Coronavirus: Le plan du fédéral pour affronter une deuxième vague est-il suffisant?

Sophie Wilmès - Belag Image/Francois Lenoir
Sophie Wilmès - Belag Image/Francois Lenoir
Teaser

Le gouvernement fédéral a rédigé un plan stratégique pour faire face à une éventuelle deuxième vague de contaminations en Belgique. Le résultat est peu convaincant.

Attendu depuis plusieurs semaines, le plan stratégique en cas de deuxième vague est enfin là. Alors que la hausse des contaminations se poursuit en Belgique, le gouvernement fédéral a mis sur pied une feuille de route pour affronter le retour du virus. Le document de 83 pages détaille la stratégie mise au point avec de nombreux experts, issus du monde médical. Celle-ci se décline en deux lignes de défense. Basée sur le dépistage, le tracing et le matériel de protection, la première vise à contrôler le virus de manière constante. La deuxième concerne l'anticipation d'une nouvelle vague. Un système de « cliquets » déterminera exactement quelles mesures ciblées et concrètes devront être prises, dès qu'un certain seuil de contamination est atteint.

Ce plan détaille également les ambitions à long terme: le développement de l’immunité d’une population grâce à une vaccination généralisée. « Concrètement, nous prêtons attention à la gestion de la grippe annuelle et nous préparons la politique en matière d’achat et de distribution du vaccin Covid-19, encore indisponible à l'heure actuelle », peut-on lire dans le document que nous avons pu nous procurer. Il insiste également sur le civisme, la communication et la collaboration.  

Au total, l'impact budgétaire de ce plan est estimé à un peu plus de 35 millions d'euros en 2020, 45,5 millions d'euros en 2021 et quelque 42,7 millions d'euros sur base structurelle.  

51.000 tests en octobre. Oui, mais comment?

« Ce plan est basé essentiellement sur le renforcement des stratégies actuelles et un peu d'innovation que sont la mise en place d'équipes mobiles ou le renforcement des liaisons entre les différents niveaux de soins. Mais c'est un plan qui reste très classique », explique Yves Coppieters, regrettant l'absence d'évaluation des forces et faiblesses de la gestion de la crise « pour en faire un plan plus efficace ». Pour l'épidémiologiste, les leçons des derniers mois ont été prises, mais des éléments, mis en œuvre actuellement et repris dans le plan, ne fonctionnent déjà pas. C'est le cas notamment de la première ligne de défense « basée sur la communication, le testing élargi et le suivi de contacts ». « Dans les futures stratégies qui seront renforcées, comme le testing et le tracing, le fédéral n'appréhende pas les obstacles qui ont eu lieu et qui ont toujours lieu pour que ces stratégies augmentent en intensité. Comment on va passer de même pas 10.000 tests aujourd'hui à 51.000 au mois d'octobre, alors que le plan ne prévoit pas du tout une réorganisation du système ou une décentralisation des stratégies? C'est un grand mystère », pointe le professeur à l'École de Santé publique (ULB).

Les oubliés de la deuxième vague

Le plan ne mentionne pas non plus de stratégie particulière pour les groupes à risque, ni de dépistage pour les asymptomatiques dans les foyers de contamination. Deux éléments pourtant essentiels dans la lutte contre le coronavirus, selon plusieurs experts. Ce ne sont pas les seuls oubliés de la stratégie. Les tests sérologiques et le développement des tests de diagnostic rapide sont également absents du plan du fédéral, regrette Yves Coppieters. « Toutes les stratégies actuelles qu'on impose en termes de reconfinement ne sont pas reprises dans ce plan dans la lutte à moyen terme. Bulle sociale réduite, port du masque, télétravail... Ils ne mentionnent pas ce que l'on devra maintenir en termes de comportements », poursuit-il.

Pour l'épidémiologiste, ce plan est « très théorique » et « très général ». « Hormis les chiffres et le budget, tout un chacun aurait pu l'écrire derrière son bureau de façon assez classique. Ce n'est pas un plan qui part d'une analyse des forces et faiblesses de la gestion, et qui se projette sur la mesure de l'efficacité des stratégies définies. Il dit ce qu'il doit être fait et mobilise de l'argent, mais concrètement on ne sait pas comment ça va se passer », reformule-t-il. Yves Coppieters le résume ainsi: une feuille de route, sans tableau de bord.

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus