Retour en cinq dates clés sur l'affaire Jeffrey Epstein

Jeffrey Epstein - BELGA IMAGE/ZUMAPRESS
Jeffrey Epstein - BELGA IMAGE/ZUMAPRESS
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L'arrestation de Ghislaine Maxwell relance ce scandale sexuel international, moins d'un an après l'étrange décès de Jeffrey Epstein. L'occasion de revenir sur cette affaire qui est loin d'être close, en cinq dates clés.

Mars 2005 - Epstein dans le viseur des autorités

La première enquête sur Jeffrey Epstein est ouverte par la police de Palm Beach en Floride, après que la mère d’une adolescente de 14 ans ait affirmé que sa fille avait été agressée par le milliardaire ami des stars. Pendant onze mois, les enquêteurs découvrent plusieurs cas similaires à travers le pays. Des dizaines de victimes potentielles sont ainsi identifiées, et décrivent le modus operandi de l'homme d'affaires: Jeffrey Epstein les aurait payées plusieurs centaines de dollars afin qu'elles viennent dans sa résidence pour prodiguer des massages et des actes sexuels. Elles ont entre 13 et 16 ans, souvent pauvres et vulnérables. Certaines auraient également été utilisées comme « rabatteuses », recrutées et formées par son amie de longue date Ghislaine Maxwell. Un système dont auraient profité certains proches du milliardaire, dont le prince Andrew et un certain Harvey Weinstein.

30 juin 2008 - Passage éclair en prison

Trois ans après le début de l'enquête, le dossier est solide. Inculpé, Jeffrey Epstein encourt la prison à vie. Pourtant, il ne sera condamné qu'à 18 mois de prison pour avoir eu recours aux services de prostituées mineures, seul chef d'accusation retenu pour lequel il plaide coupable. Il s'en est sorti grâce à un accord de négociation controversé avec les magistrats, menés par le procureur général Alexander Acosta, devenu en 2017 le secrétaire au Travail de Donald Trump avant d'être rattrapé par cette affaire et de démissionner.

Inscrit sur le registre américain des délinquants sexuels, Jeffrey Epstein ne passera finalement que treize mois derrière les barreaux, voire beaucoup moins puisqu'il a bénéficié d’un aménagement favorable de ses conditions, lui permettant de travailler à l'extérieur six jours par semaine.

6 juillet 2019 - Le scandale éclate

Plus de dix ans après cette condamnation clémente, l'ex-professeur de mathématiques est à nouveau inculpé, cette fois pour des accusations de « trafic sexuel » sur mineures, entre 2002 et 2005. Même si certains témoignages remontent au début des années 90, comme ceux des soeurs Farmer, les premières accusatrices de Jeffrey Epstein en 1996. Le système est toujours le même, les victimes toujours aussi jeunes et nombreuses. Des photos de mineures nues ont été saisies chez lui à Manhattan. Le sexagénaire risque jusqu'à 45 ans de prison.

L'île privée de Jeffrey Epstein

Little St. James Island, dans les îles Vierges, surnommée "l'île de la pédophilie", où Jeffrey Epstein est accusé d’avoir organisé un réseau d’exploitation sexuelle de filles mineures. © BELGA IMAGE/ZUMAPRESS

Le scandale fait le tour du monde. Ses liens avec de nombreuses personnalités connues et puissantes sont dévoilés: Bill Clinton, Woody Allen, Kevin Spacey, Leslie Wexner de Victoria's Secret ou encore Donald Trump qui, en 2002, qualifiait Epstein de « gars génial » qui aime les jolies femmes autant que lui. De notre côté de l'Atlantique, en France, l'agent de mannequins Jean-Luc Brunel est accusé par plusieurs victimes d’avoir fait office de rabatteur.

10 août 2019 - Suicide sous surveillance

Le procès n'aura jamais lieu. Le 10 août 2019, Jeffrey Epstein est retrouvé inanimé dans sa cellule au Metropolitan Correctional Center, prison fédérale de Manhattan. L'homme d'affaires s'est suicidé par pendaison, confirme quelques jours plus tard l'autopsie. Il avait pourtant été placé dans une unité sous haute surveillance, où il devait vivre avec un codétenu et être contrôlé toutes les demi-heures. Ça n'a pas été le cas la nuit de sa mort.

Vu l'ampleur du scandale, son étrange décès alimente les théories du complot les plus folles, beaucoup insinuant qu'il aurait été assassiné afin d'éviter un procès embarrassant pour nombreuses personnalités qui fréquentaient cette figure de la jet-set. Sa mort met surtout fin à toute possibilité de justice pour ses victimes.

2 juillet 2020 - La pièce manquante retrouvée

Disparue de la circulation depuis l'arrestation de Jeffrey Epstein, son ancienne compagne et recruteuse présumée Ghislaine Maxwell a finalement été arrêtée, un an plus tard, aux Etats-Unis. Selon l'acte d'accusation, la fille de l’ex-magnat britannique des médias Robert Maxwell est inculpée de six chefs, dont l’incitation à des actes sexuels illégaux, et le fait d’avoir « aidé, facilité et contribué aux agressions sur mineures » du pédophile, de 1994 à 1997. La riche héritière, âgée de 58 ans, risque la prison à vie.

La conférence de presse pour l'annonce de l'arrestation de Ghislaine Maxwelle dans l'affaire Epstein

La procureure Strauss annonce l'arrestation de Ghislaine Maxwell, ce 2 juillet. © BELGA IMAGE/Johannes EISELE

Ghislaine Maxwell aurait joué un « rôle crucial » dans le trafic sexuel tentaculaire du défunt financier, a déclaré Audrey Strauss, procureur du district sud de New York, lors d'une conférence de presse. Elle gagnait la confiance des jeunes filles vulnérables pour les attirer dans un piège doré, où elle contribuait ensuite à « normaliser » la violence sexuelle en participant aux séances de massage et aux agressions elles-mêmes, selon les enquêteurs. Le sordide duo a également payé leurs études, si bien que leurs proies pensaient qu'elles avaient une dette envers eux.

Son arrestation surprise remet l'affaire Epstein sous les projecteurs, ainsi que les proches du milliardaire. L'étau se resserre désormais autour du prince Andrew. Le fils de la reine Élisabeth II et ami de Jeffrey Epstein est accusé d'avoir profité de ce trafic et d'avoir abusé sexuellement Virginia Roberts à plusieurs reprises, lorsqu'elle avait 17 ans. Ce qu'il dément catégoriquement. Après une interview désastreuse accordée à la BBC, le duc d'York avait annoncé se retirer de ses engagements publics, une décision humiliante et rarissime pour un membre de la famille royale. « Nous serions ravis que le prince Andrew vienne nous parler, nous aimerions pouvoir profiter de ses déclarations », a déclaré jeudi la procureure Strauss, soulignant que l'enquête était toujours en cours. L'affaire Epstein n'est pas finie.

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