Approche locale contre le coronavirus: Qui va se mouiller?

Le port du masque est désormais obligatoire dans plusieurs villes et quartiers. - BELGA IMAGE
Le port du masque est désormais obligatoire dans plusieurs villes et quartiers. - BELGA IMAGE
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Sophie Wilmès l'a répété hier: les bourgmestres jouent un rôle-clé dans la lutte contre le coronavirus et doivent agir « vigoureusement » si la situation s'aggrave. Au risque de créer une certaine cacophonie et d'exacerber des tensions.

La balle est dans le camp des bourgmestres. Pour la connaissance intime de leur territoire - et pour se décharger d'une tâche ingrate -, le gouvernement fédéral a accordé plus de libertés aux autorités locales pour lutter efficacement contre le coronavirus. Appelés à la rescousse pour éviter une seconde vague, les élus sont les mieux à même de déterminer les rues à forte fréquentation où le port du masque doit être obligatoire. Après avoir été rappelé à l'ordre lorsqu'ils prenaient des mesures plus draconiennes qu'au niveau national, les bourgmestres sont désormais invités à agir le plus vite possible si un foyer est détecté.

Bras de fer entre le fédéral et Bart de Wever

Depuis plusieurs jours, les yeux sont tournés vers Anvers, où la situation est particulièrement inquiétante. Lors de la conférence de presse du Conseil national de sécurité ce lundi, Sophie Wilmès a d'ailleurs évoqué un « embrasement épidémique », sans pour autant prendre de décision. « L'urgence de la situation à Anvers exige dans tous les cas que des mesures fortes doivent être prises immédiatement », a simplement souligné la Première ministre, refilant la patate chaude à Bart de Wever. Pour le bourgmestre anversois, président de la N-VA, il revenait au fédéral de donner le ton. Finalement, au terme d'une réunion de crise des autorités locales, la gouverneure de la province Cathy Berx a annoncé des mesures plus drastiques: couvre-feu entre 23h30 et 6 heures du matin, restaurants et bars fermés à 23h, port du masque obligatoire sur la voie publique, sports de contact interdits. Dans la zone la plus touchée, à l'ouest de la province, tous les événements sont interdits et les centres de fitness fermés.

Critiqué pour sa gestion, Bart de Wever a préféré détourner le regard, disant s'inquiéter « pour d'autres grandes villes et sur ce qu'elles savent vraiment de la situation ». Sur fond de tensions autour de la formation du gouvernement, cette déclaration du nationaliste flamand n'est pas passée inaperçue aux yeux des autres élus. « Qu'il assume ses responsabilités au lieu de persifler », a accusé Ahmed Laaouej (PS), bourgmestre de la commune bruxelloise de Koekelberg. « Occupe-toi d'abord de la tienne », a écrit Christine Defraigne (MR), première échevine de la ville de Liège, troisième commune la plus touchée avec 40 cas enregistrés entre le 17 et le 24 juillet, après Charleroi (41) et Anvers, loin devant (711).

Aucune harmonie

Suite au dernier CNS, qui a insisté sur l'approche locale et le rôle-clé des bourgmestres, Philippe Close, de la Ville de Bruxelles, a pris la décision difficile d'annuler la Foire du Midi. Conséquence: c'est lui qui récolte la colère des forains.

Plusieurs villes ont imposé le port du masque dans les rues fréquentées ou certains quartiers. Par souci de clarté, d'autres communes ont préféré généraliser cette obligation sur l'ensemble de leur territoire. C'est le cas, en Wallonie, de Seraing, Waremme, Courcelles, Estaimpuis et Andenne.

« Le port du masque aurait dû être obligatoire depuis le 15 mars », lance le bourgmestre andennais Claude Eerdekens, dénonçant la communication déplorable du gouvernement. « C'est difficilement compréhensible, notamment cette histoire de bulle sociale. Ils ont eu raison de la réduire, mais c'est incontrôlable, alors que le port du masque est une mesure facile à prendre et peu contraignante », a-t-il ajouté, accusant les politiques d'être à la traîne et d'instaurer « que des demi-mesures ». Pour éviter un énième casse-tête à ses citoyens et faciliter le travail de la police, le socialiste a décidé d'imposer le port du masque sur toute sa commune, qui ne recense pourtant aucune contamination. « Si on est pour l'instant à l'abri, ce n'est que momentané. Ce qui arrive à Anvers peut demain arriver à Namur », a-t-il affirmé, regrettant que Bart de Wever « n'ait pas tout de suite appréhendé la gravité de la situation » laissant plutôt quelqu'un d'autre « prendre des mesures impopulaires ».

Avec le cafouillage provoqué par les mesures désormais différentes d'une ville à l'autre, le plus simple reste encore de porter le masque, tout le temps et partout. Voilà qui est plus clair. 

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