Nos piscines sont-elles sûres?

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Certaines sont ouvertes et y respecter la distanciation sociale est complexe. Certes, le chlore, assurent les experts, tuerait le virus. Mais il comporte d’autres dangers, surtout pour les enfants. 

Ce mercredi 1er juillet à Braine-le-Comte, le bourgmestre Maxime Daye avait enfilé son maillot et plongé dans l’eau du Sportoase, la piscine qu’il a lui-même inaugurée sept ans plus tôt comme échevin des Sports. Se montrer le jour de réouverture des bassins publics était important pour lui. D’abord, il souhaitait vérifier que toutes les consignes de sécurité et les mesures de distanciation sociale et d’hygiène étaient bien respectées. C’était le cas: température corporelle mesurée à l’entrée, réservations en ligne ou par téléphone, sens de déplacement, gel hydroalcoolique, messages de sensibilisation... Ensuite, il voulait envoyer un signal fort à ses concitoyens. Il ne faut pas avoir peur de retourner nager. “De nombreuses familles passeront l’été en Belgique par obligation ou en raison des craintes concernant le Covid-19, justifie le bourgmestre. Elles doivent réinventer les vacances. Nager est une activité ludique. Il s’agit aussi d’un sport." La réouverture des piscines représente une étape cruciale du déconfinement pour des raisons évidentes de proximité entre les nageurs, dans l’eau, les sanitaires et les vestiaires. D’autant que les bassins sont connus pour contenir des fluides corporels en mesure de transmettre le Covid-19 (salive, mucus, urine...). Afin de limiter les risques, certaines communes ont d’ailleurs préféré prendre quelques jours de plus pour adapter leurs espaces. Ainsi, un établissement bruxellois sur trois n’a pas rouvert le 1er juillet dernier. 

Le chlore tue le virus mais...

Alfred Bernard, chercheur FNRS et professeur à l’UCLouvain, travaille sur les dangers des piscines publiques et du chlore depuis des années. Il commence par rassurer: le chlore détruit très rapidement les particules virales. Mais il reste important de garder la distanciation sociale entre les nageurs, car si l’un d’eux tousse ou postillonne, le virus peut se transmettre via l’air. Par contre, dès que le Covid entrerait dans l’eau, il mourrait assez vite. Il y aurait donc très peu de risques de tomber malade même si vous buvez la tasse. “À condition que les doses de chlore soient bien gérées. À la piscine, les nageurs hyperventilent et les émissions de particules virales par respiration buccale sont importantes.” Pendant trois mois de confinement, le personnel d’entretien s’est souvent contenté du minimum. À divers endroits, les contrôles auraient été moins nombreux, ce qui est une autre source de préoccupation. D’autant que d’ordinaire déjà, on observe certains manquements puisque environ 5 à 10 % des bassins examinés sur une base annuelle enregistrent un taux de chlore libre, combiné ou non à des fluides corporels, supérieur à la normale. Or, cet excès de chlore et de fluides peut déboucher sur des cocktails chimiques nuisibles. Un établissement sur douze ou quinze présenterait un surplus des excès de trichloramine, ce gaz à l’odeur caractéristique des vestiaires qui entraîne, notamment, l’irritation des yeux. En Wallonie, l’Institut scientifique de Service public (ISSeP) s’occupe des contrôles. Didier Schrooten, chargé des aspects techniques pour le département de microbiologie, assure qu’un état des lieux particulièrement rigoureux a été fait dans chaque établissement au niveau des piscines et des douches avant la réouverture.“ Pour la suite, la surveillance sera faite comme d’habitude. Les directions doivent mesurer le taux de désinfection dans l’eau trois fois par jour, ainsi que le taux de chlore et de PH. Une fois par mois, a lieu une analyse complète en laboratoire afin de déterminer si l’établissement se conforme aux normes aux niveaux bactériologique et chimique.”

Mauvaise hygiène

En Région wallonne, ces normes datent du 13 juin 2013, ce qui est assez récent. À Bruxelles, elles sont plus ou moins du même ordre. Ainsi, la concentration en matières organiques présentes dans l’eau est limitée à 5 mg/l, les chlorures à 800 mg/l, le chlore combiné à 0,80 mg/l et les chloramines dans l’air à 0,5 mg/m3. Ces chiffres sont logiquement affichés à l’accueil des établissements. Il est donc facile de les vérifier soi-même. “Les contrôles sont un peu plus fréquents que par le passé, continue Didier Schrooten. Lorsque des manquements sont observés, les piscines doivent vite se régulariser. Parfois, si la pompe tombe en panne par exemple, elles peuvent être amenées à fermer leurs portes jusqu’à nouvel ordre.” L’Issep contrôle par ailleurs l’efficacité de la filtration des matières organiques, l’état de la ventilation, le taux d’humidité dans l’air… “Pour les plus sensibles, des excès peuvent créer des irritations. Pour les maîtres-nageurs également, car ils passent des heures dans cet environnement”, continue-t-il. À Braine-le-Comte, Maxime Daye assure que la réouverture a été organisée avec sérieux: “Les premières réunions pour la réouverture ont eu lieu en mai. Réchauffer un bassin, relancer les machines, vérifier que tout est fonctionnel, que les normes sont respectées prend du temps. Dès le 1er juillet, nous étions prêts et les nageurs aussi, soulagés de pouvoir reprendre la natation”. S’il n’est pas très inquiet par rapport au coronavirus, pour Alfred Bernard cependant, les normes sectorielles seraient un peu trop souples en Belgique. “Théoriquement, il y a toujours un risque infectieux à la piscine de développer des verrues, des gastro-entérites, des champignons… Mais ce sont bien les excès de chlore dans l’eau et dans l’air qui représentent un risque chronique. Chez les enfants et les bébés-nageurs, ça augmente le risque de bronchiolites, d’infections respiratoires, d’allergies aux acariens. Une étude suédoise a récemment confirmé mes travaux pointant le risque accru d’asthme allergique. Cette étude établit un lien avec la concentration de trichloramine dans l’air. En outre, chez les garçons, cela peut créer des problèmes au niveau des testicules car leur peau est perméable.” Pour lui, la Belgique devrait calquer ses normes sur ce qui se fait en Allemagne, ainsi que ses habitudes d’hygiène. En Belgique, on constate que les nageurs se lavent assez peu le corps tout entier au savon avant de se baigner. Or il serait intéressant de diminuer les taux de chlore à l’origine des problèmes précités. Les Allemands l’ont bien compris.” Il termine par un conseil: “En attendant, avant l’âge de 6 ou 7 ans, les bénéfices de la natation sont faibles comparés aux risques de cette exposition aux molécules. Aujourd’hui, 10 à 20 % de la population présente une allergie. C’est une autre pandémie.


 

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