Les pédiatres sont formels: «mettez vos enfants à l’école»!

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Ce 12 août, une task force de pédiatres a interpellé les gouvernements communautaires et les parents afin de garantir la rentrée la plus large possible en septembre. Dans le cas contraire, le coût social pour les jeunes serait trop grand.

Dans deux semaines et demie, c’est le retour en classes. Est-ce que cette rentrée sera plus ou moins proche d’une année normale? Le ministère de l’Enseignement n’a pas encore tranché. Mais les pédiatres préviennent: pour le bien des enfants, il vaut mieux qu’ils soient à l’école à temps plein et non plus partiellement comme en juin. C’est ce que la Belgian Pediatric Covid-19 Task Force vient de rappeler haut et fort hier dans une lettre qui sonne comme un avertissement. Limiter fortement la présence des instituteurs aux côtés des élèves aurait des conséquences négatives importantes sur ceux-ci, bien plus qu’avec la menace du coronavirus pour leur santé.

Les enfants protégés du virus?

C’est ce qu’a bien rappelé un membre de cette task force, Anne Tilmanne, sur la RTBF ce matin. Elle y parle notamment d’une balance de risques qui penche en faveur d’un retour massif à l’école. «Dans nos contacts avec nos patients, on se rend compte que beaucoup de parents hésitent. C’est pour cela que nous avons écrit la lettre : insister sur le fait que la situation reste rassurante pour les enfants [vis-à-vis du Covid-19]. Il est important pour leur bien-être qu’ils puissent avoir des contacts avec d’autres enfants. Mettez vos enfants à l’école. C’est un environnement sécurisé, tout a été fait pour que ça se passe bien».

Marc Raes, président de la Société belge des pédiatres, abonde dans le même sens: «pour les enfants, les risques du Covid-19 sont très réduits et ils contractent rarement la maladie». Les cas reportés de jeunes touchés par la maladie sont rares, et les décès (deux à ce jour en Belgique) sont exceptionnels. Cette préoccupation, s’il ne la renie pas, ne justifierait pas que tous les enfants soient retirés de l’école selon lui.

Quant à la question de la contamination entre élèves, il est vrai qu’il y a eu des études contradictoires. C’est le cas d’une publiée dans la revue médicale JAMA Pediatrics qui note que les enfants seraient des propagateurs importants du virus, à contre-courant de ce qu’ont pu affirmer d’autres recherches. «Pour moi, cette étude est toutefois une tromperie avec une méthodologie inadéquate et une conclusion abusive», prévient Marc Hainaut, également membre de la task force. «De plus, il faut remettre en contexte. Contrairement à avant, on teste aussi ceux qui seraient asymptomatiques donc forcément, la part des enfants contaminés augmente par exemple aux USA à 9% du total des personnes infectées. Donc oui, ils peuvent être porteurs de la maladie mais la contagion a surtout lieu dans les mêmes groupes d’âge, moins vers les adultes. Et le personnel des écoles sera protégé avec les règles sanitaires. Je pense qu'il faut insister que les enfants ne sont pas le moteur de l'épidémie, contrairement à ce qui se voit avec la grippe. C'est le point essentiel. Sacrifier la scolarité des enfants n'aura pas un très grand impact sur l'épidémie et sera très délétère pour les enfants».

Alerter sur le bien-être psychosocial et éducatif des jeunes

La question du bien-être psychosocial de l’enfant, de l'autre côté de la balance, est en effet la grande oubliée, éclipsée par les débats sur le coronavirus. Si elle est d'ailleurs autant abordée dans la lettre publiée hier, c’est que les préoccupations sont beaucoup plus concrètes qu’avec le coronavirus. «On a un certain nombre de jeunes qui ont manifesté des phénomènes d’anxiété, des troubles du sommeil et des isolements à caractère dépressifs. Des cas de maltraitance ont aussi été rapportés», relève Marianne Michel, pédiatre à la clinique Saint-Pierre Ottignies.

«Quel que soit l’âge, la suppression de l’accès à l’école a beaucoup de répercussions sur la sociabilisation», s’inquiète-elle. «C’est fondamental, que ce soit sur le plan éducatif ou cognitif. Il y a des fenêtres d’opportunité d’apprentissage à ce moment-là, notamment avec les langues. Il n’est pas certain que ces retards puissent être facilement comblés. Cette préoccupation est d’autant plus forte pour les enfants défavorisés et pour ceux d’origine étrangère qui apprennent plusieurs langues. Cela dit, il faudra encore du recul pour savoir exactement ce qu’il en sera de ces conséquences éducatives».

Une rentrée à quatre jours?

Après tous ces arguments déployés par les pédiatres, reste à voir ce que décidera le gouvernement. En juin, quatre scénarios avaient été mis sur la table pour la rentrée de septembre avec un code de couleur. En maternelle et primaire, les enfants iront normalement à l’école tous les jours, quoi qu’il arrive. Pour le secondaire, c’est plus compliqué. En cas de phase verte, la rentrée serait totale, mais il faudrait un vaccin ou une immunité collective pour cela, ce qui paraît improbable. En phase jaune, c’est-à-dire avec une circulation raisonnable du virus, les enfants iraient à l’école tous les jours sauf le mercredi où ils auraient du travail à domicile. Ce n’est qu’avec une présence accrue du virus que les phases orange et rouge s’enclencheraient, avec des classes coupées en deux et des élèves présents deux jours semaines à l’école.

Selon Marc Hainaut, l’hypothèse d’un scénario à quatre jours est encore raisonnable pour le bien-être des enfants. Cela collerait avec l’esprit de la lettre. Il se dit d’ailleurs optimiste sur la bienveillance de la ministre. «Pour le message global, oui, cela devrait être entendu. Maintenant, il faudra voir ce que la ministre fera dans le détail, par exemple sur la question du port du masque chez les adolescents». La décision devrait tomber selon lui dans quelques jours.

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