Immunité et Covid-19 : Les anticorps disparaîtraient très (trop ?) vite

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Selon des études allemandes et chinoises, les anticorps du coronavirus ne restent dans le sang que quelques mois.

« Madame, avec le taux d’anticorps que vous avez dans le sang, vous êtes tranquille pour longtemps ! » Deux mois après, Geneviève se remet à peine de sa lutte acharnée contre la maladie. Elle est en mi-temps médical jusqu’en septembre, elle a encore du mal à se concentrer. C’est donc avec un certain soulagement qu’elle a accueilli les résultats de sa dernière prise de sang. Malheureusement pour elle, il n’est pas certain que Geneviève, malgré la présence « massive » d’anticorps au Covid-19 dans son sang, soit durablement débarrassée de ce « connard de virus », comme dirait Renaud.

Une étude menée dans une clinique de Munich indique en effet que les patients infectés par le coronavirus ne gardent d’anticorps dans le sang que pendant une courte période. « Chez quatre de nos neuf patients, nous avons constaté une baisse des anticorps neutralisants lors d’un test spécial qui ne peut être mené que dans un laboratoire de haute sécurité » a expliqué Clemens Wendtner, un consultant du département des maladies infectieuses de l’hôpital. Vu la taille extrêmement réduite de l’échantillon, les résultats de cette étude doivent naturellement être pris avec des pincettes.

Ils font toutefois écho à plusieurs autres études aux conclusions similaires, menées en Chine. Portant sur 1.500 patients de Wuhan (centre de la Chine, d’où semble avoir démarré la pandémie), l’une d’elles a montré que 10% des malades n’avaient plus d’anticorps dans le sang après quelques semaines seulement. Chez 74% des patients, les anticorps avaient disparu, deux à maximum trois mois après l’infection. Cette disparition a été particulièrement rapide chez les personnes testées positives mais restées asymptomatiques, notaient les auteurs de l’étude. À noter que pour d’autres virus similaires, comme celui du SRAS ou du MERS, les anticorps restent détectables jusqu’à un an maximum dans le sang.

Immunité collective à 4,3% en Belgique

Reste à connaître la portée exacte de ces résultats, s’ils venaient à être confirmés par des études plus importantes. Il faudra voir notamment leur impact sur les stratégies de vaccination actuellement à l’étude ou sur l’immunité à long terme face au virus. Une immunité qui pourrait heureusement ne pas dépendre que de la présence ou non des anticorps dans le sang. Une étude de l’institut suédois Karolinska montrerait en effet qu’une réponse immunitaire faisant intervenir un mécanisme indépendant des anticorps serait possible face au Covid-19. Cette réponse consisterait en l’action de lymphocytes T (une variété de globules blancs), capables de neutraliser les cellules infectées.

« Une des observations essentielles » expliquait au journal Le Soir Michel Goldman, professeur d’immunologie à l’ULB, « c’est la présence de ces cellules dans le sang de sujets qui n’ont pas développé de symptômes et n’ont pas développé d’anticorps. Il reste à déterminer que ces cellules sont capables de protéger de l’infection virale. Si c’est le cas, cela confirmerait l’importance de tester les sujets asymptomatiques, non seulement pour prévenir la résurgence de la pandémie, mais aussi pour juger du niveau de l’immunité collective ».

Un « niveau » qui reste pour le moment fort bas, si on prend en compte la présence d’anticorps dans le sang de la population belge. Selon les derniers chiffres du SPF Santé publique (qui se base sur la collecte d’échantillons de sang fournis par la Croix-Rouge), l’immunité collective face au Covid-19 serait de 4,3% en Belgique.

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