Près de 10 000 « esclaves » dans des ateliers textiles à Leicester

©belgaimage-6465257
©belgaimage-6465257
Teaser

Dans cette ville du centre de l’Angleterre, des ateliers de confection ont continué à fonctionner pendant le confinement. Ils sont maintenant soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la deuxième vague de contamination que connaît Leicester.

Salaires de misères, papiers d’identités confisqués par l’employeur, absence de protections et de distanciation physique… Jusqu’à 10 000 personnes seraient employées dans des conditions proches de l’esclavage dans certains ateliers textiles de Leicester, dans le centre de l’Angleterre. Ce sont « un mélange de gens du cru et de travailleurs immigrés, dont certains seraient en situation illégale, raison pour laquelle ils sont réduits en esclavage », a déclaré un député local, le conservateur Andrew Brigden.

C’est au coronavirus que doivent cette ville industrielle des Midlands et ses plus de mille ateliers de confection d’être aujourd’hui sous le feu des projecteurs. Fin juin, Leicester a en effet dû se reconfiner en catastrophe, après une flambée de nouveaux cas. Il semble maintenant que certains ateliers de la ville aient joué un rôle dans le rebond de l'épidémie.

3 à 4£ par heure

Dans un rapport, Labour Behind the Label, un groupe de défense des droits des travailleurs, a assuré avoir collecté des preuves montrant que des ateliers de confection n’ont pas cessé le travail depuis la mi-mars, fonctionnant à plein régime pour honorer leurs commandes. Et ceci, alors qu’il était « inconcevable » qu’ils puissent respecter les mesures de distanciation physique, assure Labour Behind the Label. Selon le rapport, les employés, même malades et testés positifs au Covid-19, ne pourraient quitter leur poste, leurs papiers d’identité étant confisqués par leur employeur. Leur salaire serait misérable : de 3 à 4 £ par heure en moyenne (environ 3, 30 à 4,4 euros).

« Fléau moderne »

Selon Dominique Muller, membre de Labour Behind the Label, « cela fait des années que circulent les allégations d’abus dans bon nombre de sociétés de Leicester ». Pour l’association c’est clair : certaines marques, en s’approvisionnant dans ces ateliers, piétinent le droit du travail. Une enseigne comme Boohoo est ainsi particulièrement visée. Cette marque est une des spécialistes de la « fast fashion », un segment de l’industrie de la mode basé sur la production et le renouvellement très rapide de vêtements généralement à bas coût et de qualité variable.

L’année dernière déjà, elle était pointée du doigt par une étude du Parlement britannique, pour ne pas avoir su lutter contre des pratiques « non durables » et « exploitantes » de ses fournisseurs. Cela n’a jusqu’ici pas empêché Boohoo d’engranger des résultats étincelants : ses ventes ont gonflé de près de moitié entre mars et mai dernier, par rapport à la même période en 2019.

Réagissant ce lundi devant le Parlement, la ministre britannique de l’Intérieur Priti Patel a dénoncé l’exploitation des travailleurs dans ces ateliers de Leicester, qualifiée de « fléau moderne ». Son ministère a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Plus de Actu