Covid-19: la deuxième vague pourrait être pire que la première

Capture d'écran Facebook
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Ce mardi, deux chercheurs belges s’attendent à une reprise de l’épidémie encore plus forte qu’en mars-avril. Un scénario valable mais qui devrait pouvoir être évité selon Yves Van Laethem.

Il y a encore quelques jours, l’optimisme régnait encore plus ou moins quant à la stagnation de l’épidémie de Covid-19 en Belgique. Mais il a suffi d’une petite reprise et tout s’écroule. Le CNS devrait aujourd’hui durcir le ton, les appels pour porter les masques sont de plus en plus insistant et ce mardi, deux chercheurs ont porté le coup de grâce. Geert Molenberghs, biostatisticien de la KULeuven, et Kurt Barbé, mathématicien de la VUB et conseiller Covid pour la Flandre, ont publié des données qui confirment les craintes quant à la deuxième vague.

Au rythme actuel, celle-ci atteindrait presque les 10.000 hospitalisations au mois de novembre, soit bien plus que les 5.759 cas atteints le 6 avril, au sommet de la première vague. Pour les deux chercheurs, ces données sont suffisamment alarmantes pour tirer plusieurs conclusions quant à ce qu’il faut faire pour l’éviter.

Une fin juillet cruciale pour la suite de l’épidémie?

Si ces projections sont si pessimistes, c’est que la nature du risque par rapport à la première vague a changé. Comme Kurt Barbé l’explique à «Het Laatste Nieuws», le virus est désormais bien implanté sur le territoire belge, même sa propagation s’est affaiblie. Il suffirait d’un dérapage et la machine s’emballerait. «Lorsque l'effet de multiplication s'installe, il est beaucoup plus rapide et peut monter en flèche jusqu'à un sommet plus élevé», dit-il. Il précise qu’une augmentation linéaire et lente du nombre d’hospitalisation serait probablement constatée au début mais cela ne serait que temporaire. Au bout d’un moment, cette élévation basculerait automatiquement vers une hausse exponentielle.

Est-ce que cela reviendrait à dire qu’il faut s’attendre à une explosion des décès? Kurt Barbé ne se risque pas à faire de projections là-dessus. Par rapport à la première vague, les traitements ont changé et les infrastructures médicales se sont améliorées. Impossible donc de prévoir ce qu’il en sera exactement.

Malgré tout, pas question de prendre de risque. C’est pourquoi Kurt Barbé appelle à réagir vite. «Selon mon modèle, il y a encore une fenêtre limitée jusqu'au 31 juillet pour intervenir très rapidement», sans quoi il sera difficile de diminuer le nombre d’hospitalisations. Si cela est fait, «il y aurait toujours un pic, mais à un niveau beaucoup plus bas», dit-il. Cela suppose selon lui un respect total du port du masque dans les lieux publics, une surveillance accrue des patients par les médecins mais aussi des reconfinements locaux, hypothèse qui ne lui semble plus évitable, avec des décisions rapides des pouvoirs communaux en ce sens.

Une piqûre de rappel pour échapper à ce scénario

Du côté des épidémiologistes, il y a une unanimité pour dire que les prochains jours vont être cruciaux. Il est clair qu’il faut un renforcement des mesures et sur ce point, ils sont d’accord avec l’empressement de Kurt Barbé. «C’est comme pour un incendie: si les pompiers ne font rien pendant cinq minutes, cela suffit pour que le feu consume tout un bâtiment», compare Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral sur le coronavirus.

Cela ne l’empêche pourtant pas de rester plus optimiste quant à l’évolution réelle de l’épidémie. «Il est ici question de ce qui se passerait si on ne faisait rien donc cela reste un scénario pessimiste», analyse-t-il. Or justement ce jeudi, le gouvernement a décidé de serrer la vis lors du CNS pour éviter qu’un tel scénario ne se réalise. «Si on réagit maintenant dans tout le pays à l’exemple des mesures prises à Anvers, je suis persuadé que l’on n’aura pas cette montée-là», dit-il en restant confiant.

«Bien sûr que ce qu’il faut surtout éviter, c’est une augmentation du facteur de contamination, sinon on arriverait à des projections qui seraient encore pire. Mais si on réagit maintenant dans tout le pays à l’exemple des mesures prises à Anvers, je suis persuadé que l’on n’aura pas cette montée-là. On devrait donc maîtriser cela, même si cela ne va pas se faire en deux jours. Pendant quelques temps, le renforcement de la politique de dépistage va faire flamber le nombre de cas, c’est inévitable. Mais c’est un moment transitoire qui permettra d’isoler les malades. Le principal intérêt des projections mathématiques ici présentes est selon moi de montrer à la population ce qui se passerait si rien n’était fait. Cela sert de piqûre de rappel», conclut-il.

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