Pourquoi les selfies de femmes en noir et blanc se multiplient sur Instagram

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Depuis plusieurs jours, de nombreuses femmes, célèbres ou non, publient des selfies en noir et blanc, avec le hashtag #WomenSupportingWomen. Que cache ce défi viral, mais critiqué?

Vous l'avez peut-être remarqué sur votre propre feed Instagram: des selfies de femmes en noir et blanc inondent le réseau social depuis plusieurs jours. Accompagné des hashtags #ChallengeAccepted et #WomenSupportingWomen, le défi porte un message positif de sororité et de bienveillance. Son principe est simple, semblable à une chaîne d'e-mails: une participante invite plusieurs femmes qui l'inspirent à rejoindre le mouvement. Elles en nommeront d'autres à leur tour. Des milliers de femmes anonymes ont répondu à l'appel, mais aussi de nombreuses personnalités, comme Reese Witherspoon, Kristen Bell, Eva Longoria, Kerry Washington ou encore Natalie Portman.

 

Faussement militant

Le but du challenge est, lui, beaucoup moins clair. Comme le carré noir contre les violences faites aux femmes ou celui en soutien au mouvement Black Lives Matter, le défi est critiqué pour son manque d'engagement concret. Si un petit boost de confiance en soi n'a jamais tué personne - bien au contraire - dans un monde où l'on préfère la rivalité à la solidarité féminine, il est vrai que cet acte est faussement militant. En quoi publier une belle photo de soi - ce qui peut être fait quotidiennement sur Instagram - relève de l'activisme? Aux États-Unis, le phénomène est qualifié de « performative activism » ou « slacktivism », soit le militantisme en un seul clic.

Pour inverser la tendance et rendre le mouvement plus utile, certaines proposent de partager des associations, des lectures ou encore des portraits de femmes inspirantes, plutôt que le sien.

Aux origines (floues) du mouvement

Pire encore, l'origine de cet élan solidaire s'est perdue dans la masse de selfies souvent très flatteurs. Selon le New York Times, le puissant discours de l'élue américaine Alexandria Ocasio-Cortez après avoir été insultée par un membre du Congrès aurait contribué à l'essor du défi aux États-Unis. « C'était l'étincelle qui a conduit à la résurgence du challenge », écrit le quotidien américain, puisque le hashtag #ChallengeAccepted accompagné de photos en noir et blanc serait apparu en 2016 dans une campagne visant à éveiller les consciences face au cancer. 

Pour d'autres, il s'agit d'un mouvement né en Turquie pour dénoncer les féminicides et l’inaction du gouvernement turc en matière de violences sexistes. Le récent meurtre de Pinar Gültekin a provoqué une onde de choc dans le pays qui tenterait de se retirer de la Convention d'Istanbul, comme la Pologne et la Hongrie. Comme d'innombrables féminicides avant le sien, le portrait, en noir et blanc, de cette étudiante de 27 ans a fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Selon plusieurs internautes, les femmes turques auraient commencé ce challenge pour montrer qu'elles pourraient être les prochaines victimes de ce fléau mondial. Depuis le début de l'année 2020, la Turquie a déjà enregistré plus de 146 féminicides selon la plateforme « Nous mettrons fin aux féminicides ».

Au fur et à mesure des partages, le message initial aurait ainsi perdu de sa substance. Si rien ne confirme cette hypothèse, de nombreuses personnalités, comme Florence Pugh, ont toutefois modifié leur légende sur Instagram après avoir pris connaissance de la situation en Turquie. « On m'a informé que le véritable message de cette chaîne des photos en noir et blanc était pour mettre en lumière la Convention d’Istanbul, qui vise à mieux protéger les femmes de la violence. Avec cela à l'esprit, je vous invite à mettre à jour vos hashtags si ce n'est pas déjà fait », a écrit l'actrice. Qu'importe son origine, la finalité du mouvement est là: se renseigner et mettre en lumière des problématiques aussi importantes. Challenge accepted?

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