Parler, ce réseau social où s’est retranchée la droite américaine

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Déçus ou bannis de Twitter, de nombreux utilisateurs ont rejoint le réseau Parler, devenu le repaire des conservateurs et de l’extrême-droite.

«When the looting starts, the shooting starts » (« Si les pillages commencent, les tirs commencent »). Voilà ce que twittait Donald Trump vendredi 29 mai, après que Minneapolis ait connu une troisième nuit d’émeutes consécutives à la mort de George Floyd. Formule historique, si l’on ose dire : pour la première fois, Twitter modérait et restreignait la visibilité d’un message émis par le président américain, expliquant que le tweet enfreignait les règles de la plateforme relatives à la « glorification de la violence ». Un camouflet pour Donald Trump, dont la plus grande passion semble être de partager en 140 caractères tout ce qu’il lui passe par la tête.

Parions que c’est à ce moment précis que nombre de ses partisans, de conservateurs et autres adeptes anglosaxons du « on ne peut plus rien dire » ont décidé de migrer vers d’autres cieux. Réfugiés sur Parler, ils auront sans nul doute trouvé dans ce réseau social, qui doit son nom au verbe français homographe, toute la liberté d’expression qui leur manquait. Créé en 2018, le réseau a en tout cas vu sa fréquentation exploser dernièrement ; Parler s’est hissé dans le top des applications d’« actualités » les plus téléchargées sur Google et Apple, fin juin et début juillet. Il revendique aujourd’hui deux millions d’utilisateurs.

Entre-soi

Très vite après sa création, Parler s’est transformé en repaire de la droite et de l’extrême-droite anglosaxonne. Charlie Kirk ou Candace Owens, conservateurs très connus outre-Atlantique, y ont élu leurs quartiers et y côtoient bien d’autres personnalités peu susceptibles d’être taxées de gauchistes. Bannie de Twitter depuis juin, Katie Hopkins, qui avait comparé en son temps les migrants à des « cafards » et avait évoqué une « solution finale » à propos des musulmans, a entre-temps gagné Parler. Plusieurs membres du Parti républicain, comme les sénateurs Ted Cruz et Rand Paul par exemple, ont également rejoint le réseau dernièrement.

Sur Parler, la création d’un profil est obligatoire ; les messages, à moins d’être inscrit sur la plateforme, ne sont pas accessibles publiquement et ne sont pas référencés par les moteurs de recherche. Très rapidement après l'inscription, l’application vous propose de suivre un compte de fans de Donald Trump, un autre de son conseiller en communication Dan Scavino ou de un de ses fils, Eric. Le président lui-même, n’a toutefois pas (encore ?) de compte sur Parler. Des médias aussi divers que le site d’extrême-droite Breitbart, les libertariens de Zero Hedge ou les conspirationnistes de The Epoch Times y sont aussi présents.

Racisme et antisémitisme

Quant au contenu, pas de doute : on se trouve en charmante compagnie. Les attaques contre des personnalités progressistes, tels les démocrates Alexandria Ocasio-Cortez ou Ilhan Omar, sont « récurrentes » explique Le Monde. Comme le raconte France Inter, on peut, en plongeant un peu plus profond dans la boue, trouver des hashtags tels que #BlackLiesMatter (« Les mensonges noirs sont importants » détournés du mouvement BlackLivesMatter, ou ce commentaire, tout en nuances : « Si vous n'aimez pas l'Amérique, déménagez en Afrique ».

Numerama a lui déniché des messages antisémites, tels que « les juifs sont malhonnêtes » ou carrément des appels à la violence, avec un montage vidéo de soldats nazis commenté par un « il est temps de répliquer », apposé aux #juifs et #blacklivesmatter. Autant d’exemples qui rentrent en flagrante contradiction avec la politique affichée par Parler. Dès sa page de présentation, le réseau annonce en effet modérer ses contenus en fonction des lois américaines, « qui autorisent la libre expression sans violence ».

Interrogé par la chaîne CNBC, John Matze, cofondateur du réseau social, a assuré qu’il n’avait pas l’intention à la base d’en faire un « safe space » pour la droite de la droite. « Parler n’a pas été conçu pour devenir un truc pro-Trump », a-t-il plaidé. Il aura pourtant beaucoup de mal à décoller l’étiquette conservatrice qui colle à sa création. Fin juin, John Matze a promis 20.000 dollars à tout commentateur progressiste qui s’inscrirait sur son réseau. Faute de réponses, il a doublé la récompense originelle. Jusqu’à présent, sans trouver de candidats.

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