Grippe porcine, peste bubonique: quand la crise nous rend parano

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La menace de nouveaux virus venus de Chine a fait les gros titres alors qu’il n’y avait pas de danger avéré. Pour les psychologues, cette crainte n’est pas du tout étonnante et pourrait prendre d’autres formes.

Depuis mars, c’est comme si tout tournait autour du Covid-19. De ce fait, quand une autre menace du même genre se présente, c’est la panique. La preuve: ces derniers jours, deux maladies ont été largement relayées dans les médias, à savoir la grippe porcine et la peste bubonique. Toutes deux proviennent de Chine et ont posé la question de savoir si elles provoqueraient la prochaine pandémie après celle du coronavirus.

Brandir une telle menace semble pourtant largement exagéré à l’heure actuelle. En l’état des recherches, la nouvelle grippe porcine n’a provoqué ni symptômes, ni décès chez les humains lorsque ceux-ci étaient infectés. Quant à la peste bubonique, le nombre de nouveaux cas en Mongolie intérieure se comptent sur les doigts de la main et l’OMS s’est empressée de rappeler que cette maladie est aujourd’hui rare mais continuellement présente «depuis des siècles».

Alors pourquoi s’inquiéter à ce point-là à leurs propos? En réalité, cette anxiété s’inscrit dans la continuité de celle née avec la crise du Covid-19.

L’ombre du coronavirus

Inutile de dire que le coronavirus a mis le monde sans dessus dessous et continue de le faire. Le confinement a été difficile à gérer pour de nombreuses personnes et la population n’en est pas sortie indemne. Les enquêtes de l’UCLouvain montrent que près de 50% des Belges se sont déclarées en détresse psychologique en mars et avril. Pour Pierre Philippot, psychologue à l’UCLouvain, ce taux est tout simplement énorme. «Je n’aurais jamais soupçonné un tel impact psychologique. En 2018, il y avait 17-18% de la population avec des difficultés émotionnelles. On n’a jamais vu une telle augmentation dans l’histoire récente. Cela s’est manifesté de façon surprenante, notamment chez les jeunes de 15-30 ans qui ont été les plus impactés alors qu’ils étaient moins à risque», s’étonne-t-il.

Au vu de ces statistiques, il ne lui semble pas étonnant de voir que cette anxiété se manifeste encore aujourd’hui avec la popularité des articles sur la grippe porcine et la peste bubonique. «C’est très clairement ce qui se joue ici», dit-il en évoquant le processus qui est à l’origine de tels comportements: le phénomène de vérification. «La personne concernée est sans cesse en train de vérifier que ce qu’elle craint n’est pas sur le point de se réaliser. Mais au lieu de se rassurer, elle devient de plus en plus anxieuse. C’est un phénomène bien connu qui a grandement joué pendant la crise. Le niveau d’anxiété est alors directement corrélé à l’utilisation des médias sociaux».

Cette manifestation concrète de l’anxiété due au coronavirus ne devrait d’ailleurs pas être la dernière. Selon Pierre Philippot, d’autres exemples pourraient suivre: «Je pense également que cela se manifestera fortement lors de la prochaine épidémie de grippe. Cela va être intéressant d’observer s’il y aura une perception différente ou pas à ce moment-là. Une prédiction que l’on pourrait faire, c’est que plus de personnes vont se faire vacciner contre la grippe. L’anxiété et l’hypocondrie non clinique qui existent à l’heure actuelle peuvent mener à ces changements d’attitude».

Quitter cet état d’alerte permanent

Pour lutter contre ces angoisses, il faut préciser que la crise a pu se manifester de multiples manières. Il y a ceux qui se sont fait un sang d’encre pour eux-mêmes, d’autres pour leurs proches, notamment les plus âgés. Ensuite il y a deux types de réponses : soit on prend la menace beaucoup trop au sérieux et on dérive vers des troubles anxieux, soit on entre dans le déni, probablement pour se protéger. Enfin, certains ont pu basculer dans l’hypocondrie, c’est-à-dire un état d’alerte permanent quant à la possibilité d’attraper une maladie quelconque avec des biais perceptifs importants. «Or pendant la crise, cela a été favorisé par la nouveauté du Covid-19 et par le fait que des symptômes courants et banaux peuvent mener rapidement à la mort. Pour les personnes déjà anxieuses quant à leur santé auparavant, cette situation représente un catalyseur parfait», analyse Pierre Philippot.

Ce dernier relève néanmoins plusieurs pistes pour tenter d’apaiser cette anxiété. «Il est essentiel de ne pas être constamment à l’affût d’informations parce que l’on va finir par voir tout et son contraire, ce qui va générer beaucoup de confusion. Il faut se contenter de suivre des consignes claires sur les moyens de se prémunir et de protéger ses proches». Il invite également à se rendre sur le site des «Consultations Psychologiques Spécialisées» (CPS) où plusieurs ressources sont données au grand public pour avoir une meilleure gestion psychologique de la crise. Des conseils personnalisés sont ainsi donnés pour les couples, les enfants, les travailleurs ainsi que pour certains problèmes précis comme les perturbations du sommeil et le burnout parental.

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