HijabisFightBack: « Cette manifestation n'est que le début »

Les manifestants contre l'interdiction du foulard dans l'enseignement supérieur - BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
Les manifestants contre l'interdiction du foulard dans l'enseignement supérieur - BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK
Teaser

Dimanche, lors de la manifestation contre l'interdiction du foulard dans l'enseignement supérieur à Bruxelles, les principales concernées ont repris une parole qui ne leur a jamais été donnée.

Au lendemain de la manifestation contre les discriminations à l'égard des femmes portant le hijab, l'une des organisatrices de l'événement a du mal à contenir sa joie. « Pour une fois, les femmes comme nous qui portent le foulard se sont senties écoutées et ont vu que d'autres personnes se battent à leurs côtés », se réjouit Salma Faitah du collectif féministe La 5e vague. Dimanche après-midi au Mont des Arts à Bruxelles, plus de 2.000 personnes se sont rassemblées pour protester contre l'arrêt de la Cour constitutionnelle qui permet l’interdiction du port de signes convictionnels dans l'enseignement supérieur. Si cette décision touche aussi d'autres minorités, elle affecte plus particulièrement les femmes portant le hijab, déjà victimes d'une série de législations discriminatoires. Cette fois, elles se voient restreindre leur accès aux études, forcées de choisir une école en fonction de l’autorisation ou non d'y porter le foulard.

« Cet arrêt est inacceptable parce que, encore une fois, des personnes ont pris des décisions pour nous, sans connaître notre réalité, sans nous concerter, en disant que c'est pour notre bien. C'est très paternaliste. Toute femme peut et doit décider pour elle-même et personne n'est censé lui dire ce qui est bon ou non pour elle », rappelle la militante féministe. Outre le sexisme et le paternalisme de cet arrêt, « on décide ici pour les femmes portant le foulard ce qu'elles peuvent faire comme études ou non. C'est choquant! »

Des manifestantes ce dimanche, contre l'interdiction du foulard dans l'enseignement supérieur

- BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

« Ne me libère pas, je m'en charge »

Ce dimanche, elles l'ont crié haut et fort: « trop c'est trop! » Puisque la parole leur est encore refusée, elles ont décidé de la prendre. « Nous sommes actrices de nos vies et de nos choix. Personne ne doit parler ou décider à notre place », réplique la jeune femme qui a organisé l'événement avec deux autres collectifs, Imazi Reine et Belges comme vous.

Sur les marches du Mont des Arts, elles étaient une centaine à porter la coiffe des diplômés sur leur foulard pour protester contre cette mesure d'exclusion, réclamant au micro que les institutions les laissent faire leurs propres choix. Marqués par des messages de solidarité et d'équité, les discours se sont enchaînés, tous plus inspirants les uns que les autres, tandis que la foule scandait des slogans comme « Touche pas à mon foulard », « Touche pas à mes études », « Hijabis Fight Back » ou encore « Ne me libère pas, je m'en charge ». Et de clôturer le rassemblement sur ces mots: « Merci à mes soeurs pour leur courage, leur résilience et leur force. Nous ne vous représentons pas, vous le faites à merveille par vous-mêmes. Et si aujourd’hui nous portons vos voix, c'est parce que vous êtes arrivées à le faire vous-mêmes dans vos vies au quotidien. »

Des manifestantes ce dimanche, contre l'interdiction du foulard dans l'enseignement supérieur

- BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Le début d'un long combat

Face au succès de la manifestation, la première qu'elles organisaient, Salma Faitah est ravie: « Le message est passé ». À celles et ceux qui la renvoient à "ses soeurs" qui luttent en Iran ou en Arabie saoudite contre le port obligatoire du foulard, elle rappelle que ce sont les mêmes combats, bien que ce ne soient pas du tout les mêmes contextes. « On se bat toutes pour que les femmes aient le choix, celui de le porter ou non », explique-t-elle. « En Belgique aussi, des filles sont forcées de porter le foulard. C'est une réalité, mais elle est minoritaire. En faire une généralité en écrasant la grande majorité, ce n'est pas correct », dénonce celle qui se bat aussi pour elles, pointant du doigt un racisme institutionnalisé.

Le mouvement #HijabisFightBack ne va pas disparaître, il ne fait que commencer. « Cette manifestation n’est que le début. Nous ne cesserons pas de nous battre. Depuis trop longtemps, nos droits sont bafoués, au sein des établissements scolaires mais également sur différents lieux de travail. Une neutralité inclusive existe et fonctionne. Il est temps que la Belgique embrasse pleinement son qualificatif de société démocratique et brise le mur de béton qu’elle a placé devant les carrières de milliers de femmes », ont écrit les trois collectifs organisateurs sur les réseaux sociaux. « C'est le premier pas d'un long combat », affirme Salma Faitah, avant de donner rendez-vous le 21 septembre prochain, à l'occasion de la journée internationale contre l’islamophobie.

Sur le même sujet

Plus de Actu

Les plus lus