Commission spéciale Covid-19: déjà une pluie de critiques sur la gestion de la crise

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Ce 7 août, trois experts ont rendu un pré-rapport sur la manière dont l’Etat belge a agi contre coronavirus. Le bilan est plus que sévère.

Le constat est sans appel. Ce vendredi, l’infectiologue de Saint-Luc Leïla Belkhir, la consultante en gestion de risque et sécurité Floor Lams et l’épidémiologiste Yves Coppieters ont été appelés à se prononcer sur la gestion de crise lors d’une première réunion devant la commission spéciale Covid-19 à la Chambre. Pendant plus d’une heure, point par point, ils ont énuméré tout ce que l’État belge a commis comme impairs depuis mars, des erreurs surtout concentrées au début de la crise. Une chose est sûre : pour prévenir une situation semblable à celle vécue au printemps, il faudra être capable de résoudre un grand nombre de difficultés.

Une coordination désastreuse

Si un problème n’a pas manqué d’être soulevé, c’est bien celui de la communication gouvernementale, et ce par tous les experts. Que ce soit entre les instances officielles et la population, avec les médecins ou autres soignants, l’échec semble total. Les mots les plus durs sur ce point viennent probablement de Leïla Belkhir qui a longuement décrié le manque de compétence de l’État: «La communication a été l’un des points les plus catastrophiques dans la gestion de cette crise. Nous, médecins, ne savions jamais à qui nous adresser lorsqu’il y avait un problème ou pour faire remonter les informations. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas eu un canal de communication qui soit clair? On recevait des informations de partout et on découvrait parfois fortuitement des modifications de procédure simplement parce que l’on allait sur le site de Sciensano. Ce n’est pas normal dans une crise d’une telle ampleur».

Selon elle, ce manque de compréhension a eu pour conséquence une confusion générale. Sans parler du manque de concertation avec les médecins, des hôpitaux obligés de se débrouiller eux-mêmes pour des tâches importantes comme les transferts de patients ou des décisions fédérales dont les changements incohérents ont miné la confiance des soignants envers les responsables politiques.

Des problèmes en termes de démocratie et des maisons de repos abandonnées

Yves Coppieters critique lui aussi la communication faite sur la crise, avec un focus particulier sur une comptabilisation de la mortalité, différente des autres pays européens et donc confuse. Il rejoint surtout Leïla Belkhir sur des décisions prises par un petit groupe d’experts officiels, bien loin des médecins et du terrain. Il parle ainsi d’une centralisation «néfaste» autour de ces personnes, notamment au sujet du testing et de la plateforme nationale de tests. Il critique largement «cette chasse gardée de quelques experts » qui « interpelle en termes de démocratie».

Évidemment, il n’a pas manqué de pointer la mortalité élevée dans les maisons de repos, une situation «tout à fait anormale» et «catastrophique» selon ses mots. «La liaison entre les maisons de repos et les hôpitaux a été freinée voire stoppée à un moment donné pour le transfert des malades vers les hôpitaux. On est arrivé beaucoup trop tard dans les maisons de repos».

Chaque niveau de pouvoir en prend pour son grade

Le monde politique, ou plus exactement le mille-feuille des compétences, n’a pas échappé aux critiques. Ce fut l’essentiel de l’intervention de Floor Lams, qui pointait les conflits de gestion entre bourgmestres, gouverneurs de province, régions et fédéral. À l’avenir pour pouvoir réagir à une situation similaire, «il faut un groupe de gestion de crise avec des personnes entraînées à cela», juge-t-elle.

Yves Coppieters s’est lui attaqué aux institutions internationales dans laquelle la Belgique est impliquée, et plus particulièrement à l’OMS. Il déclare ainsi que celles-ci ont été «sous-efficaces et contradictoires dans leur discours» et que la Belgique devrait avoir un regard critique sur cette question. Mais dans l’autre sens, le plat pays s’est montré aussi «incapable» de s’inspirer des bonnes expériences réalisées ailleurs, notamment en Asie, continent pourtant plus habitué aux épidémies.

Où sont les stocks?

Enfin, il y a la question du matériel médical. «Comment se fait-il que l’on ait à ce point mal géré le stock de masques?» questionne Leïla Belkhir. «Nous n’avons clairement pas pu protéger tous les soignants et il y a eu des contaminations entre soignants et patients de ce fait. C’est une grosse erreur. Il est clair que l’on ne peut pas stocker des masques par millions mais il faut s’assurer qu’il y ait des chaînes d’approvisionnement qui soient rapides et qui ne dépendent pas de la Chine avec des problèmes qualitatifs et de douane».

Mais il n’y a pas que les masques! Elle pointe aussi les manques actuels de réactifs pour les tests, l’absence d’un suivi efficace des contacts ou encore d’une aide psychologique pour les soignants. Selon elle, il est urgent d’agir avant que d’autres maladies ne reviennent, comme la grippe ou une éventuelle deuxième vague. «Si on veut augmenter les capacités de testing, il faut absolument y mettre de l’énergie», prévient-elle en s’inquiétant de ce rebond de l’épidémie qui se fait déjà sentir.

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