Pédocriminalité : le nombre de cas a explosé pendant le confinement

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Harcèlement sexuel, extorsion en ligne, diffusion d’images d’abus, etc. Dans une lettre ouverte, Child Focus alerte : le nombre de dossiers d’atteinte à l’intégrité sexuelle des enfants a très fortement augmenté ces derniers mois. Une tendance qui se confirme partout en Europe.

« Nous sommes mi-juillet 2020 et nous avons plus de dossiers d’atteinte à l’intégrité sexuelle des enfants que sur l’ensemble de l’année 2019 ». Dans une lettre ouverte, Child Focus s’inquiète : le nombre de cas reportés de maltraitance d’enfants a bondi depuis le début de l’année. Le nombre de signalements d’images d’abus sexuels, collectés via le point de contact civil stopchildporno.be , a tout simplement triplé en 2020 (il a eu 1.414 nouveaux signalements d’images en 2019) ; même chose pour le nombre de signalements de grooming (un adulte aborde un mineur en ligne et tente de lui soutirer des images à caractère sexuel ou de forcer une rencontre pour commettre un abus sexuel). Le nombre de plaintes de jeunes harcelés sexuellement en ligne a doublé ; les dossiers de sextorsion (intimidation et chantage à l’aide d’images à caractère sexuel) ont eux augmenté de 118%.

C’est l’arrivée du Covid-19 qui a permis l’accélération de ce genre de pratiques criminelles. « Ce qu'on a vu avec le confinement, c'est qu'effectivement le télétravail s'est développé, expliquait à RTL Olivier Bogaert, commissaire à la computer crime unit de la police fédérale. Les enfants ne pouvaient plus aller à l'école et par conséquent les parents, à la maison, devaient remplir leurs obligations professionnelles, les enfants devaient s'occuper et le numérique a pris une place très importante... Donc je suis dans ma chambre, je vais sur des applications à succès de ma génération et donc certains prédateurs peuvent profiter car ces images peuvent être publiques et peuvent être récupérées ».

Un phénomène difficile à cerner exactement

L’agence européenne de police criminelle Europol a récemment publié un rapport confirmant la tendance observée en Belgique par Child Focus. En mars, la pédocriminalité en ligne a ainsi explosé ; le nombre d’images d’abus sexuels signalées a été multiplié par 10 par rapport aux moyennes observées en 2019. Reste que la hausse de la diffusion d’images ne signifie pas mécaniquement une augmentation du nombre réel d’enfants victimes ; de telles images circulent souvent sur plusieurs sites à la fois. Il est dès lors compliqué de mesurer l’ampleur exacte de la pédopornographie sur le Net.

Ou plutôt sur le Darknet, une portion du web non indexée par les moteurs de recherche et uniquement accessible via des réseaux informatiques anonymisés, où de nombreux pédo-criminels trouvent refuge. Leur traque est souvent longue et difficile : considéré comme l’une des « dix cibles prioritaires mondiales » un homme de 40 ans était recherché depuis 6 ans. Soupçonné d’avoir hébergé des contenus pédopornographiques sur la Toile, il n’a été que récemment identifié. Il a finalement été arrêté en Gironde, (sud-ouest de la France), la semaine dernière.

Mieux éduquer aux nouveaux médias

En plus des activités criminelles en ligne, le confinement a également davantage exposé les enfants à des abus sexuels commis par des proches. Pour Child Focus, « L'idée que les enfants soient victimes d'un tiers inconnu a depuis longtemps été contredite par la dure réalité : les enfants sont généralement victimes d'un proche. Il s'agit même souvent de quelqu'un qui vit sous le même toit ». Selon Ecpat International, une association luttant pour éradiquer l’exploitation sexuelle des enfants dans le monde, 74% des abus sexuels seraient ainsi « perpétrés par le cercle de confiance de l’enfant ».

Dans sa lettre ouverte, Child Focus appelle le fédéral à considérer la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs comme « une priorité absolue », devant être inclue « en tant que telle » dans le futur « accord gouvernemental ». La fondation souligne également l’importance de « l’éducation aux médias » et de la « sexualité », qui devraient être mieux intégrées dans l’enseignement primaire et secondaire. Un point capital pour Child Focus, qui rappelle « qu’en deux ans, l’âge moyen pour obtenir un smartphone est passé de 11 ans à 9,6 ans ». La lettre revendique en outre l’augmentation de « moyens plus structurels » à la disposition de la police et du parquet, n’ayant « pas la capacité de traiter toutes les images signalées ou interceptées ».

 

Vous avez remarqué quelque chose en ligne ou hors ligne ? Vous pouvez toujours contacter la police ou Child Focus sur le site www.stopchildporno.be , ou en appelant le numéro d’urgence 116 000. www.maintenantjenparle.be est également disponible pour les enfants et jeunes victimes.

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