200 collaborateurs en moins à l’AB : « Nous ne pouvions pas rester dans l’attente »

Une année très difficile pour l'Ancienne Belgique.
Une année très difficile pour l'Ancienne Belgique.
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Face aux dernières mesures fédérales, l’Ancienne Belgique n’a eu d’autre choix que de mettre fin à sa collaboration avec plus de 200 travailleurs externes. La salle espère pouvoir faire à nouveau appel à eux quand la situation sanitaire le permettra. Du côté des indépendants, on comprend la démarche.

Ce lundi 3 août, l’Ancienne Belgique a publié un communiqué qui a fait froid dans le dos à tout le secteur culturel du pays. La mythique salle de concert bruxelloise, étape belge obligatoire pour de nombreux artistes internationaux, a mis fin à plus de 200 collaborations avec des prestataires externes.

Techniciens, agents de sécurité, équipes de nettoyage, personnel Horeca : pour beaucoup d’entre-eux, l’Ancienne Belgique représentait la majeure partie de leurs revenus.« Au total, 30 équivalents temps plein perdent leur emploi », précise la salle, qui a tout fait pour repousser ce moment.

« Il y a quelques semaines, nous pensions que la limite pour les événements culturels, qui était à 200 spectateurs, allait être élargie », commente Marc Vrebos, general manager de l’AB. « Nous avions l’intention de communiquer notre programme pour septembre, octobre… Et lundi dernier, le CNS a décidé de diminuer cette jauge à 100 personnes. »

Sous ces conditions, impossible pour la salle de maintenir un semblant d’activité normale et régulière. « Si on doit continuer le reste de l’année comme ça, avec des artistes belges, on peut faire maximum 3 concerts par semaine. En saison normale, on en fait 14 ! »

Un contexte qui ne permet pas de continuer à collaborer avec autant de travailleurs indépendants. « Ça ne sert à rien de leur dire d’attendre. On doit être corrects avec eux. Nous, on ne pourra pas faire appel à eux avant un moment. »

Loin d’être des adieux, ce ne sont que des au revoir que l’AB se voit forcée d’adresser à ses collaborateurs. L’organisation espère pouvoir refaire appel à eux dès que la situation le permettra. « On prendra contact avec eux à la première occasion », assure le directeur de la salle. « Mais à en croire les experts, ça ne sera pas avant juin ou juillet 2021. Certains parlent du début de l’année prochain, mais si nous voulons accueillir des tournées internationales, il faudra que les frontières rouvrent toutes. »

Dans l’équipe interne, parmi les employés de l’Ancienne Belgique, quasi tout le monde est également au chômage technique. « Certains travaillent de temps en temps, quelques jours par mois. Fin août, on va recommencer tout le planning de la rentrée, mais on doit attendre les dernières mesures. C’est impossible de prévoir les choses longtemps à l’avance ».

L'AB plus vide que jamais.

« Un vrai esprit de famille »

Du côté de ces indépendants, cette annonce est un véritable coup dur, mais elle est comprise. « Cela a dû être une décision difficile à prendre, mais ils n’allaient nous retenir. Nous ne pouvions pas rester dans l’attente », commente Laurent Vranjes, indépendant dans le nettoyage. Depuis 1989, l’AB est son client principal. « C’est vraiment ma première source de revenus, je n’ai que 4 clients en tout. J’ai trouvé un job à 4/5e temps depuis juillet pour pouvoir m’en sortir. »

Mais il l’assure : il retournera travailler pour l’Ancienne Belgique à la première occasion. « Il y règne un vrai esprit de famille. Quand on boulotte là-bas, on n’a vraiment pas l’impression de travailler. On prend soin d’eux et eux prennent soin de nous. En juin, ils nous ont proposé de travailler pour désinfecter la salle alors que la KUL y tenait des examens. Ils n’y étaient pas obligés.»

Des propos qui vont dans le même sens que ceux de Rembert Notte, qui s’occupe du catering pour les artistes depuis 4 ans à l’AB. « Travailler là-bas, c’est un rêve. C’est le parfait mélange de mes deux passions : la musique et la cuisine », raconte-t-il. « C’est une très belle organisation, avec le cœur sur la main. »

Cette fin, probablement temporaire, de collaboration a donc été assez dure à vivre. « C’est sûr. C’est 60% de mon chiffre d’affaires. De septembre à juillet, je travaille pour la salle. Et l’été, je travaille pour des festivals, des mariages, des productions de théâtre, etc. Aujourd’hui, il me manque 95% de mes revenus. »

Rembert a donc dû s’adapter. « Avant le coronavirus, j’avais comme projet de me lancer dans les plats en takeaway ou d’organiser des repas pour 10-15 personnes, basés sur les productions de mon potager. J’aimerais lancer ça en septembre, mais sans revenus, c’est difficile. »

Denis Gerardy, directeur du Cirque Royal.

« Un effet domino »

La situation est la même pour toutes les salles de spectacles, et tous les indépendants qui en dépendent. Du côté du Cirque Royal, on travaille très différemment, mais la situation est tout aussi compliquée.

« Nous louons la salle à 100% aux promoteurs et se sont en général eux qui engage le personnel technique », explique Denis Gerardy, directeur de la salle appartenant à la Ville de Bruxelles. « Pour les indépendants avec qui nous travaillons régulièrement, on les tient au courant de l’évolution, qui ne s’annonce pas bonne. On essaye de les faire travailler un peu. Par exemple, notre directeur technique travaille à l’aménagement de notre nouvelle salle, dans les écuries. On fait appel à notre société de nettoyage dès qu’on en a l’occasion. Notre société de sécurité a beaucoup de boulot avec la situation actuelle. En tout cas, on essaye de trouver un maximum de solutions pour nos collaborateurs. »

Pour le reste, le Cirque Royal travaille avec une équipe de jobistes et d’étudiants, qui se renouvelle régulièrement.

«Ce sont les organisateurs de concerts et spectacles qui ont le plus dur », ajoute le directeur. « Je suis en lien quotidien avec beaucoup d’entre eux. Certains sont proches de la faillite. On essaye de trouver des solutions de report avec eux, mais pour pas mal de spectacles, nous en sommes déjà au troisième. C’est le côté humain le plus difficile à gérer, avec nos collaborateurs ou même au sein de notre petite équipe. »

Mais comme le rappelle Denis Gerardy, outre les indépendants qui travaillent directement avec les salles de concert, il y a les autres : ceux qui en dépendent. « L’année de la fermeture du Cirque Royal a été très dure pour l’Horeca tout autour. Depuis deux ans, cela reprenait bien pour eux et paf, ils ont dû fermer avec le Covid-19. Il n’y a pas grand-chose dans le quartier. Les concerts et spectacles ont vraiment un effet domino, un effet multiplicateur en termes d’emplois tout autour. »

En ces temps difficile, l’Ancienne Belgique, tout comme de très nombreux acteurs des mondes de la musique et du spectacle du pays, encouragent à donner au fonds LIVE2020. « L’objectif de LIVE2020 est d’appuyer les initiatives de relance et de contribuer à l’organisation de concerts, même si c’est à perte. Quelles que soient les aides proposées par les autorités, ce fonds est d’une importance vitale pour la survie de notre secteur. Il est indispensable que nos artistes puissent continuer de jouer et que l’AB puisse continuer de séduire son public avec de nouvelles musiques », conclut la salle.

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