais même en faisant cela, cela ne devrait pas calmer les ardeurs du parti. «Le problème pour que les musulmans puissent contrer ce genre de discours, c’est que les idéologues d’extrême-droite sont très imaginatifs pour trouver des arguments allant dans leur sens. Si on les contredit, ils vont en trouver d’autres».

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