Mobilité : comment pousser les automobilistes à passer au vélo ?

En Wallonie, le vélo n'est pas aussi populaire qu'à Gand par exemple.
En Wallonie, le vélo n'est pas aussi populaire qu'à Gand par exemple.
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La Belgique a pour objectif de réduire d’un tiers le nombre de kilomètres parcourus en voiture d’ici 10 ans. Le Plan Infrastructures 2020-2026 en tient compte avec de nombreux projets pour la mobilité douce. La priorité: ajouter plus d'espace cyclable, mais cela ne suffira pas à inciter les conducteurs réguliers à se mettre en selle.

Ce lundi, dans les colonnes du Soir, le ministre wallon de la Mobilité, Philippe Henry (Ecolo),  revenait sur le Plan Infrastructures 2020-2026 et sur « l’incroyable place laissée à la voiture ». Il en a profité pour rappeler qu’en vue de la réduction des émissions de CO2 en Belgique d’ici 2030, il faudra « diminuer d’un tiers le nombre de kilomètres parcourus en voiture ».

Mais est-ce que plus de pistes cyclables et d’infrastructures pour la mobilité douce suffiront à pousser les automobilistes à sauter le pas et passer au vélo ? 

« Non, ça ne suffit pas bien entendu », répond le ministre. « Il y a d’autres éléments déterminants à mettre en œuvre. Mais les infrastructures restent le nerf de la guerre, car c’est ce qui coute de l’argent, ce qui nécessite de vrais travaux. Si nous voulons des espaces réservés et sécurisés, il faut commencer aujourd’hui ».

En effet, selon le Gracq, le Groupe de Recherche et d’Action des Cyclistes Quotidiens, le manque d’espaces sécurisés et séparés des voitures est la première raison avancée par les conducteurs qui ne veulent, ou n’osent, pas passer au deux-roues.

« Les cyclistes qui sont prêts à rouler n’importe où sont déjà passé au vélo. Le filon est épuisé », souligne Luc Goffinet, chargé de la politique vélo en Wallonie pour le Gracq. « Il y a encore beaucoup de routes où la limite est une ligne de peinture, où on se fait frôler par des voitures qui roulent à 90, par des camions… Pour le grand public, ce n’est pas suffisant. »

Un avis que rejoint donc le ministre Henry, qui rappelle tout de même que « ce n’est pas toujours possible partout ». « Un autre gros problème sur lequel nous allons travailler est celui des carrefours. Il y faudra des espaces dédiés aux vélos, avec éventuellement des feux spécifiques. Passer d’un tronçon cycliste défini à un carrefour dangereux pour rejoindre un autre tronçon cycliste, ça n’a pas de sens. »

Zones délimitées plutôt que partagées

Cet été, plusieurs villes dont Bruxelles et Namur ont fait passer une grande partie de leur centre-ville en zone partagée : des voiries limitées à 20km/h où piétons et cyclistes sont prioritaires sur les autos. « C’est quelque chose de très favorable pour tous les modes alternatifs à la voiture mais ça ne suffit pas », commente Luc Goffinet. « Si on ne réduit pas le volume de trafic, le piéton ne prend jamais sa place. Il existe de nombreux moyens de dissuader le trafic d’emprunter ces zones et de préférer les axes de transit, notamment les sens interdits, éviter les longues lignes droites, des aménagements comme des chicanes… »

Philippe Henry, lui, préfère des voiries bien délimitées. « C’est toujours mieux de vrais espaces piétons, avec des limites claires. Les espaces partagés sont à envisager dans les villes où ce n’est pas possible de faire autrement, à cause des contraintes spatiales malheureusement. Mais ce n’est pas ma préférence. C’est mieux que chacun ait son espace. »

Évidemment, bon nombre de ces aménagements devront être décidés au niveau local. « Nous allons soutenir les villes et communes à prendre progressivement ce type de décisions. À l’échelle régionale, nous allons organiser un schéma cycliste, en veillant aux distances pour rejoindre les gares. »

Philippe Henry, ministre wallon de la Mobilité.

Des boxes et des parkings

Faciliter la multi modalité, les trajets combinant le vélo et le train principalement, sera donc un enjeu décisif. Mais outre l’accès à la gare, pour le Gracq, il faudra aussi veiller au stationnement des vélos, qui pose encore beaucoup problème aujourd’hui. « Quand on laisse un vélo électrique à la gare, on a peur de ne pas le retrouver le soir même. Il y a un vrai besoin de boxes, ou de parking sécurisés », rappelle Luc Goffinet. « Mais surtout, nous avons besoin d’une vraie politique de lutte contre le vol de vélo, qui n’est quasi jamais poursuivi. »

Un problème sur lequel l’Ecolo liégeois compte bien plancher lors de ce mandat ministériel. « Nous avons déjà des discussions avec la SNCB et Infrabel pour améliorer la situation. C’est effectivement un élément essentiel. Le vélo est très bien pour les courts trajets, mais pour les plus longs, combiner avec le train est nécessaire. Nous envisageons une action commune dans un premier temps autour des grandes gares, et dans un second temps, j’espère, de manière plus généralisée pour plus de boxes et de parkings gardés. Mais c’est un chantier énorme, du travail pour plusieurs années. »

Changer l’image du vélo

Si des espaces cyclables séparés, surs et un stationnement sécurisé suffisaient à ce que les usagers de la route abandonnent tous leurs voitures, ça serait trop beau. Pour le Gracq, il y a également un gros travail de communication à faire autour de la petite reine.

« Aujourd’hui, la voiture est encore dans certaines régions un symbole de réussite sociale. Si on voyait des décideurs et des chefs d’entreprises à vélo, cela pourra changer la perception qu’ont certaines personnes », explique Luc Goffinet. « Pour d’autres, il faut être très sportif pour faire du vélo ou être écolo et vouloir sauver la planète. Alors que c’est simplement un moyen plus pratique pour se déplacer et rester, en plus, en bonne santé. »

« Je pense que le confinement a été un déclic pour beaucoup de gens », ajoute le ministre. « Certains sont passés au vélo pour éviter la promiscuité des transports en commun ou faire de l’exercice. On espère qu’ils vont continuer et on va travailler à cela avec des campagnes, notamment autour de la semaine de la Mobilité ou de la rentrée scolaire. L’accès sécurisé à l’école en vélo, y organiser l’accueil et le stationnement seront des points sur lesquels nous devons être attentifs. »

Là aussi, le Gracq rejoint l’avis de Philippe Henry et complète : « C’est aussi important d’éduquer les adultes sur le vélo. Bien rouler ça s’apprend : les positions à adopter, comment on tourne à gauche, on prend un rond-point… »

Il y a donc énormément de travail et autres initiatives à mettre en place avant que la Wallonie ressemble un peu plus aux Pays-Bas ou à la Flandre en matière de mobilité. En conclusion, la diminution d’un tiers des kilomètres en voiture en 2030, facile ?

« C’est un énorme challenge », répond le ministre de la Mobilité. « Ça sera compliqué car il faut bien acter que depuis 20 ans, l’usage de la voiture n’a fait qu’augmenter. La saturation est à son maximum, même en zone rurale. Mais cela reste totalement faisable. Même si très chère, la voiture reste très simple d’accès : c’est la solution de facilité. Il va falloir montrer à tout le monde que le vélo, c’est tout aussi facile et pratique. »

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