Ce que cache le boom des taux de réussite scolaire

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Les bons résultats dans l’enseignement secondaire et supérieur, dus cette année à l’épidémie de Covid-19, pourraient n’être qu’un trompe-l’œil.

Alléluia! Les étudiants vont pouvoir bien mieux profiter de leurs vacances d’été cette année. Ils sont en effet beaucoup plus nombreux à avoir réussi leurs examens à l’université en 2020: 77% contre 68% en 2019. Dans les hautes écoles et les écoles supérieures des arts, même scénario avec une hausse du taux de réussite de 5 et 10% respectivement.

Même dans le secondaire, les écoles ont pu se montrer particulièrement généreuses cette année. C’est par exemple ce que montre un reportage de la RTBF sur une mère qui s’est montrée surprise, voire inquiète, d’apprendre que sa fille passait en 5ème année sans aucune restriction alors qu’elle a six échecs, notamment dans les matières principales. Selon l’établissement où elle est scolarisée, le redoublement n’a été exceptionnellement choisi que pour les élèves avec une moyenne générale de moins de 50% ou avec des échecs dans plus de 70% de la grille horaire.

Si ces choix devraient faire quelques heureux en 2020, le bilan l’année prochaine risque pourtant de s’apparenter à une douche froide.

Une bienveillance qui gomme les inégalités sociales?

Pour comprendre le problème, il faut donner quelques éléments de contexte. La crise du Covid-19 a manifestement accru les inégalités sociales. Et ce de deux façons. D’une part, les élèves du secondaire restés chez eux ont été bien plus influencés par leurs conditions de travail à la maison que d’habitude. Ceux venant de familles favorisées ou dont les parents sont particulièrement attentifs à leur éducation ont pu avancer plus facilement dans la matière. Les autres qui n’ont pas eu cette chance voient quant à eux leur niveau stagner. D’autre part, les étudiants du supérieur venant de milieux sociaux défavorisés ont été plus concernés par le manque de matériel nécessaire à la bonne poursuite des cours.

Ces facteurs laissaient donc craindre un taux record d’échecs, mais cela n’a pas été le cas, et ce grâce à la consigne de bienveillance donnée aux établissements par le gouvernement. «C’est un phénomène que nous avons pu constater par nous-même lors des délibérations», explique Hugues Draelants, sociologue à l’UCLouvain. «Je pense que les enseignants ont adapté leurs modalités d’évaluation et que cela a été favorable aux étudiants».

La crainte de conséquences après coup

Mais cette bienveillance pourrait néanmoins avoir un effet pervers. En ne regardant que les faibles taux d’échecs cités ci-dessus, impossible de voir un accroissement quelconque des inégalités sociales alors que les experts s’accordent sur le fait que cela existe bel et bien. On craint donc qu’en secondaire surtout, cela ne se manifeste réellement que l’année prochaine, lorsque les enseignants se retrouveront face à des élèves avec une différence de niveau.

«Ce n’est pas impossible que cela se produise. Les élèves qui ont eu de grosses lacunes dans certaines matières vont sûrement être confrontés à des difficultés dans l’année supérieure. Il faudra observer ce qu’il en sera réellement. Cela va dépendre de l’adaptation des professeurs au contexte», juge Hugues Draelants.

Dans le supérieur aussi, on craint les conséquences du Covid-19. La Fédération des étudiants francophones (FEF) a ainsi alerté sur le fait que les bons résultats de cette année ne cache «une logique quantitative de notre enseignement au détriment de la qualité». Sur ce point, Hugues Draelants pèse le bon et le mauvais. «C’est sûr que le niveau en a un peu souffert. Ce n’est pas parce qu’il y a un taux de redoublement plus bas que les élèves apprennent mieux. Par contre, dans les circonstances présentes, on ne peut pas vraiment avoir le beurre et l’argent du beurre. La décision d’être bienveillant est compréhensible et les enseignants ont fait de leur mieux pour garder le niveau dans la plupart des cas», fait-il remarquer.

Un défi de taille s’annonce

Pour éviter que cet accroissement des inégalités ne se concrétise véritablement l’année prochaine, quelques précautions peuvent être prises. Les élèves du secondaire avec des échecs pourraient par exemple avoir des devoirs de vacances pour se remettre à niveau.

Pour le reste, cela va surtout dépendre des professeurs. «Cela va être difficile de rééquilibrer les écarts qui ont pu se creuser entre les jeunes. Les enseignants vont avoir beaucoup de mal à trouver le juste milieu pour adapter leurs apprentissages, ce qui constitue déjà une de leurs principales préoccupations en temps normal. Il faudra à la fois ne pas laisser des élèves au bord du chemin et ne pas lasser ceux qui seront en avance. Ces difficultés peuvent donc faire craindre des échecs et des décrochages dans le futur», redoute Hugues Draelants.

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