La Belgique fait-elle vraiment tout pour avoir assez de tests Covid?

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En attendant l’augmentation du testing en laboratoire, les épidémiologistes et les pharmaciens émettent des pistes pour élever le nombre de tests, jugé insuffisant. Mais depuis des mois, le fédéral fait la sourde oreille vis-à-vis d'eux.

C’est devenu comme la petite chanson du gouvernement: aujourd’hui, «nous avons les capacités nécessaires d’effectuer des tests», assure Philippe De Backer, ministre en charge de la gestion du matériel médical. Le fédéral promet même de chiffres toujours plus hauts quant à la quantité de tests à venir: 30.000 aujourd’hui, 45.000 «très rapidement» voire 70.000 à plus longue échéance.

Sauf que, pour l’instant, ça patine un peu. Sciensano note ainsi une augmentation, certes, des tests effectués par jour mais encore loin des 30.000 promis par le gouvernement. D’après la RTBF qui a enquêté pour connaître la cause de ce retard, il faudrait attendre jusque septembre pour voir les labos doubler leurs productions et pour que la plateforme nationale de tests, active lors de la première vague, puisse reprendre du service. D’ici là, les propositions pour pallier ce manque abondent mais paradoxalement… la Belgique les ignore.

La Belgique refuse de suivre l’exemple italien

Parmi ces pistes, on trouve notamment celle défendue par Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses à l'UCLouvain: déployer un laboratoire mobile de tests. C’est une solution qu’il vient d’expérimenter dans le Piémont, en Italie, mais quand il est question de faire de même en Belgique, il se retrouve face à un mur.

«Ce dossier-là a été proposé il y a plusieurs mois au gouvernement et on n’a jamais eu de réponse ou une marque d’intérêt. Il y a juste eu quelques petites réunions mais qui n’ont rien donné du tout. On ne comprend pas bien. Est-ce que c’est un blocage communautaire? C’est possible. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est certain que cela aurait pu nous aider, avec des professionnels prêts à intervenir et une protection civile très motivée pour assurer la logistique de cette mission-là», explique-t-il.

La Belgique renie-t-elle ses propres atouts?

Mais ce n’est pas la seule frustration de Jean-Luc Gala vis-à-vis de l’inaction dans le plat pays. «Les tests ici, c’est vraiment une histoire belge», assène-t-il. Autre exemple, celui de ZenTech. Si la Belgique n’a pas les mêmes capacités qu’un grand pays comme le Royaume-Uni pour fabriquer les tests PCR (destinés à détecter les malades actifs et contagieux), elle peut se réjouir d’avoir cette entreprise liégeoise fabriquant des tests sérologiques (qui détectent les anticorps produits après une infection au Covid-19). Or si ZenTech vend son produit dans le monde entier, la Belgique n’en veut pas. Une commande avait été passée mais l’État n’a finalement jamais versé un centime et l’affaire est restée en suspens. ZenTech vient d’ailleurs de saisir la justice pour que le fédéral paie comme prévu.

«Je constate le blocage et je ne le comprends pas. C’est pourtant un test valide, pas cher, facile à effectuer et à interpréter. Il n’y a que la Belgique qui refuse cela alors que c’est fabriqué chez nous. C’est quand même du jamais vu!», s’étonne Jean-Luc Gala qui parle d’un manque de réactivité «incompréhensible». Selon lui, ces tests sérologiques pourraient pourtant aider à en savoir plus sur l’impact des anticorps quant à la propagation du Covid-19, facteur particulièrement important dans le cadre d’un rebond de la maladie.

Les pharmaciens laissés sur la touche eux aussi

Les épidémiologistes ne sont pas les seuls à faire des propositions pour améliorer le testing. Déjà lors de la première vague, l’APB (Association pharmaceutique belge) a contacté les autorités pour que les pharmaciens volontaires puissent faire des tests, que ce soit PCR ou TROD (des tests de dépistage rapides d’orientation). Peu après que la France ait accepté les TROD dans les pharmacies en juillet, la demande a été renouvelée. Mais depuis, silence radio.

«On voudrait une réponse claire, mais nous n’avons toujours pas eu de retour», constate Alain Chaspierre, porte-parole de l’APB. «Il est clair que modifier la législation provoque des réticences. Mais je pense qu’en situation de crise, on doit veiller à l’intérêt public», ajoute-il en précisant que cela se ferait à condition que les pharmaciens soient d’accord de le faire et avec la formation ainsi que l’équipement nécessaire.

«Aujourd’hui, les tests sont à disposition des médecins mais ce que l’on constate, c’est qu’il n’y a pas assez de capacité de testing avec des temps d’attente parfois longs. On ne veut donc pas faire ce boulot à leur place mais quand il y a ces problèmes, on pourrait amener une capacité de testing supplémentaire et facilement accessible. Ça, c’est pour les PCR, et pour les TROD, si la France a décidé de le faire, pourquoi pas aussi la Belgique? Ce serait peut-être une solution pour les vacanciers qui voudraient être rassurés sans devoir prendre des rendez-vous», conclut Alain Chaspierre.

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