Pourquoi sommes-nous devenus indifférents face au nombre de morts du Covid-19?

Vue aérienne d'un cimetière à Sao Paulo, au Brésil © BELGA IMAGE/ZUMAPRESS
Vue aérienne d'un cimetière à Sao Paulo, au Brésil © BELGA IMAGE/ZUMAPRESS
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C'est une triste constatation qui n'est pas seulement valable pour la crise sanitaire actuelle: plus le nombre de victimes augmente, plus notre compassion s'estompe. Pourquoi?

La pandémie a récemment franchi un seuil symbolique: plus d'un demi-million de décès ont été officiellement recensés à travers le monde. Ce nombre a doublé en un peu moins de deux mois. Pourtant, à mesure que le nombre de morts augmente, l'indifférence aussi. Cette théorie s'applique également aux millions de vies perdues lors de catastrophes naturelles, de guerres ou de famine. L'humain serait-il sans cœur? Un peu, oui. Mais les psychologues ont trouvé une explication.

Cela pourrait être dû, en partie, à un phénomène psychologique connu sous le nom d'engourdissement psychique. Paul Slovic, professeur de psychologie à l'Université d'Oregon, le résume ainsi: plus les gens meurent, moins nous nous en soucions. « Notre système de pensée rapide et intuitif ne gère pas très bien les nombres en masse », observe-t-il auprès de la BBC. « Une vie est extrêmement importante et précieuse et nous ferons tout pour la protéger, la sauver. Mais à mesure que les chiffres augmentent, nos sentiments n'augmentent pas proportionnellement. » Si une seule mort est souvent considérée comme un drame, celle de nombreuses personnes devient simplement une statistique.

Cela affecte la prise de décision

La douleur que ces chiffres entraînent est difficile à cerner. Et notre incapacité à comprendre cette souffrance peut nuire à la façon dont nous réagissons à de telles tragédies. Ceci explique, selon Paul Slovic, pourquoi nous échouons souvent à prévenir les génocides ou à prendre les mesures appropriées pour réduire les pertes potentielles dues aux catastrophes naturelles. « Les chiffres ne déclenchent pas l'émotion ou le sentiment nécessaire pour motiver l'action », explique le professeur qui a mené une série d'études à ce sujet en Suède en 2014.

Dans l'une d'entre elles, les participants ont reçu la photo d'un enfant pauvre ou de deux enfants pauvres, avant d'être interrogés sur leur volonté de faire un don. Résultat: plutôt que de se sentir deux fois plus tristes et deux fois plus disposés à aider, les sujets de l'étude ont donné moins quand ils ont vu le duo d'enfants. « Vous pouvez vous concentrer plus profondément sur une personne que sur deux. [Avec deux], votre attention commence à diminuer et vos sentiments aussi. Et ce sont nos sentiments qui déterminent notre comportement », commente l'expert à la BBC.

La moitié des participants ont également reçu des statistiques sur le nombre de personnes souffrant de la faim dans la région d'où venait l'enfant. « Nous pensions que si nous montrions l'ampleur du problème, les gens seraient plus enclins à aider. » Au lieu de cela, les dons ont chuté de moitié lorsque la photo présentait les statistiques.

Se sentir utile

Paul Slovic y voit deux raisons. « Nous faisons des dons dans certaines situations parce que nous voulons aider, mais cela nous fait aussi nous sentir bien. On ne se sent pas aussi bien en aidant un enfant quand on sait qu'il est un sur un million. » Cela peut également s'expliquer par le degré d'impact que les gens pensent que leurs actions peuvent avoir. Plus le nombre de personnes souffrant ou mourant augmente, plus nos dons ou nos efforts paraissent vains, « comme une goutte dans l'océan ».

Comment y remédier? Pour Paul Slovic, chacun doit s'engager dans une réflexion plus lente et délibérée, en pensant à la vie et aux histoires de ces individus. « Vous devez utiliser la pensée lente pour apprécier les individus sous la surface des chiffres. »

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