La crise frappe de plein fouet les migrants

@BelgaImage. Manifestation à Madrid en faveur de la régularisation des migrants, ce 19 juillet 2020.
@BelgaImage. Manifestation à Madrid en faveur de la régularisation des migrants, ce 19 juillet 2020.
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Qu’ils soient régularisés, demandeurs d’asile ou autres, les problèmes des migrants ont été décuplés depuis l’arrivée du Covid-19. Pour certains, la situation est tout simplement devenue catastrophique.

Ces dernières années, les migrants étaient sous les feux des projecteurs. C’était comme si tout tournait autour d’eux. Mais avec le coronavirus, les priorités politiques ont vite changé. Les regards sont désormais braqués sur la pandémie et les migrants sont retournés dans l’ombre. Leurs soucis ne se sont pourtant pas arrêtés comme par magie en mars, bien au contraire. La crise ne cesse de leur mettre des bâtons dans les roues et pas des moindres.

Essentiels et pourtant fragilisés

Trois catégories de migrants installés en Belgique sont particulièrement affectées par les conséquences de la crise sanitaire et économique. La première est celle des travailleurs en séjour légal. Beaucoup d’entre eux travaillent dans deux secteurs particulièrement concernés par les répercussions du coronavirus. D’une part, il y a ceux dans le secteur des soins à domicile et dans les maisons de repos. Ceux-ci ont été en première ligne face au Covid-19. D’autre part, un grand nombre de migrants sont dans le milieu de l’horeca, grandement touché par le confinement, et nombreux sont ceux qui ont perdu leurs emplois.

«Si les Belges comme les migrants sont touchés par la crise, cela prend une dimension particulière dans leur cas vu que le renouvellement du titre de séjour est conditionné au fait de travailler. Ils risquent donc de perdre leurs titres, quand bien même ce n’est qu’à cause de la crise», explique Sylvie Sarolea, professeure de droit de l’immigration à l’UCLouvain. Puisque ce problème est étudié cas par cas sans que la loi ne conditionne ces titres, l’incertitude la plus totale règne quant à leur avenir. «Ils peuvent juste espérer que l’office national des étrangers adopte une posture souple dans les mois à venir, mais il n’y a aucune certitude».

Les réfugiés et familles séparées particulièrement touchées

Un autre groupe de migrants en difficulté sont les réfugiés demandeurs de protection internationale. «Le confinement a amené à la suspension des demandes d’asile alors qu’il y avait déjà un embouteillage de celles-ci. Il a fallu plusieurs semaines pour qu’un registre en ligne se mette en place. Or cela a créé des retards dans les enregistrements de tous les droits, notamment celui à être hébergé, soigné ou de travailler», constate Sylvie Sarolea. Autrement dit, leurs conditions de vie se sont grandement détériorées. La situation a été particulièrement paradoxale pour ceux concernés par l’accord de Dublin où la Belgique les enjoignait à ce qu’ils retournent dans le pays européen par lequel ils sont arrivés dans l’UE. Problème: en plein confinement, comment faire? Personne ne le savait vraiment. «Si on ajoute à cela les difficultés pour traiter leurs dossiers à distance à cause de la crise et la barrière de la langue, ce n’est pas de nature à rassurer les gens», précise Sylvie Sarolea.

Cette dernière pointe enfin une troisième catégorie pour laquelle la crise a été particulièrement dure: les familles séparées par des frontières avec des visas de regroupement familial. Les interdictions de voyager vers et depuis de nombreux pays engendrent toutes sortes de situations sociales compliquées. «Et c’est encore plus dur lorsqu’une partie de la famille vit dans un pays avec une grande précarité», rappelle-t-elle.

Aux frontières, le désespoir

Enfin, après les migrants installés en Belgique, comment ne pas évoquer le sort de ceux qui continuent à vouloir entrer dans l’Union européenne? Les ONG rapportent qu’avec la crise, leur situation est particulièrement critique en Grèce, à Malte et en Italie. «Les difficultés déjà présentes dans les pays du Sud ont été multipliées par 10 et sont aujourd’hui vraiment catastrophiques. Les camps sont bondés parce que les procédures sont bloquées et ralenties, l’accès aux soins est déplorable et les conditions de vie engendrent de la violence. Plus les procédures sont gelées, plus les gens restent dans les camps, moins il y a de personnel extérieur, moins il y a d’activités et plus la situation est difficile», se désole Sylvie Sarolea.

En amont, la situation n’est pas meilleure. Beaucoup sont bloqués en Turquie ou au Maghreb, là où la crise les empêche d’avoir du travail et où les frontières semblent encore plus difficiles à traverser. Sans l’aide d’ONG sur place, ils sont tout simplement démunis. En aval, le cas de Calais est symptomatique: la «jungle» se reconstitue dans des conditions de vie déplorables. Lors de sa visite sur place, les ONG ont protesté après que le nouveau ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, n’ait même pas pris l’initiative de les rencontrer pour tenter de trouver une solution.

Et après?

Pour la suite des événements, Sylvie Sarolea ne s’attend cependant pas à ce que la situation s’améliore. Au niveau européen, elle ne note aucune amélioration, comme sur le sujet d’une solidarité avec les pays du Sud ou de la répartition des migrants entre pays. En Belgique, une opération de régularisation est demandée. «Beaucoup travaillent sans régularisation alors que la crise a montré que leur aide était précieuse», note-elle.

Enfin, doit-on s’attendre à une nouvelle vague migratoire des suites du manque de perspectives d’avenir dans les pays d’émigration suite à la crise? Pour Sylvie Sarolea, cette hypothèse est peu probable: «Pour migrer, il faut des moyens, même si cela ne veut pas dire que les migrants sont riches. Or avec la crise, la diminution de ces moyens devrait affecter les mouvements migratoires, sauf pour les gens qui fuient la guerre. Un appauvrissement ne va donc pas nécessairement augmenter le nombre de migrants. La crise va pousser certains sur les routes mais en retenir d’autres. Je ne pense pas qu’il faille craindre une vague. D’ailleurs, sur ces 30 dernières années et quel que soit le contexte, il y a toujours eu des flux migratoires équivalents à plus ou moins 3% de la population mondiale».

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