En difficulté, RTL opère un retour très stratégique en Belgique

@BelgaImage
@BelgaImage
Teaser

RTL Belgium, basée au Luxembourg, a annoncé ce 30 juin qu’elle repasserait probablement sous pavillon belge pour bénéficier d’une aide Covid-19 de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB). Selon elle, c’est l’avenir du pluralisme de l’audiovisuel belge qui serait en jeu.

La rebelle de la télévision belge serait-elle rentrée au bercail? Installé depuis 2005 au Luxembourg, le conseil d’administration de RTL Belgium a opté hier pour un retour en Belgique. La raison: il aurait établi un protocole d’accord avec la FWB afin d’avoir une aide pour «faire face à l’impact que le COVID-19 a eu sur ses activités», selon un communiqué de presse.

Avec la pandémie, ses revenus publicitaires se sont en effet effondrés. La FWB évoque des pertes pour la télévision privée qui s’élèveraient à plus de 30 millions d’euros en 2020 et elle prendrait en charge environ les trois quarts de ce manque à gagner. Face à ces difficultés financières, RTL Belgium ne dirait donc pas non à ce gros coup de pouce, même si cela implique de déménager en Belgique. En contrepartie, l’entreprise se plierait à certaines conditions, parmi lesquelles se soumettre à l’autorité du CSA, garantir les emplois et avoir un ancrage local fort. Le marché serait donc donnant-donnant, sauf que c’est un peu plus complexe que cela.

Faire d’une pierre deux coups

Ce que ne dit pas l’accord entre RTL Belgium et la FWB, qui doit encore être confirmé, c’est qu’en réalité le retour de l’entreprise en Belgique aurait été pour ainsi dire signé d’avance. Dans les prochains jours, la FWB doit en effet adopter une directive européenne un peu particulière sur les médias audiovisuels. Selon certains observateurs, cette législation aurait de toute façon plus ou moins forcé RTL Belgium à revenir dans le plat pays.

Ce point nuance dès lors fortement les ambitions réelles de la télévision privée. «C’est un peu comme si RTL Belgium profitait de la situation pour demander une aide à la FWB», pense Frédéric Antoine, professeur de socio-économie des médias à l’UCLouvain. «RTL fait comme si elle acceptait l’autorité du CSA belge en contrepartie de ce soutien mais de toute façon, il lui aurait fallu se rapprocher du CSA avec la directive». RTL ferait donc ici d’une pierre deux coups: se plier à ses nouvelles obligations tout en obtenant un soutien financier important en temps de crise.

RTL, défenseur de la pluralité des médias?

Il n’en reste pas moins qu’une fois revenue, RTL Belgium devra faire un rapport au CSA pour vérifier qu’elle respecte les réglementations mises en place. Parmi ces conditions, il est question d’un investissement plus important dans la production belge d’émissions. A priori, l’entreprise n’est pas opposée à l’idée. Elle clame même haut et fort qu’elle a besoin d’être aidée pour éviter la suppression de ses programmes d’info belges. Sans cela, adieu le débat dominical. Le journal télévisé serait aussi réduit au strict minimum, ce qui ferait de la RTBF l’unique acteur de poids de l’audiovisuel belge en termes d’information. Un tel argument a de quoi faire mouche pour que quelqu’un vienne à son secours.

Frédéric Antoine reste pour autant circonspect à l’égard de la nécessité de soutenir RTL Belgium en tant que garant de la pluralité des médias. «Dans une logique purement légale, il n’y a aucun besoin de créer un contrepoids à la RTBF», analyse-t-il. «Au départ, l’audiovisuel public a déjà été conçu pour que le pluralisme s’exprime. Est-ce que l’État doit revitaliser un acteur privé censé se financer lui-même par la publicité dans le but d’avoir un pluralisme d’acteurs? Est-ce qu’il y a un positionnement idéologique différent entre RTL et la RTBF? Et puis après, si on soutient cette filiale d'une multinationale allemande qui a eu un milliard de bénéfices en 2019, qu’est-ce qu’on fait de LN24? Ce serait une transaction entre deux structures mais on évite de parler de tous les acteurs du milieu».

RTL Belgium sur une mauvaise pente

Enfin, des questions se posent quant à la capacité réelle de RTL Belgium de soutenir la pluralité des médias via ses productions en Belgique. À l’heure d’aujourd’hui, l’entreprise importe beaucoup de programmes de M6 et se limite dans le plat pays à des adaptations d’émissions dont il est possible de questionner leur intérêt pour cette «pluralité» tant prisée, comme «L’amour est dans le pré» par exemple.

Pour Frédéric Antoine, cette situation paraît «problématique», surtout au vu de l’état financier de RTL Belgium. «RTL Group, dont RTL Belgium dépend, a une logique de maximisation des bénéfices et il se pourrait que l’entreprise continue à faire des économies en interne. Et puis il ne faut pas oublier que RTL Belgium souffre toujours des parts de marchés publicitaires perdues avec l’arrivée de TF1 dans ce secteur en Belgique. Et ici, RTL souffre d’un problème structurel qui n’est pas lié au Covid».

Selon lui, les perspectives d’avenir à long terme de RTL Belgium ne sont donc pas forcément bonnes. «A terme, la question de la présence croissante de programmes de M6 va continuer à se poser. L’aide actuelle ne serait en ce sens qu’une rustine mais on ne change pas le pneu. Il va toujours être question de réduire les coûts par des achats d’émissions plutôt que par de la production. Je crois que pour RTL Group, conserver cette petite structure de trois chaînes de télévision sur un marché de quatre millions d’habitants seulement au nom de l’identité régionale, c’est un peu aberrant. Il ne serait pas totalement incongru pour la multinationale de faire la même chose qu’en Suisse francophone où M6 a fini par prendre la place. Mais évidemment, c’est là que la question du pluralisme de l’audiovisuel belge se pose», conclut-il.

Sur le même sujet

Plus de Médias

Les plus lus