« Les ainés laissés-pour-compte » : Médecins Sans Frontières dénonce

135 maisons de repos belges ont bénéficié du soutien de MSF.
135 maisons de repos belges ont bénéficié du soutien de MSF.
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Après plusieurs mois d’intervention en soutien dans les maisons de repos, l’ONG publie un rapport accablant sur la non-préparation de ces établissements. Elle propose également toute une série de recommandations au monde politique pour qu’une telle crise ne s’y reproduise plus.

En Belgique, 6.200 résidents de maisons de repos sont décédés du Covid-19. Cela représente 64% des décès en Belgique. « Un chiffre accablant » pour Médecins Sans Frontière Belgique.

Lorsque la crise sanitaire battait son plein, l’organisation a aidé 135 homes et maisons de repos du pays. Ce mardi, elle publie un rapport de ces mois d’intervention et de soutien. Pour reprendre les mots de l’ONG, « le constat dressé est catastrophique ! »

« On a demandé aux maisons de repos de fonctionner comme des hôpitaux mais sans leur donner les moyens nécessaires », explique Stéphanie Goublomme, coordinatrice de ce projet, dans une vidéo. « Il n’y avait pas suffisamment de personnel ou pas suffisamment de matériel de protection. Dans une des maisons de repos, le personnel devait porter des sacs poubelles ou des lunettes de piscine pour prodiguer des soins aux résidents. »

Ecoute, suivi, conseil et formation

Concrètement, dans cette centaine de homes, les équipes de MSF ont d’abord effectué une visite, permettant d’évaluer la situation, d’obtenir une vue d’ensemble pour ensuite donner des recommandations sur mesure, effectuer un suivi et, si nécessaire, former le personnel sur des sujets spécifiques. L’organisation a notamment créé beaucoup d’outils didactiques sous différents formats et canaux de diffusion qui ont pu aider les maisons de repos visitées mais aussi toutes les autres.

« Après un premier contact qui s’est souvent révélé être un moment d’écoute et de débriefing émotionnel du personnel cadre, les maisons de repos ont, en général, désiré obtenir un retour sur les mesures de prévention de transmission du virus déjà mises en place à leur niveau, afin d’être rassurées », détaille MSF dans son rapport. « Quand la question du dépistage systématique des résidents et du personnel fut enfin une priorité pour les autorités lors de la deuxième semaine d’avril, les questions ont alors davantage porté sur l’isolement et le cohortage. »

Outre une aide concrète, ces interventions ont permis aux équipes de Médécins Sans Frontières de comprendre les raisons qui ont fait que toutes ces résidences se sont retrouvées dépassées. Elles ont pu pointer trois gros points noirs :

« un manque de préparation à ce type d’urgence »;

« une méconnaissance généralisée des règles de base en matière d’hygiène et de prévention et de contrôle des infections »;

« un manque de compréhension et de maîtrise des trop nombreux protocoles et recommandations (souvent inadaptés à leur réalité), notamment en matière d’utilisation des équipements de protection individuelle (ou EPI7), de dépistage et d’organisation des soins ».

Tout au long de son rapport, MSF illustre ses propos par de nombreuses statistiques et témoignages, qui font parfois froid dans le dos. Ainsi, au moment où le confinement a été prononcé, plus d’un tiers des maisons de repos n’avait pas assez de masques FFP2 et près de la moitié manquait de blouses de protection.

Mais outre l’aspect technique, pour l’ONG, le côté humain a été également très négligé.

« Un accroissement des troubles en santé mentale, et l’apparition de nouveaux symptômes, notamment post-traumatiques, sont à déplorer aussi bien au sein du personnel (cadre comme soignant et technique) que chez les résidents. Parmi le personnel, le sentiment d’impuissance et de désespoir, l’anxiété, la panique, la tristesse, la culpabilité et la colère ont été les symptômes liés à la crise les plus observés. »

Des recommandations pour faire bouger les choses

En diffusant ce rapport, 32 pages accessibles à toutes et tous, Médecins Sans Frontières veut que les Gouvernements et ministres du pays s’activent à faire changer les choses pour qu’une telle situation ne se reproduise plus.

« La première vague, nous ne l’avions pas vue venir, mais si une deuxième vague arrive, il est clair qu’aucune excuse ne sera valable », a déclaré Caroline Willemen, coordinatrice des interventions en  maisons de repos.

L’ONG diffuse donc une série de recommandations à destination des responsables politiques, dont notamment :

adopter un plan d’urgence spécifique aux maisons de repos, actualisé et doté de ressources adéquates, aux niveaux fédéral et régional, avec une répartition claire des rôles et des responsabilités;

organiser de soins psychologiques pour les résidents et le personnel des maisons ;

soumettre le personnel et les résidents des maisons de repos à des dépistages réguliers du Covid-19, afin de pouvoir réagir au plus vite et de prendre les mesures adéquates pour éviter la transmission du virus en leur sein ;

ou encore harmoniser les données de surveillance entre les différentes entités fédérées.

« Alors que la vie à l’extérieur des enceintes de ces institutions reprend petit à petit son cours, il n’y a pas de temps à perdre pour agir d’une manière concrète et ciblée sur les besoins spécifiques de ces lieux d’hébergement et de vie, de leur personnel et de leurs résidents. Pour qu’au moment où le virus reviendra en force à leur porte, nous ne laissions à nouveau nos aînés payer le prix de notre indifférence », conclut Médécins Sans Frontières Belgique.

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