Coronavirus et enfants: Pourquoi chaque étude semble se contredire

Un enfant se fait dépister du Covid-19 - BELGA IMAGE/PRAKASH MATHEMA
Un enfant se fait dépister du Covid-19 - BELGA IMAGE/PRAKASH MATHEMA
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Vous ne savez plus quoi penser de l'éventuelle contagiosité des enfants atteints du Covid-19? Face aux études qui se contredisent régulièrement, c'est compréhensible. On fait le point.

D'abord présumés vecteurs de la maladie, puis considérés comme peu contagieux, les enfants seraient finalement bien plus contagieux qu'on ne le pense. C'est en tout cas ce qu'avance une récente étude américaine, largement relayée dans la presse francophone ces derniers jours. « Les jeunes enfants peuvent potentiellement être d'importants propagateurs du virus dans la population », est-il écrit, avec précaution, dans l'article paru dans la revue médicale JAMA Pediatrics. Après avoir effectué des tests sur 145 patients, souffrant d’une forme légère à modérée de la maladie Covid-19, les chercheurs de Chicago ont observé la présence de SARS-CoV-2 en quantité « 10 à 100 fois supérieure » chez les jeunes enfants de moins de cinq ans que dans les voies respiratoires des enfants plus âgés et des adultes.

Ces résultats viennent semer le doute sur un sujet que l'on pensait clos depuis des semaines: le rôle des enfants dans la propagation de l'épidémie. Alors que la plupart des travaux tendaient à démontrer que les plus jeunes, relativement épargnés, ne transmettaient pas beaucoup le virus, l'étude américaine semble dire tout l'inverse. Qui faut-il croire?

Les études s'accumulent

Depuis le début de la pandémie, les scientifiques ne savent plus, eux-mêmes, où donner de la tête, tant l'accumulation des études sur le nouveau coronavirus est ingérable. En Corée du Sud, une étude indiquait récemment: les enfants entre 10 et 19 ans transmettraient autant le virus que les adultes au sein de leur foyer, mais ceux de moins de neuf ans le transmettraient moins.

Plus proche de nous, dans la ville de Trente, au nord de l'Italie, des chercheurs se sont basés sur le traçage des contacts des personnes contaminées, avec à nouveau des résultats différents: les enfants de moins de 14 ans auraient moins de chance d'être contaminés, mais plus de risques de transmettre le virus.

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Il faut toutefois se garder de tirer des conclusions définitives. Toutes ces études présentent des limites, et certains résultats restent préliminaires. L'utilisation du conditionnel n'est pas là par hasard. Si les données semblent parfois contradictoires, c'est, entre autres, parce que même infectés, les enfants sont très souvent asymptomatiques ou « peu symptomatiques », et donc rarement testés. Ce (trop) faible échantillon peut effectivement brouiller les résultats. 

Charge virale et contagion

L'étude américaine est, elle aussi, à prendre avec des pincettes. De nombreux experts l'ont d'ailleurs critiquée. Comme Gaston de Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, qui rappelle dans le Journal de Québec que « la contagion, c’est une cascade d’événements qui est plus que juste la présence de matériel génétique dans le nez. » En d'autres termes, ce n'est pas parce que les très jeunes enfants portent une charge virale importante qu'ils sont plus contagieux. Un constat partagé par Robert Cohen, vice-président de la Société Française de Pédiatrie. « Il y a de très nombreuses études qui ont montré que, quand un enfant était contaminé, il arrivait moins facilement à transmettre le virus que des adultes. Probablement parce qu'ils sont plus petits, qu'ils émettent moins de particules et qu'ils les émettent moins haut », a-t-il souligné sur France Inter.

Autre élément pointé du doigt: l'échantillon de 145 patients, dont 46 enfants de moins de cinq ans, n'est pas suffisant pour en tirer des conclusions.

Que sait-on?

Sont-ils moins infectés que les adultes? Sont-ils plus contagieux? En réalité, le cas des enfants reste un mystère. Bien que la communauté scientifique ait accumulé accumule de nombreuses informations ces derniers mois, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude leur rôle dans la propagation du virus. Comme pour chaque tranche de la population, la prudence est donc de rigueur. Les experts s'accordent toutefois à dire que les enfants ont moins de risques de contracter une forme sévère de la maladie, en dehors des cas « très rares » liés à la maladie de Kawasaki. Le défi sera d'y voir plus clair d'ici la rentrée de septembre.

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