Des tests sérologiques bientôt disponibles en pharmacie ?

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Teaser

Ces tests rapides, qui visent à mesurer l’immunité face au Covid-19, sont pour l’instant interdits en Belgique. Sans être infaillibles, ils permettraient toutefois à chacun de disposer de premières informations sur son exposition au virus.

Un petit pincement au bout du doigt, juste le temps de vous prélever une goutte de sang. Et 15 minutes après, le tour est joué : vous savez si oui ou non vous avez développé des anticorps contre le Covid-19. Si c’est le cas, tant mieux : vous voilà protégé contre le virus, au moins à court terme. Depuis lundi, ces tests rapides d’orientation diagnostique (Trod) sont disponibles sans ordonnance dans les pharmacies françaises. Chez nous, ils sont par contre interdits depuis fin mars, et ce pour une durée de six mois.

Pour demander la levée de cette interdiction, un citoyen Belge d’une soixantaine d’années a introduit ce lundi, en extrême urgence, une citation en référé devant le tribunal de première instance francophone de Bruxelles. « Des sociétés belges ont fabriqué de tels tests et mon client voudrait pouvoir y accéder en pharmacie sans devoir passer par des laboratoires, via des médecins, et devoir attendre plusieurs jours les résultats » a expliqué son avocat, Me Philippe Vanlangendonck. Depuis le mois de juin, les tests sérologiques peuvent être pratiqués chez le médecin généraliste.

Pour Philippe Vanlangendonck, des tests rapides en pharmacie auraient l’avantage d’être faciles d’accès et permettraient de ne pas devoir attendre pendant plusieurs jours les résultats d’une prise de sang chez le généraliste. « Bien sûr, comme pour le contrôle technique d'une voiture, si elle est contrôlée sans problème un jour, cela ne veut pas dire que ce sera le cas le lendemain. Mais, le test peut être répété. Il coûte moins de 10 euros. Ça peut rassurer des gens qui sont à risque comme mon client, mais aussi des travailleurs en entreprises... Tout le monde pourrait bénéficier de cette information rapide. Depuis le 1er juillet, avec la phase 4 du déconfinement, il y a une plus grande circulation des personnes et donc plus de contacts à risque, même si la maladie est actuellement moins virulente ».

Fiabilité autour de 90%

Yves Coppieters, accueille favorablement l’initiative. « Pourquoi ne pas rendre ces tests disponibles en pharmacie, comme en France ? » se demande le professeur de santé publique de l’ULB. On commence à mieux connaître la qualité de ces tests rapides, ils ont une bonne fiabilité ». Sur la cinquantaine de tests présents sur le marché, plusieurs affichent en effet des taux de fiabilité de l’ordre de 90%. Amplement suffisant pour une première indication, juge l’épidémiologiste. « Si le test est positif, cela veut dire qu’on a des anticorps : on peut être rassuré. Mais si le test est négatif, ce n’est pas pour autant qu’on n’a pas rencontré le virus. Il reste une marge d’interprétation ». On touche ici aux limites de ces tests sérologiques. D’abord, ils ne permettent pas de dire si vous êtes malade du coronavirus et donc contagieux au moment de la prise de sang. Ensuite, il reste cette marge d’erreur de l’ordre de 10%, qui nécessite une confirmation en laboratoire et un examen pour préciser la réalité de la réponse immunitaire.

L’immunité, pour combien de temps ?

Enfin, les connaissances scientifiques doivent encore être affinées concernant l’impact des anticorps face au Covid-19. Une réponse immunitaire limitée rendrait inutile, ou presque, l’utilisation de tests sérologiques. « Pendant un temps, on n’était pas sûr que des anticorps soient développés après une contamination, explique Yves Coppieters. On a maintenant quasi plus de doutes là-dessus : le corps produit bien des anticorps neutralisants. La question, c’est de voir combien de temps l’immunité est acquise ».

De récentes études ont en effet montré que les patients guéris du Covid-19 ne gardaient des anticorps dans le sang que deux à trois mois maximum. « Je ne partirais pas à tout pris sur cette hypothèse-là, même si les premières études malheureusement, sentent « un peu mauvais » sur cette question, concède le spécialiste. Ce sont des études sur des petits échantillons et donc elles ont leurs limites méthodologiques.  Il faut vraiment des études beaucoup plus larges en termes d’échantillons et attendre d’autres études pour confirmer ces résultats. Dans l’absolu, c’est étonnant que l’immunité pour un coronavirus de ce type-là ne soit pas plus longue au regard des autres coronavirus. L’immunité face au SRAS c’est un an, le MERS plus ou moins la même chose aussi. 2-3 mois ça paraît très court. Lorsqu’on aura 6, 8 mois de recul on pourra en être sûr. Mais, termine l’épidémiologiste, si cela s’avère juste, alors c’est une très mauvaise nouvelle ».

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