Rascar Capac, la momie qui fait polémique

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Petite dispute entre le Musée d’Art et d’Histoire de Bruxelles et le parc animalier Pairi Daiza. Tous deux prétendent détenir la momie qui a inspiré Hergé pour dessiner Rascar Capac, l’effrayant personnage du tome 13 des aventures de Tintin.

Une momie desséchée tient à la main une mystérieuse boule de cristal. Elle s’appuie sur le rebord de la fenêtre, puis pénètre dans la chambre où Tintin, endormi, ne se doute de rien. La scène vous est vaguement familière ? Les tintinophiles les plus confirmés auront sans doute reconnu Rascar Capac, « Celui-qui-déchaine-le-feu-du-ciel ». C’est dans Les 7 boules de crystal (1948), le treizième album des aventures du reporter à la houpette, que le lecteur fait la rencontre avec ce personnage un brin effrayant. Des membres de l’expédition ethnographique Sanders-Hardmuth ont à peine ramené du Pérou la momie de Rascar Capac, le roi Inca, qu’ils sont frappés, l’un après l’autre, d’une étrange malédiction et plongés dans un profond sommeil. Tintin et Milou mènent alors l’enquête, inévitablement accompagnés par Haddock, Tournesol et son fameux pendule.

Sur quel modèle a bien pu se baser Hergé pour dessiner Rascar Capac ? Si on en croit une récente publication Facebook de Pairi Daiza, c’est du côté de Brugelette (Wallonie) qu’il faudrait se tourner pour obtenir la réponse. Le parc animalier a ainsi présenté une pièce de sa collection comme « la momie surnommée Rascar Capac », une « authentique et historique momie du peuple Nazca qui vivait jusqu’il y a 2. 000 ans au Sud-ouest du Pérou ». Une présentation pas vraiment au goût de la direction des musées royaux d’arts et d’histoire (Mrah), qui a accusé à demi-mot Pairi Daiza de publicité mensongère. « Nous n'attirons pas les visiteurs en leur promettant des pandas », a lancé Alexandra De Poorter, directrice générale par intérim, en référence aux stars chinoises du zoo.

Avec ou sans cheveux ?

C’est que le Musée d’Art et d’Histoire de Bruxelles (qui dépend des musées royaux) se targue depuis longtemps de posséder « sa » momie de Rascar Capac. Habitant près du musée, Hergé (1907-1983) serait ainsi « régulièrement » venu admirer la collection amérindienne qu’il renferme, et s’y serait inspiré d’une momie péruvienne. « Dans les premières planches publiées en 1941 dans Le Soir, Rascar Capac apparaît sans cheveux, avec les genoux très repliés, comme notre momie », a expliqué à Belga Serge Lemaître, conservateur des collections Amériques du musée. Le créateur de Tintin se serait également basé sur d’autres pièces de la collection pour d’autres albums, comme certaines statuettes précolombiennes dans L’Oreille cassée.

Alors, quid de la momie détenue par Pairi Daiza ? Le parc animalier et le Musée d’Art et d’Histoire s’entendent sur un point : la momie acquise par le zoo, vieille de 2.000 ans et avec cheveux et ornement (comme dans la version finale de 1948) a été montrée en 1979 à Bruxelles, dans une exposition intitulée « Le musée imaginaire de Tintin ». L’événement, programmé pour le 50ème anniversaire du premier album de Tintin, était conçu autour d’objets réels ayant inspiré l’œuvre de Hergé, et a d’ailleurs eu la visite de ce dernier. « Dans l'esprit de Pairi Daiza cette visite a été une sorte de validation par le créateur que sa momie est bien celle l'ayant inspiré. Or, ce n'est pas le cas », juge Serge Lemaître. Selon lui, la momie du zoo a été achetée par un collectionneur belge dans les années 1960, soit bien après la parution des 7 boules de cristal

Chacun sa momie

Dans un communiqué, Pairi Daiza a regretté « la polémique initiée par les musées royaux », et a semblé rétro-pédaler : « Nul ne sait avec certitude quelle momie a inspiré Hergé pour créer Rascar Capac ». En attendant, la solution de ce mystère (insoutenable, on en convient) est peut-être venue de France. « Il faut cesser de se disputer. Hergé a regardé beaucoup de momies incas mais ses premières représentations de Rascar Capac sont basées essentiellement sur le Larousse de l’époque », a expliqué Philippe Godin à l’AFP.

Un dictionnaire qui, selon ce spécialiste reconnu de l’œuvre de Hergé, aurait reproduit une momie, ramenée du Pérou dans les collections de l’explorateur français Charles Wiener (XIX e siècle). La momie se trouve actuellement au musée du Quai Branly, à Paris.

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