Donald Trump joue le jeu dangereux du «law & order»

Portland, chaque soir en ébullition - AFP
Portland, chaque soir en ébullition - AFP
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Donné perdant dans tous les sondages, le président des Etats-Unis joue la carte sécuritaire en envoyant des troupes fédérales pour réprimer dans la violence des manifestations anti-racistes majoritairement pacifiques.

A Portland, ville étudiante du nord-ouest des Etats-Unis qui a la réputation d'être militante et ancrée à gauche depuis les années 60, les manifestations anti-racistes n'ont pas cessé depuis la mort de George Floyd. C'est là que Donald Trump, à la traîne dans les sondages à trois mois de l'élection présidentielle, a décidé de jouer son va-tout : la carte sécuritaire de « la loi et l'ordre », un slogan repris à Richard Nixon lors de sa campagne victorieuse de 1968.

C'est ainsi que Donald Trump a décidé d'envoyer des troupes fédérales pour calmer ce beau monde. « Ce sont des anarchistes. Ces gens n'aiment pas leur pays », a expliqué Trump pour justifier son action prise sans concertation avec le maire de la ville, le démocrate Ted Wheeler. Lequel est d'ailleurs contre la présence de la police fédérale. Il a demandé à plusieurs reprises le retrait de ces troupes. Et pour tout résultat, a obtenu... du gaz lacrymogène dans les yeux.

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«Replay» de la campagne de Nixon en 1968

Selon les observateurs (c'est-à-dire, tous les médias américains à part Fox News), ces manifestations sont pourtant en grande majorité pacifiques. Mais depuis l'envoi des feds, les choses ont empiré. Les tensions sont exacerbées. Des tirs de gaz lacrymogènes dans la foule sont devenus la norme, des arrestations arbitraires ont été reportées tout comme des détentions dans des camionnettes banalisées. Beaucoup d'agents fédéraux sont en civil et se promènent dans la foule pour agir à leur guise.

Chaque jour, des images arrivent de Portland qui font le tour de la toile. Une femme nue et masquée, surnommée « Naked Athena », assise jambes écartées devant les forces de l'ordre qui lui jettent  malgré tout des boules de gaz lacrymogène ; un « mur de mamans » vêtues de casques de vélo faisant la chaîne pour protéger les manifestants des policiers ; une femme dansant, un bouquet d’hortensias à la main, arrêtée par un groupe d’hommes en uniformes paramilitaires... Mais aussi des manifestants qui tentent de mettre le feu au tribunal et de violentes altercations entre policiers et manifestants ayant durci le ton. Ce que Trump recherchait ?...

C'est en tout cas l'avis de Nicholas Kristoff, un éditorialiste du New York Times : « Soyons clair, écrit-il : Trump ne cherche pas à diminuer la violence à Portland. Il la provoque pour divertir l'attention des 140.000 morts du Covid-19 recensés aux Etats-Unis. Encore une fois, il gaze des manifestants pacifiques pour générer une image de violence – et il le fait chaque soir dans le centre de Portland. Il s'agit d'une tactique téméraire pour renforcer sa propre narration du candidat de « la loi et l'ordre », un replay de la campagne victorieuse de Richard Nixon en 1968 ».  

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Etat policier

La situation est en tout cas telle que le Haut Commissariat de l'ONU aux droits humains a mis en garde les Etats-Unis contre un « usage disproportionné » de la force et de possibles « détentions arbitraires ». Un juge américain a par ailleurs interdit aux forces de l’ordre fédérales présentes dans la ville de s’en prendre aux journalistes qui étaient spécifiquement visés les jours précédents. Devant ces images, la ville voisine de Seattle a en tout cas emboîté le pas de Portland. Et ce week-end, les manifestations ont repris dans la plupart des villes du pays.

Car à la thématique antiraciste des débuts s'ajoute désormais la crainte que les Etats-Unis ne deviennent un état policier. Selon une Américaine d'origine indienne de 52 ans interviewée par le New York Times : « Ce n'est pas le pays dans lequel j'ai immigré. J'ai l'impression que nous risquons de devenir rapidement un Etat fasciste et policier ».

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