Des « servantes écarlates » contre l’instrumentalisation politique de l’IVG

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Depuis plusieurs semaines, la proposition de loi pour la dépénalisation de l’avortement est au centre de jeux d’influence entre les négociateurs fédéraux. Cette semaine encore, elle revient au menu de la Chambre.

Elles étaient une vingtaine, ce mercredi matin à Bruxelles, pour dénoncer « l’instrumentalisation » politique de la dépénalisation de l’avortement. Drapées dans de longues capes rouges rappelant le costume des servantes écarlates (référence à l’œuvre dystopique de Margaret Atwood, qui dépeint un régime totalitaire où les femmes sont asservies et divisées en "classes "), elles ont manifesté leur colère devant l’entrée du Palais d’Egmont, où se réunissait le Conseil national de Sécurité. « Nous demandons que cette loi ne serve pas de monnaie d’échange dans les négociations gouvernementales, au détriment des femmes » a expliqué à Belga l’une des participantes, ajoutant : « Il s’agit d’une minorité qui fait pression sur le reste du parlement. Cela fait trente ans que nous attendons la dépénalisation de l’avortement ».

Soutenue par le PS, les Verts, une partie des libéraux et de Groen, le PTB et DéFI, la proposition de loi sur la table vise la dépénalisation totale de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), l’allongement du délai légal (de 12 à 18 semaines) et la réduction du délai de réflexion, passant de 6 à 2 jours. Depuis plusieurs semaines, elle fait l’objet de petits jeux politiques, avec en toile de fond, les négociations en vue de former une coalition fédérale. Par trois fois, une partie de la droite flamande (CD&V, N-VA et Vlaams Belang) a reporté, à coup d’amendements et de renvois vers le Conseil d’État, le moment du vote, qui leur aurait été probablement défavorable. Et par trois fois, le Conseil d’État a validé le texte.

Pressions sur la négociation fédérale

Après le CD&V qui, ces dernières semaines, en a fait une question de principe, c’est maintenant au tour de la N-VA de lier le sort d’une future coalition fédérale avec celui de l’IVG. « Je peux vous dire que si des partis donnent le feu vert à une loi que je trouve scandaleuse, ce sera compliqué de faire comme si de rien n’était avec eux le lendemain. C’est en fait impossible, ça ne fonctionnera pas. Si ces partis pensent qu’ils peuvent sur cette base former un gouvernement avec les socialistes, les communistes et les verts, ils n’ont qu’à le faire. Ce sera un gouvernement nul en Flandre, avec zéro soutien », a déclaré Bart De Wever, le président des nationalistes flamands.

Voilà qui mettra sans doute encore un peu plus de pression sur les négociations que mènent six partis (CD&V, Open VLD, MR, N-VA, cdH et sp.a) en vue de mettre sur pied une coalition dite Arizona. Ce genre de déclarations explique sans doute pourquoi la conférence des présidents de la Chambre n’a pu trouver ce mercredi un consensus pour inscrire la proposition à l’ordre du jour. Qu’à cela ne tienne : les partisans du texte ont annoncé déposer une motion pour l’inscrire au début de la séance plénière, ce mercredi après-midi.

Le vote encore reporté?

Deux scenarios, à ce stade. Soit la proposition de loi est bel et bien soumise au vote mercredi ou jeudi (ce sont les deux dernières séances avant les vacances parlementaires) ; dans ce cas, un vote en faveur de la dépénalisation de l’IVG pourrait également signifier l’avortement de la coalition Arizona. Soit, -et c’est le scénario qui tient la corde- nous assisterons à un nouveau cas de « flibusterie parlementaire », avec un quatrième ( !) renvoi au Conseil d’État ou un énième retour en commission, synonymes de report du vote à la rentrée. Pour gagner un peu de temps et tenter de former une majorité, les négociateurs fédéraux voient probablement d’un bon œil cette deuxième option. Les « servantes écarlates », sans nul doute, beaucoup moins.

 

Mise à jour (17H37) : Comme pressenti, c’est finalement ce deuxième scénario qui a prévalu. En fin d’après-midi, les députés de la Chambre se sont prononcés : la proposition de loi IVG est renvoyée une quatrième fois devant le Conseil d’État. Le CD&V, la N-VA et le Vlaams Belang ont déposé trois amendements et ont réuni les 50 votes nécessaires au report du vote à la rentrée.

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