Et si la Belgique n’était plus le pays de la drache ?

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Depuis avril, les moyennes des précipitations sont nettement plus faibles que la normale. De plus en plus fréquente ces dernières années, la sécheresse risque à l’avenir de s'installer durablement chez nous.

Les amateurs de kayak connaissent sûrement l’adresse : le site kayak.environnement.wallonie.be permet de suivre l’état des cours d’eau navigables en Wallonie. Ces mêmes amateurs n’auront pas apprécié le rouge-   synonyme d’interdiction de circulation- qui, sur le site, colore chacun des tronçons de l’Amblève, de la Lesse ou encore de la Semois. C’est que la sécheresse a planté ces quartiers d’été chez nous, en Flandre comme en Wallonie.

Après un mois de juin dans les moyennes de saison, les trois dernières semaines de juillet se sont avérées beaucoup plus arides. En découlent des cours d’eau navigables aux débits bas, et des cours d’eau non navigables aux débits encore plus faibles. Si les réserves en eaux souterraines wallonnes ont poursuivi leur descente saisonnière, « la bonne recharge hivernale permet cependant de garder la situation sous contrôle à ce stade » juge la cellule sécheresse de la Région wallonne. La même cellule qualifie toutefois le déficit de précipitation de « préoccupant ».

Concernant la distribution publique d’eau potable, il n’y a pas encore de quoi s’alarmer ; la Wallonie n’a jusqu’ici pas rencontré de problèmes d’approvisionnement tels que la Flandre en a connus ce printemps. 11 communes ont cependant pris des mesures de restriction de l’usage de l’eau, comme Gouvy, Libin, Bouillon ou Rochefort. Alors que la canicule est annoncée pour cette fin de semaine (et pourrait durer jusqu’à la semaine prochaine), les autorités wallonnes ont insisté sur l’importance d’un usage raisonné de l’eau de distribution.

En déficit de pluies depuis 2017

Exception faite, donc, du mois de juin, ces derniers mois ont été anormalement secs en Belgique. Après avril et mai, le niveau de précipitations en juillet était nettement en deçà de la « normale », c’est-à-dire de la moyenne des précipitations enregistrées sur trente ans pour une période donnée. Dans son bulletin climatique, l’Institut royal météorologique (IRM) relève ainsi pour juillet des baisses moyennes d’environ 20% en dessous de la normale pour la Lorraine belge et de 70% pour le littoral ou le Pays de Herve. Toujours pour juillet, l’IRM a enregistré à peine 3 jours d’orage en Belgique (contre 13,3 jours en moyenne à la même période) ; c’est tout simplement un record absolu de déficit orageux pour notre pays depuis 1928.

Mais plus largement, c’est depuis 2016 que la sécheresse vient frapper la Belgique. Selon le météorologue David Dehenauw (IRM), le déficit de pluie chez nous depuis le 1er janvier 2017 est équivalent à 6 mois normaux de précipitations. « Pour bien se représenter ce qu'il se passe, c'est comme si nous avions eu six mois où il n'avait pas plu du tout, sur ces trois ans et demi », expliquait-il à Sudpresse. Pour rattraper ce déficit, il faudra attendre au mieux l'année 2022. Et encore, cela voudrait dire qu'il doit pleuvoir 20 mm de plus par mois jusqu'en 2022. Ce qui n'est pas près d'arriver. Cela a mis trois ans et demi pour atteindre ce déficit mais on ne sait pas s'il sera un jour comblé pour qu'on revienne à l'équilibre ».

Combinés à de réserves naturelles d'eau de petite taille, ces faibles niveaux de précipitations induisent des risques de stress hydrique. Selon le World Resources Institute (WRI), la Belgique figurait en 2019 à la 23ème place mondiale des pays les plus menacés de stress hydrique ; une large partie de la Flandre appartenant même à la catégorie « risque de pénurie extrême », ce qui est unique en Europe.

5 fois plus de sécheresses à l’horizon 2100 ?

À plus long terme, le risque est grand de voir des épisodes de sécheresse  de plus en plus fréquents. Selon les dernières prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), il faut s’attendre au renforcement de la saisonnalité des précipitations en Belgique : jusqu’à +22% en hiver d’ici à la fin du siècle et jusqu’à -25% de pluies en été. Les canicules seront également plus fréquentes, et la baisse des précipitations estivales, couplées à une plus grande évaporation engendreront des risques de pénurie d’eau. « Des études montrent que, à l’horizon 2100, on pourrait voir augmenter par cinq le nombre de sécheresses extrêmes dans notre pays. C’est quelque chose qui entre parfaitement dans la logique du réchauffement climatique », pointait ainsi Pascal Mormal, climatologue à l’IRM, au micro de la RTBF.

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