Toujours pas assez de testing en Belgique : "la stratégie doit évoluer"

Il faut toujours des symptômes pour être testé en Belgique.
Il faut toujours des symptômes pour être testé en Belgique.
Teaser

Dès le début de la crise du Covid, les spécialistes demandaient un testing global de la population, qui permettrait de mieux contrôler l’épidémie. Presque 5 mois plus tard, l’accès au dépistage est toujours restreint. Pour les spécialistes, il faut que la stratégie évolue avec l’épidémie et cela passe par « beaucoup plus de tests ».

La crise du Covid-19 a été quelque chose de totalement nouveau tant pour la population que pour les responsables politiques. Un des premiers réflexes logiques a été de se tourner vers les spécialistes, les médecins pour leur demander conseil sur la gestion d’une telle épidémie.

Outre les fameux gestes barrières, parmi les différentes mesures à prendre, une a été particulièrement prônée par de nombreux experts : tester le plus de personnes possible. Une stratégie qui a porté ses fruits dans de nombreux autres pays.

Aujourd’hui, aux portes du mois d’août, une période que beaucoup imaginaient « corona-free », les courbes remontent, les règles se renforcent, on ne déconfine plus vraiment, on reconfine. Mais on n’entend plus beaucoup parler du fameux testing.

La Belgique aurait-elle modifié sa stratégie ? Les spécialistes ont-ils changé leur fusil d’épaule par rapport à cette méthode ?

« Clairement : non », répond Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé à l'ULB. « A titre personnel, comme plusieurs confrères, je continue à dire qu’il faut beaucoup plus de testing. »

La situation épidémique d’aujourd’hui n’est plus celle de mars ou d’avril. Les contaminés et contaminants ne sont plus les mêmes. Pourtant l’accès au test est toujours basé sur les mêmes critères : il faut une ordonnance du médecin généraliste qui aura décelé chez les patients des symptômes du Covid-19.

« Mais aujourd’hui, la plupart des transmetteurs sont des jeunes entre 20 et 40 ans, asymptomatiques. Ils ne vont donc pas aller chez le docteur et ne seront donc pas testés. Leur prise de conscience du risque est aussi très faible puisqu’il y a très peu de chance qu’ils développent une forme grave de la maladie. »

Dépistages ciblés

Pour l’épidémiologiste, qui suit cette crise depuis ses tout débuts, le problème est clair : « La stratégie n’a pas évolué en fonction des populations touchées. »

Mais alors si on doit tester des gens sans symptômes, comment fait-on ? « Il faut proposer un dépistage massif autour de foyers bien identifiés », suggère Yves Coppieters. « Comme une fête de mariage par exemple. Grâce au tracing, on retrouve les invités présents pour tous les tester et on élargit un petit peu, à quelques rues aux alentours ou au quartier. Il ne faut pas forcer les gens, mais rendre le testing accessible, tant financièrement qu’en termes de facilité et de rapidité. »

Une stratégie qu’on pourrait appliquer à Anvers, ville plus touchée que le reste de la Belgique. « Mais on ne va pas tester toute la ville », précise l’expert. « Il faut chercher une sous-population, un quartier, une zone assez petite qu’on peut maitriser et où le virus circule beaucoup. Plus il y aura de porteurs sur une population définie, plus le test sera fiable. »

Mais est-ce que la Belgique a les capacités d’organiser de tels testings ?

« C’est toute la question. Mais on ne doit pas parler de capacité mais plutôt d’accessibilité au test. Peut-être que la Belgique n’a pas le stock suffisant ; en matériel ou en réactif ; pour gérer un rebond de la crise ? Il y  a une hypothèse qui dit que le monde politique rationnaliserait l’utilisation actuelle des tests en vue de jours plus mauvais… Ce n’est qu’une théorie !

Le Luxembourg a beaucoup testé, la France le fait au niveau régional… On n’est peut-être moins riche, mais ce n’est pas une raison pour ne pas en faire autant. Nous avons un système de santé fort et peu de raisons en termes de santé de publique d’empêcher quelques milliers de tests supplémentaires. »

Plus de Actu

Les plus lus