Sauvegarde des abeilles : un échec pour l’Europe

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Les mesures prises par l’UE pour sauver les abeilles sauvages et les autres pollinisateurs ont été largement inefficaces. C’est la conclusion, sans appel, d’un rapport de la Cour des comptes européenne.

« Les initiatives prises jusqu'à présent par l'UE pour protéger les pollinisateurs sauvages ont malheureusement été trop faibles pour porter leurs fruits ». C’est ce qu’a déclaré Samo Jereb, co-auteur du rapport publié ce jeudi 9 juillet par la Cour des comptes européenne, l’institution chargée d’évaluer les politiques de l’UE. Apidés (abeilles, bourdons, etc.), coléoptères, papillons, mites… Ces espèces sont en déclin en Europe. La cour sonne l’alerte : la quantité d’insectes dans l’environnement « affiche une tendance négative, plus de 40% des espèces étant menacées d’extinction ». Une menace pour la biodiversité, et pour l’homme. Les pollinisateurs sont en effet essentiels à la reproduction des plantes, et ont donc un impact capital sur la production agricole et sur « l'approvisionnement alimentaire de qualité ».

En 2016, une étude parue dans la revue Nature insistait déjà sur l’importance des pollinisateurs pour l’alimentation humaine. Leur déclin pourrait en effet affecter la culture des arbres fruitiers, des semences, des fruits à coque, du café ou du cacao. Il entraînerait par là même des déséquilibres alimentaires, et des carences en vitamines A et C, en calcium et en acide folique. Avec le risque de susciter une recrudescence de maladies et potentiellement, 1,4 million de décès supplémentaires chaque année, avaient calculé les auteurs de l’étude.

Trop d’intrants chimiques

L’abondance et la diversité des pollinisateurs sauvages connaissent un déclin dans l’Union européenne du fait de la menace croissante que constitue l’activité humaine, en particulier la conversion à l’agriculture intensive, ainsi que l’utilisation de pesticides et d’engrais, explique la Cour des comptes européenne. L’utilisation d’intrants chimiques est depuis longtemps pointée comme un facteur déterminant dans le déclin constaté. La Commission européenne a bien restreint puis interdit, en 2013 et 2018, l’usage en espace extérieur de trois insecticides néonicotinoïdes (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine), aussi appelés « tueurs d’abeilles ».

Peine perdue, ou presque : les agriculteurs se sont rabattus sur d’autres pesticides de la même famille, comme le thiaclopride. Surtout, une quinzaine d’États membres ont fait fi de l’interdiction, et ont installé des systèmes de dérogation autorisant l’utilisation des 3 produits précités. « La législation européenne sur les pesticides est une des principales causes de la disparition des pollinisateurs sauvages », pointe le rapport.

La Cour déplore également le manque d’évaluations de la dangerosité des pesticides avant commercialisation. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) plancherait bien actuellement sur une procédure d’évaluation à mettre en place. Seulement, indique Le Monde, qui a pu consulter des documents confidentiels, la majorité des scénarios étudiés pour réformer l’évaluation des risques liés aux pesticides consisterait « à revoir à la baisse les niveaux de protection, soit en s’appuyant sur des modèles mathématiques, soit en ne considérant que l’impact des pesticides sur la pollinisation. Dans une telle approche, juge le quotidien, la disparition d’une ou plusieurs espèces pourrait être acceptable si le service rendu peut être remplacé par d’autres pollinisateurs ».

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